Intemporels

Les dossiers.
Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Streamings de la semaine : Cologne, Lille et Toulouse

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Ce parcours hebdomadaire commence à Cologne avec le chef d'orchestre Fabien Gabel au pupitre de l'Orchestre du Gürzenich de Cologne dans un superbe programme qui nous propose la suite de Much Ado about Nothing de Korngold, Parade de Frank Peschi et la rare mais somptueuse Kammersinfonie de Franz Schreker. L'orchestre et le chef sont rejoints par la violoniste Vilde Frang pour le Concerto pour violon de Stravinsky dans une interprétation ébouriffante.

https://www.youtube.com/watch?v=yhwuWuiashk&t=15s

A Lille, l'Orchestre national de Lille était dirigé par Jan Willem de Vriend pour la Marche funèbre de Cherubini et la Symphonie n°3 "Héroïque" de Beethoven.

Toulouse bat au rythme des Musicales Franco-Russes, le concert d'ouverture proposait une soirée 100% Prokofiev avec la pétaradante suite tirée de Lieutenant Kijé et la démonstrative Symphonie n°5. L'excellent Kirill Karabits dirigeait l'Orchestre National du Capitole de Toulouse.

https://www.youtube.com/watch?v=xryFOnvKeNQ

 

Hommage à Frans Lemaire

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Nous avons appris le décès de notre collègue et rédacteur de Crescendo Magazine Frans Lemaire.

Né le 12 janvier 1927 à Montigny-le-Tilleul, il avait mené une carrière dans l'ingénierie au service de l’Industrie (diplômé de Harvard) et dans la musicologie.  Comme critique de disques, il a collaboré de 1956 à 1981 à La Revue des disques et occasionnellement, en France, à La Revue du Son et Harmonie-Diapason. Mais il est surtout connu pour sa riche bibliographie sur la musique russe et la musique juive. Il avait ainsi publié de nombreux ouvrages de références aux éditions Fayard :  La Passion dans l’histoire de la musique, Le destin russe et la musique, Le destin juif et la musique, La musique du XXᵉ siècle en Russie.

La curiosité le portait vers tous les musiques, nous mettons en lien un texte qu'il avait ainsi consacré à Bruckner :

FOCUS : Anton Bruckner, hier et aujourd’hui. La fin d’un mythe?

Ivan Repusic, chef d’orchestre 

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Le chef d’orchestre croate Ivan Repusic est le récipiendaire d’un International Classical Music Award, dans la catégorie musique chorale, pour son enregistrement de l’émouvant Requiem glagolitique croate d'Igor Kuljeric et de l'Hymne à la liberté de Jakov Gotovac, publié par BR Klassik. Sanda Vojkovic, membre du jury, a rencontré ce musicien au curriculum impressionnant : chef de l'Orchestre de la Radio de Munich (Münchner Rundfunkorchester) et de l’Orchestre de Chambre de Zadar, et chef invité du Deutsche Oper Berlin,

Vous êtes à la fois le responsable éditorial et le chef d’orchestre de cet album consacré à des oeuvres de Kuljeric et Gotovac. Que représente ce prix des ICMA pour vous ? 

Le prix apporte avant tout un sentiment de satisfaction et de fierté, mais pas tant une fierté personnelle que la fierté que deux compositions vocales croates aient remporté ce prix, et dans une interprétation internationale, ce qui lui donne une importance particulière et me procure un immense plaisir. 

D'autre part, c'est aussi le résultat d'une coopération réussie entre la radio bavaroise, le Ministère de la Culture et des Médias de la République de Croatie, la ville de Zagreb et la salle de concert Vatroslav Lisinski, car le projet a été introduit à Munich et à Zagreb à l'époque où la Croatie présidait le Conseil de l'Union européenne.

Pourquoi avez-vous choisi le Requiem glagolitique croate de Kuljeric ? Que signifie cette oeuvre pour vous en tant qu'artiste ?

Pour moi, le choix de cette oeuvre a été très émotionnel car je connaissais Igor Kuljeric et sa famille et, quand j'étais enfant, je suis allé à la première à Zadar. Pendant la préparation de cet enregistrement, j'ai communiqué en permanence avec Vanja Kuljeric, la femme d'Igor. Je suis aussi allé au Monastère de Saint-Michel où Antun Dolicki a trouvé un vieux texte croate du requiem dont Kuljeric s'est inspiré pour la composition. Je voulais être extrêmement bien préparé pour donner une interprétation exemplaire de cette étonnante composition.

Dossier Puccini (I) : la modernité du compositeur

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Crescendo Magazine poursuit la reprise de ses anciens dossiers. Nous vous proposons ainsi la première étape d'une série d'articles consacrée au compositeur italien : Giacomo Puccini.

Le 1er avril 1924, dans la Salle Blanche du Palais Pitti de Florence, Arnold Schoenberg dirige la première audition en Italie de son Pierrot lunaire. Au premier rang, on peut voir Giacomo Puccini, la partition (prêtée par le compositeur) ouverte sur ses genoux, suivre l’exécution avec la plus vive attention. À la fin, au milieu des huées et des quolibets de la majorité du public, il se dirige vers Schoenberg et s’entretient longuement et amicalement avec lui, s’en faisant expliquer le système d’écriture, et déclarant par la suite à un ami avoir trouvé l’œuvre “très intéressante”. Le jeune Luigi Dallapiccola, âgé de 20 ans, était présent. Puccini se bat alors avec le troisième acte de Turandot, qui demeurera inachevé lorsqu’il mourra à Bruxelles huit mois plus tard.

Cet événement est souvent cité pour témoigner de l’ouverture d’esprit du compositeur et de sa modernité. Fidèle et orthodoxe disciple de Schönberg, René Leibowitz, dans plusieurs de ses livres (dans Le compositeur et son double de 1971 à propos de La Bohème, mais aussi dans Le fantôme de l’opéra) cautionnera ce point de vue de tout son poids d’écrivain “radical” à une époque, pourtant postérieure de près d’un demi-siècle à la disparition de Puccini, où il n’était guère répandu.

A plus de cent ans de distance de l’activité créatrice de l’auteur de Tosca, il importe, avant de lui accorder ou non l’étiquette de “moderne”, de se demander ce que ce terme signifiait à l’époque et signifie de nos jours et, s’agissant d’un compositeur exclusivement voué à la scène lyrique, de l’examiner à la fois quant à la conception théâtrale et son langage musical, celui-ci étant au service de celle-là. Pour cela, il sera nécessaire de le situer par rapport à ses contemporains, principalement à ceux qui ont mis l’Opéra au centre de leur activité créatrice.

Christian Ferras : le violon d'Icare

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Le 14 septembre 1982, le grand violoniste français Christian Ferras, âgé de 49 ans, mettait fin à ses jours en se jetant dans le vide depuis l’appartement du dixième étage qu’il habitait à Paris au numéro 4 de la Place de Barcelone.

Bien que la musique perdît à cet instant l’un de ses plus formidables instrumentistes, la disparition de Ferras est passée quasi inaperçue dans les médias, pour deux raisons principalement. D’abord, comme pour Prokofiev dont le décès a été éclipsé par celui de Staline, la mort de Ferras a été occultée, le jour même, par celle d’une personnalité étatique: la Princesse Grace de Monaco. Ensuite, par dépit, le monde musical s’était progressivement détaché de son prodige. En effet, l’acte irréversible de Ferras achevait une quinzaine d’années de souffrances dues à l’interaction d’un profond désespoir et d’un lourd alcoolisme. Durant ce lent déclin, le jeu s’était un peu fané et la technique n’avait plus affiché autant de sûreté. La maladie avait terrassé l’ardent soliste et broyé l’homme. Ferras était devenu un artiste dont on se souvenait, mais une personne que, par précaution, pudeur, voire hypocrisie, il fallait plutôt éviter, hormis pour de rares proches ou amis.

C’est bien d’un avènement qu’il s’agit en octobre 1946 lorsqu’à 13 ans, comme une incarnation de l’espoir au sortir du conflit mondial, celui que l’on appelle parfois “Le second Menuhin” triomphe pour ses grands débuts à Paris dans la Symphonie espagnole de Lalo et le Concerto de Beethoven. Cet enfant prodigieux est déjà couvert de lauriers : Premier Prix d’Excellence de violon et Premier Prix de musique de chambre du Conservatoire de Nice, Prix d’Honneur de la Ville de Nice, Premier Prix de musique de chambre et Premier Prix de violon, premier nommé à l’unanimité, du Conservatoire National de Paris. Né au Touquet le 17 juin 1933, Christian est le troisième enfant d’Antoinette et Robert, hôteliers qui exercent durant la saison propice dans le Pas-de-Calais, mais vivent le reste de l’année à Nice. Il débute le violon avec son père et, en 1941,entre au Conservatoire de Nice dans la classe de Charles Bistesi qui a étudié chez César Thomson à Bruxelles. Au mois d’août 1944, dans une France en lutte pour sa libération, les Ferras entreprennent un voyage épique afin de se rendre à Paris et d’y inscrire le benjamin de la famille au fameux Conservatoire de la rue de Madrid. Mais la situation militaire les retient à Mâcon. C’est seulement en octobre qu’ils arrivent enfin dans la capitale où Christian est admis dans les classes de René Benedetti pour le violon et de Joseph Calvet pour la musique de chambre. Deux années d’études lui suffisent pour remporter tous les prix en juillet 1946. A la suite de ces succès, dirigé par ses parents, Ferras commence sa carrière. Il va en jouer le jeu avec enthousiasme et abnégation, longtemps préservé par sa juvénile insouciance.

Streamings de la semaine : Liège, Paris, Londres Milan et Mons

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Cette sélection streaming de la semaine commence par l’hommage musical de l’Opéra de Liège à son regretté directeur Stefano Mazzonis di Pralafera. Speranza Scappucci est au pupitre des forces chorales et instrumentales de l’Opéra royal de Wallonie-Liège et des solistes instrumentaux et vocaux participent également à cet émouvant moment de musique. 

A Paris, le talentueux Julien Masmondet retrouvait l’Orchestre de Paris pour un programme intégralement dévolu à Camille Saint-Saëns

On passe ensuite la Manche pour un superbe concert Stravinsky du London Symphony Orchestra sous la baguette de Sir Simon  Rattle.

https://www.youtube.com/watch?v=XjIgbb1n7lY

A La Scala de Milan, le baryton Ludovic Tézier était en récital avec la pianiste Thuy-Anh Vuong.

https://www.youtube.com/watch?v=ODWpGraL1WE

A Mons, la soprano Clara Inglese et le pianiste Charly Delbecq étaient invités dans le cadre de le semaine de la voix pour interpréter Robert  Schumann et Adrien Tsilogiannis.

Michael Tilson Thomas à propos d’Alban Berg et de la musique 

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On ne présente plus Michael Tilson Thomas ! “MTT” est l’un des chefs d’orchestre les plus importants de notre époque ! Ce musicien visionnaire, fondateur et directeur musical du New World Symphony, académie d’orchestre qui encadre les futurs virtuoses des orchestres étasuniens, publie un album Alban Berg qui fera date ! Il retrouve à cette occasion le San Francisco Symphony Orchestra dont il fut le directeur musical entre 1995 et 2020. C’est lors de ce mandat acclamé qu’il fonda SFS Media, le label de la phalange californienne qui publie cet enregistrement. 

Ce nouvel enregistrement propose trois partitions d’Alban Berg : le célèbre Concerto pour violon avec Gil Shaham en soliste, les Sept lieder de jeunesse (chantés par Susanna Phillips) et les Trois pièces pour orchestre. Comment avez-vous choisi ce trio de partitions ?  

Ces partitions représentent une grande partie de ma vie. J'ai grandi et étudié à Los Angeles et, à cette époque, la vie musicale californienne était dominée par deux immenses figures qui y habitaient : Igor Stravinsky et Arnold Schoenberg. L’influence de Schoenberg sur la scène musicale locale faisait rayonner sa musique mais aussi celle de Webern et de Berg. De plus, j’ai très tôt été attiré par la musique d’Alban Berg. J’ai aussi eu la chance d’accompagner le soliste Henryk Szeryng dans le Concerto pour violon de Berg et on sait qu’il était un immense praticien de cette pièce. Ce fut une formidable expérience pour le jeune homme que j’étais. Et quelques années plus tard, à Boston, j’ai eu l’incroyable opportunité de rencontrer le violoniste Louis Krasner, commanditaire et créateur du concerto de Berg et aussi de celui du Concerto pour violon Schoenberg et j’ai pu parler avec lui de ces partitions. 

Alors pour moi, la musique d’Alban Berg et, en particulier, le Concerto pour violon sont une part de mon identité de musicien. Le concerto de Berg est autant pour moi une partie de mon répertoire que peut l’être celui bien plus classique de Max Bruch pour d’autres musiciens ! 

Vous êtes un grand spécialiste de Mahler ! Vous avez enregistré toutes les symphonies et les partitions vocales avec le San Francisco Symphony. Quels sont les liens entre Mahler et Berg ? 

Il y a naturellement des liens entre Mahler et Berg. Certaines partitions comme les Trois pièces pour orchestre sont écrites comme une sorte de mémorial à Mahler. Schoenberg a été le professeur d’Alban Berg, il lui a ouvert les perspectives de l’écriture dodécaphonique, mais Berg compose toujours avec une attention plus humaine là où Schoenberg était très concentré sur la structure. Ne négligeons pas non plus l’influence de Debussy ! En effet, Debussy était l’un des compositeurs les plus joués par la Société d'Exécutions Musicales Privées qui animait alors Vienne et dont Berg était l’un des fidèles. Schoenberg mettait Berg en garde de trop s'orienter vers le style de Debussy. La musique de Berg revêt également un aspect presque envoûtant avec des moments purement magiques, le compositeur peut créer un matériau extrêmement beau à partir de la technique de composition en douze tons. Certains passages du Concerto pour violon sont purement fabuleux et vous touchent directement au coeur.

Michael Jarrell, compositeur 

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Le compositeur suisse Michael Jarrell assure la présidence du Concours de composition de Bâle qui se déroule du 4 au 7 mars. Dédié à la mémoire du mécène et musicien Paul Sacher, ce concours, au jury prestigieux, a la particularité de ne pas imposer de limite d’âge aux candidats. Crescendo Magazine rencontre le compositeur alors que paraît également un superbe album monographique avec trois de ses partitions interprétées par l’Orchestre National des Pays de la Loire sous la direction de Pascal Rophé.

Vous êtes président du jury du Concours de composition de Bâle, qu’est-ce qui vous a motivé à accepter cette fonction ? 

C’est très simple, en 2017, pour la première édition du concours, j’ai été invité aux côtés d’autres compositeurs dont Oliver Knussen à être membre du jury sous la présidence de Wolfgang Rihm. Malheureusement, tous deux, pour des raisons de santé, ont dû annuler leur participation. C’est alors que WR m’a demandé de reprendre la présidence, ce que j’ai accepté, entre autres, par amitié.

Ce concours est un hommage à la figure de Paul Sacher, mécène et musicien bâlois qui a marqué le XXe siècle. En quoi la figure de Paul Sacher est-elle une inspiration et un modèle pour notre époque ? 

Paul Sacher et sa femme ont toujours soutenu la création, que ce soit en musique ou dans les arts visuels. C’était pour eux une évidence. En ce sens, ils sont une source d’inspiration et un modèle pour notre époque qui a énormément besoin de beauté et d’empathie.

Dans ce concours, il n’y a pas de limite d’âge. Le jeunisme est-il incompatible avec l’art de la composition ? 

Ne pas fixer de limite d’âge est une des particularités de ce concours. L’idée d’une compétition de composition est évidemment de soutenir les jeunes talents, de découvrir et faire connaître de nouvelles personnalités et de donner à ces compositeurs la possibilité d’entendre ce qu’ils ont écrit. 

L’âge n’est pourtant pas toujours un critère pertinent : si quelqu’un aborde l’écriture musicale à un âge déjà avancé, il est possible de le considérer comme un jeune compositeur. Par ailleurs, dans l’histoire de l’art, il existe des exemples de personnalités marquantes qui ont été découvertes sur le tard.

Compositrices du XIXe : Eva Dell’Acqua (1856-1930)

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Comment une femme, immigrée de la deuxième génération, née d’un père italien et d’une mère néerlandaise, se retrouve-t-elle au titre de compositrice dans le Dictionnaire des femmes belges, dans il Dizionario Biografico degli Italiani et est-elle l’objet d’une conférence au Studiecentrum voor Vlaamse Muziek en 2018 ?
Pourquoi, en 2021, si peu de personnes se souviennent-elles de cette artiste dont la production couvre une vaste palette musicale, de la musique de chambre, vocale et instrumentale au théâtre musical (opéra-bouffe, opéra-comique, opérette, pantomime) et même des marches militaires ?

Les Archives de l’Etat à Bruxelles nous apprennent ceci :

(…) Cesar Felix Georges Dell’Acqua âgé de trente-quatre ans, profession d’artiste peintre, né à Pirano près de Trieste (Illyrie), domicilié à Schaerbeek rue Rogier n°24, lequel nous a exhibé un enfant du sexe féminin, qu’il a déclaré être né le vingt-huit janvier courant (1856) à quatre heures du matin, en son domicile, de lui comparant et de son épouse Caroline Vander Elst, âgée de vingt ans, rentière, née à La Haye (Hollande) domiciliée à Schaerbeek, et à laquelle enfant il a donné le prénom d’Eva. 

La famille

Cesare Felice Giorgio Dell’Acqua (1821-1905) est né le 22 juillet 1821 à Pirano d’Istria, près de Trieste. Ces deux localités appartenaient à cette époque à l’Empire d’Autriche. 

Pirano est passé en 1954 en Slovénie, pays qui a acquis son indépendance en 1992. Trieste est devenue une ville italienne en 1915. 

Son père, le juge Andrea Dell’Acqua, décède en 1826. Sa mère, Cattarina Lengo, s’installe avec ses quatre enfants à Koper, ville dépendant alors de l’Empire autrichien et actuellement slovène. C’est là que Cesare commence son éducation. A l’âge de 12 ans, il s’installe à Trieste où décolle sa carrière d’artiste peintre. Une bourse lui permet de poursuivre sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Venise de 1842 à 1847. Il y suit avec succès les cours de Ludovico Lipparini, d’Odorico Politi, de Michelangelo Grigoletti, peintres réputés notamment pour leurs œuvres à sujets historiques et romantiques pour le premier, néoclassiques pour les deux derniers. Dès 1847, ses premiers tableaux historiques lui assurent la notoriété. Un de ceux-ci, La rencontre de Cimabue et du jeune Giotto, est acquis par l’Archiduc Johann von Österreich. Par la suite, d’autres personnalités européennes lui passent des commandes : Maximilien d’Autriche et son épouse Charlotte pour décorer le Château de Miramare (construit dès 1856) ; le Prince Philippe de Belgique (frère de Léopold II) pour le Château des Amerois près de Bouillon (reconstruit entre 1874 et 1877) ; le Prince Aloïs II de Liechtenstein ; les autorités municipales de Trieste…

Il voyage à travers l’Europe avec son protecteur, le Baron hongrois Ludovico Luigi Reszan, découvre Vienne, Munich, Paris…et est présenté à l’Allemand Friedrich Overbecq (1789-1869) un peintre nazaréen connu pour ses peintures religieuses épurées. 

En 1848, Cesare Dell’Acqua s’installe à Bruxelles chez son frère Eugène. Il y fait la connaissance du peintre tournaisien Louis Gallait (1810-1887), réputé pour ses grands tableaux historiques comme La peste de Tournai en 1092 et L'Abdication de Charles-Quint (Musée des Beaux-Arts de la ville) et pour des portraits. Cesare se perfectionne à son contact mais il ne se confine pas dans la peinture historique : il peint aussi des personnages d’Orient et de Grèce en costume traditionnel, des scènes de genre et des sujets religieux. Dès 1849, il devient membre du Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles fondé en 1847 et installé au n° 10 de la Galerie Saint-Hubert.

Chostakovitch: Tragédies et malentendus

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Chostakovitch

Dernière étape de la mise en ligne de notre dossier Chostakovitch publié en 2007 : le regard d'Harry Halbreich sur le compositeur et son jubilé.

Au secours, ils sont tous devenus fous ! Ou bien face à une telle unanimité, est-ce moi qui ai perdu la raison ? Son visage lunetté, aux lèvres serrées, à l'expression amère, hante jusqu'à l'obsession les couvertures et les pages intérieures des revues musicales, voire même de la presse généraliste. Ce n'est plus la "vague" dont parle Le Monde de la Musique (la "Vague Chostakovitch" était inscrit en Une du Monde de la Musique n°312 de 2006) , c'est un cyclone, c'est un tsunami. Même Mozart est dépassé, et le pauvre Schumann, troisième "jubilaire" de cette année 2006, carrément englouti. Chostakovitch, "le nouveau Beethoven", "le Beethoven du XXe siècle", "le plus grand compositeur depuis Beethoven". Au point d'en oublier Mahler, auquel il était pourtant censé succéder !

Essayons plutôt de retrouver un peu de sang-froid. Le plus grand compositeur russe depuis Tchaïkovski ? Ce ne serait déjà pas si mal, mais que faire alors de Stravinski et de Prokofiev ? Le plus grand depuis Beethoven ? Quid de Wagner, de Bruckner, de Debussy, de Messiaen ?… Et je me retrouve pratiquement seul, en la rare compagnie de… Pierre Boulez, mais dont l'aversion envers Chostakovitch est mal fondée car reposant, il l'avoue, sur une connaissance très lacunaire de son œuvre. Au moins puis-je prétendre la connaître très à fond et parler donc en connaissance de cause. Plus loin, j'essayerai de traiter de sa musique, ce qu'on ne fait pas très souvent, la musique d'un créateur extrêmement inégal, auteur d'une petite poignée de chefs-d'œuvre. Mais il s'agit bien de cela ! Nous avons affaire à un phénomène médiatique qui n'a plus grand-chose à voir avec l'art ou la culture. Et c'est cela la véritable tragédie de ce personnage essentiellement tragique : victime de son vivant de la forme la plus monstrueuse de l'oppression totalitaire soi-disant communiste, il l'est aujourd'hui de la forme la plus effroyable du capitalisme, la loi implacable du Marché mondialisé. Cet homme profondément bon et intègre doit se retourner d'horreur dans sa tombe : son art est dégradé au rang de marchandise.