Brahms en fil rouge au Festival International de Colmar
L’un des points forts du Festival International de Colmar est sans aucun doute le partage de l’affiche entre jeunes artistes tout juste sortis du conservatoire et grands solistes internationaux installés depuis de nombreuses années. 48 ans séparent la naissance de Tom Carré, premier soliste de la journée, et celle de Grigory Sokolov, en clôture de soirée.
La journée a donc débuté par un récital du jeune pianiste français Tom Carré. Nous avons pu entendre les Quatre Klavierstücke Op.119 de Brahms, les Danses de Marosszék de Zoltán Kodály, trois préludes de Rachmaninov (No. 4-5-6 de l’opus 23) ainsi que la Sonate No.4 en ut mineur Op.29 de Prokofiev. Tom Carré brille par la lisibilité de son jeu. Que ce soit dans les traits les plus virtuoses ou les passages polyphoniques, chaque note est très justement prononcée, nous permettant ainsi de profiter pleinement de ces magnifiques pièces. Impassible, le français nous a offert en bis une interprétation tout en introspection de La vallée des cloches de Ravel. Par cette lecture très personnelle de cette pièce, Tom Carré prouve qu’il est d’ores et déjà un musicien mature, capable de faire transparaître son univers dans son jeu.
En début de soirée, nous avons pu entendre le Quatuor Zaïde accompagné de Raphaël Sévère. Ils nous ont interprété deux monuments du répertoire pour quatuor et clarinette, le Quintette avec clarinette en la majeur K.581 de Mozart et le Quintette avec clarinette en si mineur Op.115 de Brahms. Nous avons pu assister à un très beau concert, avec beaucoup d’énergie et de communication entre les musiciens. Le quintette de Brahms, surtout, fut interprété avec beaucoup de contraste et une gestion des atmosphères très à propos. En bis, nous avons pu entendre le Scherzo du Quintette avec clarinette Op.34 de Carl Maria von Weber, une parenthèse légère et pleine d’esprit, bienvenue après un dernier mouvement de Brahms particulièrement sombre et chargé.
Pour clôturer cette journée, nous avons eu la chance d’entendre Grigory Sokolov, grand habitué du festival. Dans un programme dont la première partie était consacrée à William Byrd (Fantasia, Alman, Callino casturame, etc) et la seconde à Johannes Brahms (Quatre Ballades Op.10 et Deux Rhapsodies Op.79), le pianiste russe a une nouvelle fois démontré pourquoi il est une légende vivante du piano. Avec grâce et légèreté, avec puissance et passion, il a survolé le concert avec cette facilité déconcertante qui le caractérise. La longévité de Grigory Sokolov force le respect. À 75 ans, après 63 ans de carrière, il reste au sommet de son art, adulé par le public qui a pu profiter de pas moins de six bis.
Festival International de Colmar, le 10 juillet 2025.
Alex Quitin, Reporter de l’IMEP.
Crédits photographiques : Bertrand Schmitt
