Puccini, la Messa di Gloria par Sanguineti
Giacomo Puccini (1858-1924) : Messa di Gloria ; Capriccio sinfonico. Alejandro Del Angel, ténor ; Massimo Cavalletti, baryton ; Aalto Theatre Opera Chorus ; Essen Philharmonic Choir ; Essen Philharmonic Orchestra ; Andrea Sanguineti, direction. 2024. Notice en anglais. 1 CD. 75'36. Naxos 8.574685
À l'aube de ses dix-huit ans, Giacomo Puccini compose la Messa a quattro voci con orchestra, dite Messa di Gloria, pour l'épreuve finale du Conservatoire de Lucques. Exécutée pour la première fois dans la même ville le 12 juillet 1880, lors de la fête de la San Paolino, elle répond à un double objectif : d'une part, elle témoigne de la maîtrise de son art et, d'autre part, contient en puissance les opéras à venir. Si le catalogue religieux du compositeur de Turandot reste assez restreint, puisqu'il se résume au Salve del ciel Regina de 1882 et au Requiem de 1905, en passant par la présente messe, il rappelle ce que la formation musicale du jeune Giacomo doit au contexte religieux et à la liturgie catholique, aussi spectaculaire qu'émouvante, de son temps. Ainsi, plutôt que d'appréhender ces pages de jeunesse comme une anticipation théâtrale, il est possible d'inverser la proposition : la porosité entre profane et sacré se présente alors sous un jour renouvelé. N'est-ce pas, finalement, dans l'œuvre lyrique que l'on pourrait identifier l'influence du sacré chez Puccini ? La piété de Tosca ou la houle des chœurs de Turandot en donnent des illustrations qui restent à étudier.
C'est précisément sous cet angle que l'Orchestre philharmonique et les Chœurs d'Essen, placés sous la direction d'Andrea Sanguineti, abordent cette Messa di Gloria.
Grandiose, parfois martiale, son ampleur est soulignée par un ténor de belle envergure et un baryton d'une grande sensibilité musicale, en dépit d'un timbre assez brumeux. Des passages fugués mettent en valeur le jeu contrasté des volumes sonores. Quoique bref, l'Agnus Dei final, qui réapparaît dans le Madrigal de Manon Lescaut (acte I), apporte une touche d'émotion pastorale où dialoguent les deux voix graves.
Cette interprétation équilibrée, dont la définition sonore reste parfois assez floue, complète celle publiée il y a deux ans par Harmonia Mundi. Ici, la Messe est couplée avec des œuvres, pour la plupart de jeunesse, arrangées ou réorchestrées. Ainsi du Scherzo SC 34, suivi du Trio SC 52, léger comme un vol de libellules. Ad una morta SC 41 évoque à nouveau Manon Lescaut dans un arrangement pour baryton et orchestre, tandis que l'Allegro vivo du Quatuor à cordes SC 56 précède une pièce, cette fois tardive, de 1919, Inno a Roma SC 90.
Le charme juvénile et savant du Capriccio sinfonico domine l'ensemble. On y entend déjà l'ouverture de La Bohème. Les textures aérées, sombres ou nerveuses alternent jusqu'à la lumineuse résolution du dernier mouvement.
Son 9 — notice 9 — interprétation 10
Bénédicte Palaux Simonnet



