A Genève, un pianiste atypique, Francesco Piemontesi

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Pour sa série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia invite le pianiste tessinois Francesco Piemontesi que l’on entend régulièrement à Genève depuis une dizaine d’années. Avoisinant la quarantaine, ce natif de Locarno a été élève d’Arie Vardi à Hanovre, tout en se perfectionnant auprès d’Alfred Brendel, Murray Perahia, Cécile Ousset et Alexis Weissenberg. Aujourd’hui, il est au sommet de son art avec une sonorité magnifique et un art du phrasé qui lui permettent de s’imposer dans un répertoire qui sort des sentiers battus. 

La preuve nous en a été donnée le lundi 25 avril au Victoria Hall par un programme Bach-Schubert comportant d’abord six pages du Cantor de Leipzig, dont trois pour orgue transcrites par Ferruccio Busoni. Il commence par le Prélude en mi bémol majeur BWV 552 dont il tire de puissants accords avant d’élaborer un discours très libre qui recherche les contrastes d’éclairage dans une polyphonie complexe qu’il clarifie par un usage parcimonieux de la pédale de droite. Et la Fugue qui sera placée en fin de première partie nous montrera qu’il s’écoute beaucoup en cultivant la précision du trait tout en s’appuyant sur la profondeur des basses. Le Choral Nun komm der Heiden Heiland BWV 659 impressionne par sa sonorité d’outre-tombe voilant une douleur lancinante. Dans une transcription de Wilhelm Kempff, il présente aussi un autre choral, Wachet auf, ruft uns die Stimme BWV 645 qu’il développe comme un andante sollicitant largement l’appui de la main gauche, alors que la Sicilienne de la Sonate pour flûte et clavecin en mi bémol majeur BWV 1031 est irisée d’infimes nuances qui enrobent l’ornementation limpide. Mais au cœur de ces pièces, il inscrit une page originale pour clavecin, le Concerto italien en fa majeur BWV 971 dont il déroule l’écheveau contrapuntique avec une nonchalance brillante qui laisse toutefois affleurer les voix intérieures dans l’Andante médian.

La seconde partie de programme est dévolue à l’avant-dernière des grandes sonates de Schubert, la 22e en la majeur D.959 qu’il aborde en échafaudant des accords anguleux qui se dilueront rapidement pour faire place à un cantabile limpide dont il exacerbera délibérément les lignes afin de créer un climat fantastique dont les contrastes d’éclairage s’embuent de fugitives larmes. L’Andantino semble claudiquer sous la pulsion d’audaces harmoniques imposant à nouveau une atmosphère étrange que dissiperont le Scherzo par ses bribes de valse débridée puis le Final avec son ample spianato réduisant l’accompagnement à un murmure diffus pour que se répande une sérénité chèrement acquise.

Devant l’accueil enthousiaste du public, Francesco Piemontesi offre à titre de bis la dernière des Images de Claude Debussy, des Poissons d’or frémissant sous d’étincelantes dissonances puis le Schubert sublime de l’Impromptu en sol bémol majeur op.90 n.3, tout en demi-teintes liquides sous des arpèges confinés à un infime murmure. 

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 25 avril 2022

Crédits photographiques :  Marco Borggreve

Un commentaire

  1. Avatar
    Roux Jean-Marie

    J'aime beaucoup le jeu de ce pianiste très sensible à la musique.
    J'ai le souvenir d'un concert dans lequel il a joué la "symphonie pastorale" de Beethoven, au piano solo.
    Un vrai chef d'œuvre. Il en avait les larmes aux yeux, il m'a immanquablement transmis cette émotion.
    J'aimerais bien réécouter ce concert qui était donné, je pense, par "Mezzo".
    Merci.

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