À Angers : de l’Écosse aux rives de la Maine
Aux multiples facettes de son génie précoce, Felix Mendelssohn ajoutait sa curiosité de voyageur insatiable et un vrai talent d’écrivain-voyageur dont les impressions sont précieusement consignées dans son recueil de Lettres européennes republiées récemment (Le Passeur, éditeur, 2022) par le musicologue Nicolas Dufetel, par ailleurs en charge de la culture et du patrimoine de la Ville d’Angers et vice-président du syndicat mixte de l’ONPL qui accueillait justement Mendelssohn pour son dernier concert.
Ancien assistant de l’Orchestre National de France aux côtés d’Emmanuel Krivine, le chef allemand Jesko Sirvend était l’invité de l’Orchestre National des Pays de la Loire, à Nantes et à Angers, dans un programme classico-romantique réunissant Mozart et Mendelssohn. Le concert a commencé par une interprétation assez placide et de bonne facture de la sémillante Ouverture de L’Enlèvement au Sérail servant de hors-d'œuvre à la merveilleuse Symphonie Concertante pour violon et alto dans l’andantino grazioso de laquelle Mozart insuffle une poignante mélancolie.
Nouvelle violon super soliste de l’ONPL depuis cette nouvelle saison qui commence, la violoniste Jueun Jeong et l’alto solo David Gaillard se sont immédiatement imposés dans un dialogue complice et raffiné, secondé par un ONPL très attentif. Cette conception intimiste a porté le chef-d’œuvre de Mozart sur les cimes du bon goût dans une expression à la fois simple et intense.
La seconde partie du concert était consacrée à la Symphonie N° 3, la fameuse Écossaise, d’un Mendelssohn encore tout imprégné de ses rêves après sa visite du palais en ruines de la reine Marie Stuart qu’il visite en 1829 lors de son « Grand Tour » de l’Europe inspirateur de plusieurs œuvres marquantes. Le monde écossais, la mer en furie, les grottes basaltiques et sa rencontre avec Walter Scott lui suggèrent à la fois l’Ouverture de la Grotte de Fingal (ou Les Hébrides) et cette symphonie si caractéristique de son style mêlant classicisme et romantisme dans un élan et une énergie irrésistibles.
A la tête d’un ONPL en moyenne formation, Jesko Sirvend a offert sa véritable vision à cette partition emplie d’une imagination agitée aux mille couleurs. Comme souvent dans son écriture, Mendelssohn exige une grande virtuosité de tous les pupitres, particulièrement dans le scherzo où les instruments rivalisent de volubilité dans une joie légère. Après le profond adagio cantabile, le finale semble se souvenir des fastes royaux, la symphonie est dédiée à la Reine Victoria, se terminant par la péroraison d’une sorte de chant de marins venant des profondeurs pour exploser en pleine lumière.
En bis, l’ONPL et son hôte nous offrait une très sensible Valse Triste de Sibelius dans laquelle la mort s’est faite particulièrement séductrice avec ses cordes détimbrées et fantomatiques à la limite de l’audible comme pour mieux nous enrober de son pouvoir maléfique. Écrite à l’origine comme musique de scène pour la pièce d’Arvid Jarnefelt, Kuolema (la mort), cette valse lente fit beaucoup, et parfois trop, pour la réputation du compositeur finlandais en faisant parfois oublier sa signification profonde qui nous fut rappelée de manière frappante hier soir.
13 octobre 2026 – Angers – Centre de congrès
Crédits photographiques : François Hudry



