À Rouen, Macbeth de Verdi ouvre la saison sous le signe de la noirceur
L’Opéra Orchestre Normandie-Rouen ouvre sa saison avec Macbeth de Verdi, dans une mise en scène d’Ambre Kahan. Pierre Dumoussaud inaugure son mandat de directeur musical à la tête de l’orchestre, en dirigeant un plateau vocal de haute volée.
Entre ici-bas et au-delà
La scène est fermée par un rideau sur lequel apparaît une peinture à la Turner, dont l’image est brouillée par un effet de sfumato. À travers ce rideau apparaît, comme un spectre, une sorcière blanche accompagnée de ses suivantes. Le début du spectacle, jusqu’à l’assassinat du roi, se déroule derrière ce voile, comme pour montrer que le projet de Macbeth reste obscur et secret.
Au milieu de la scène trône une cheminée monumentale ornée de crânes, qui évoque d’emblée le royaume de la mort vers lequel court tout droit le drame. C’est de la flamme, bien réelle, de cette cheminée que surgit Lady Macbeth, tandis que le fantôme de Banco apparaît au-dessus d’elle lors du banquet. Cette cheminée devient ainsi une porte reliant ce monde à celui de l’au-delà.
L’aspect surnaturel est également présent lorsque la table du banquet descend des cintres. De part et d’autre de la cheminée, deux espaces, doublés ou triplés par des miroirs, reflètent des actes et des peuples ténébreux. La scénographie d’Anne-Sophie Grac est belle dans sa noirceur, accentuée par les lumières efficacement lugubres de Zélie Champeau. Quant aux costumes de Colombe Lauriot-Prévost, armures, kilts, robes élisabéthaines (celles-ci sont revues et corrigées par le XIXe siècle, celui de Verdi), auxquels s’ajoute une touche fantaisiste (les sorcières vêtues ou coiffées de miroirs), ils offrent un très bel ensemble, varié sans trop s’éloigner de l’époque shakespearienne, et surtout un plaisir visuel incontestable.
Si tout est parfaitement lisible dans cette production esthétique, on était en revanche un peu lassé du statisme de la masse chorale : à chaque apparition du chœur, les choristes restent désespérément immobiles, à quelques pas près. Cette immobilité risque de figer la scène, notamment dans celle de la forêt de Birnam, où les chanteurs se contentent de tenir une branche sans véritable déplacement.
Un couple macabre au cœur des ténèbres
Ce chœur est composé d’Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et de celui de l’Opéra national de Bordeaux. S’ils ont fini par montrer leur force et leur unité à la fin de la représentation, les deux chœurs réunis ont mis un certain temps à trouver leur cohésion. Dans la première partie, les voix semblaient éparses, sans parvenir à former un véritable ensemble. Dans la seconde, cette impression s’estompe totalement : la puissance gagne progressivement, portée par celle de la dramaturgie musicale du compositeur italien.
La distribution se distingue particulièrement par le couple macabre, même si l’ensemble du plateau reste homogène. Annoncé souffrant, Aleksei Isaev assume d’abord le rôle-titre avec ce qu’il peut, laissant finalement entrevoir la fragilité du personnage, avant de déployer pleinement, au dernier acte, son timbre chaud et quelque peu sombre et ses phrasés merveilleusement soignés. Sa complice Lady Macbeth est tenue par Ekaterina Sannikova avec une véritable incarnation. Sa voix presque déchirante dans les aigus fait transparaître la détermination meurtrière du personnage, tandis que, dans la tessiture basse, des oscillations suggèrent ses doutes. À leurs côtés, Peixin Chen est un Banco grave et imposant ; Matteo Roma compose un Macduff bouleversant, notamment dans « La paterna mano », tandis que Néstor Galván, en Malcolm, se montre héroïque et fougueux.
Une identité sonore de l’orchestre en mouvement
Pierre Dumoussaud donne une belle consistance à l’orchestre, en maintenant une tension et une énergie croissantes tout au long de la représentation. S’il a déjà travaillé à maintes reprises avec cet orchestre, on perçoit qu’il en recale réellement l’identité sonore, avec une attention particulière portée aux détails, afin de mieux faire ressortir la théâtralité verdienne.
Représentation du 25 septembre 2. Rouen, Théâtre des Arts.
Victoria Okada
Crédits photographiques : Caroline Doutre



