À Louvain, programme autour de Bach, sur une réplique de l’orgue historique de Liepaja

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Recommended by Bach. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Ciaccona en sol mineur BWV 1004/5 ; Partite diverse sopra Wer nur den lieben Gott lässt walten. Gottfried Kirchhoff (1685-1746) : Fantasia & Fughetta en si bémol majeur BWV 907 [attrib]. Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Prélude, Largo et Fugue en fa mineur BWV 534 & 1056/2 [attrib]. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Andante [Concerto pour flûte en sol majeur TWV 51:G2]. Johann Gottfried Walther (1684-1748) : Concerto per la Chiesa del signor Telemann. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonate en ré mineur BWV 1020 / H. 542.5. Johann Gottfried Müthel (1728-1788) : Fantaisie en fa majeur. Bart Jacobs, orgue de l’église St. Michiel de Louvain. Livret en anglais, allemand, français. Juin 2022. TT 81’31. Ramée RAM 2203

Le livret revient en détail sur les facteurs Contius père et fils, admirés par Johann Sebastian Bach et son aîné Wilhelm Friedemann, d’où le titre du disque. Malgré leur notoriété à l’époque, et contrairement aux non moins prestigieux Gottfried Silbermann, Zacharias Hildebrandt ou Heinrich Gottfried Trost, peu de traces subsistent de leur art. Qui veut entendre l’orgue de la Trinité de Liepāja dans son acabit moderne, considérablement augmenté (en 1885, il figurait parmi les plus grands orgues à traction mécanique du monde), pourra se reporter au panorama letton enregistré par Martin Rost (MDG, août 2007). L’instrument initialement installé par Heinrich Andreas Contius (1708-1795), dans le buffet antérieurement érigé par Johann Heinrich Joachim au milieu du XVIIIe siècle, comptait 38 jeux avant les agrandissements menés à la fin du XIXe siècle, qui préservèrent une partie des tuyaux originaux.

Déployé entre 2012 et 2022 par les ateliers Flentrop et Potvlieghe, un projet sous l’égide de la Fondation Contius visa à reconstruire en l’église Saint Michel de Louvain une copie de cet orgue de la Trinité tel qu’achevé en 1779, cela en place d’une tribune de 1804 détruite dans les bombardements en 1944. Sur cette magistrale entreprise, on se reportera à l'article d'Olivier Vrins en nos colonnes du 16 avril dernier. L’esthétique sonore s’inscrit « dans le raffinement du style galant », selon la notice de Bart Jacobs, et le généreux contenu de ce CD lui rend justice, sur plus d’une heure vingt.

Un programme centré sur Bach et riche de voies de traverse, parfois embusquées dans des paternités douteuses. Que ce soit sous forme d’opus précédemment crédités au Cantor de Leipzig puis réattribués (Fantasia & Fughetta de Gottfried Kirchhoff), sous forme d’opus qui lui furent récemment prêtés (trois chorals de la « Collection Hahn » inclus dans la Neue Bach Ausgabe de 2007), ou sous forme d’arrangements réalisés par Bart Jacobs : Andante d’un concerto pour flûte de Telemann, Largo du concerto pour clavecin BWV 1056, au cœur du diptyque BWV 534 réassigné à Wilhelm Friedemann, mais aussi la célèbre Chaconne de la partita pour violon BWV 1004, déclinée aux tuyaux d’après la transcription pour clavier effectuée par Gustav Leonhardt.

Autre sorte d’hommage avec un Concerto per la Chiesa de Walther, sur la base d’une œuvre de Telemann aujourd’hui perdue. Autre miroir avec le BWV 691 (Collection Kirnberger) flanqué d’un arrangement corollaire qui relève probablement d’un autre rejeton : Carl Philipp Emanuel, dont nous entendons aussi une Sonate pour flûte qu’on a longtemps crue de son père, et ici transposée à la quarte par Bart Jacobs. Le parcours s’achève sur une Fantaisie de Johann Gottfried Müthel, adéquatement invitée dans la mesure où ce compositeur fut un des principaux en région balte où Contius exerça pendant ses trente-cinq dernières années, et aussi dans la mesure où son style d’écriture procède des courants de l’Empfindsamkeit et du Sturm und Drang qui siéent si bien à cet orgue à la fois puissant et racé.

L’interprète le fait sonner avec goût et caractère, accordant une gouaille peu commune au tragique Prélude & Fugue en fa mineur, ou nous régalant d’anches bigarrées à la fin du Concerto de Walther. Pour ne rien ignorer de ces savoureux mélanges, on consultera les registrations recensées en pages 29-30. Voilà un attrayant et légitime portrait de cette réalisation contemporaine, dérivée d’un authentique joyau de la facture post-baroque, dont la captation exhausse la vigoureuse palette.

Son : 9 – Livret : 9,5 – Répertoire : 7,5-9,5 – Interprétation : 9,5

Christophe Steyne

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