Capiteuse version de l’opus 3 du grand violoniste russe de l’époque classique

par

Ivan Khandochkine (1747-1804) : Sonates pour violon no 1 en sol mineur, no 2 en mi bémol majeur, no 3 en ré majeur Op. 3. Aleksandra Kwiatkowska, violon. Février 2021. Livret en anglais. TT 48’00. Et’Cetera KTC 1772

En partenariat avec le Conservatoire de La Haye, cet album prolonge les études en master d’Aleksandra Kwiatkowska et se consacre à un compositeur né dans le village ukrainien de Perevoz. Malgré cette origine provinciale, son talent de violoniste fut tôt admiré, au point qu’on l’envoya se former en Italie auprès du renommé Giuseppe Tartini (1692-1770), avant qu’il ne complète son apprentissage à la Cour de Catherine II dont il devint un protégé. Elle le nomma professeur à l’Académie des Arts de Saint-Pétersbourg alors qu’il avait à peine dix-sept ans, et fut bientôt reconnu comme Kapellmeister, et directeur du théâtre Knipper. Sa précoce notoriété, tant auprès des nobles cénacles que des gens du peuple (on le voyait improviser dans les marchés), n’empêcha pas une trajectoire déclinante, et une fin de carrière désargentée. Triste sort pour un des grands virtuoses russes de l’époque.

Lui survit un recueil de sonates pour violon, publié à titre posthume, et dont l’écriture remonte aux années 1780-1790 : un des rares exemples à la fin du XVIIIe siècle dans cet exigeant répertoire soliste, qui en l’occurrence valorise l’initiative en termes de tempo ou d’ornementation, dont les difficultés techniques relèvent tant de l’arsenal savant que de l’art populaire (double-cordes dérivées du chant traditionnel, balayages en triple-croches à l’imitation du balalaïka, basses de bourdon…). Un ensemble teinté de sentimentalisme slave (les deux sonates en majeur n’en comportent pas moins de nombreux épisodes en mineur) qui assure la transition stylistique entre le langage baroque tardif et le classicisme. L’harmonie et la polyphonie des deux secondes sonates paraissent simplifiées par rapport à la dramatique première en sol mineur, qui abuse un peu de l’éclat rhétorique, mais l’on y trouve la galanterie de menuets, et une avenante expression mélodique, mieux épanouie et ne se bornant pas aux formules de brio.

Ces trois sonates avaient déjà connu les faveurs du disque en 1994, sous l’archet d’Alexander Chernov, chez le même label Et Cetera. Pour Naxos, Anastasia Khitruk les avaient magnifiquement abordées en mai 2005. Le livret annonce qu’Aleksandra Kwiatkowska, formée au violon moderne puis baroque, joue depuis janvier 2022 un historique Georg Klotz de 1796. Est-ce ce violon que nous entendons dans ce disque capté un an auparavant ? Quoi qu’il en soit, la superbe captation ne laisse rien perdre des couleurs et du relief de l’instrument. De cet opus chronologiquement situé à mi-chemin des Caprices de Locatelli (1695-1764) et Paganini (1782-1840), l’interprète polonaise offre un portrait vigoureusement caractérisé, exhaussant les innombrables saveurs et effets pittoresques.

Son : 9,5 – Livret : 8 – Répertoire : 8 – Interprétation : 9

Christophe Steyne

 

 

 

 



Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.