Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Aurélien Pascal et Valentina Igoshina en récital

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Les Musicales de Menton, à l'initiative de Jérôme Delmas, ont programmé sous l'égide des Amis du Festival de Menton un concert de grande qualité avec le violoncelliste Aurélien Pascal et la pianiste Valentina Igoshina. Ce récital aurait parfaitement pu cadrer dans la programmation du Festival de Menton avec ces deux jeunes musiciens bardés de récompenses   

Aurélien Pascal et Valentina Igoshina nous proposent un superbe programme de musique française et russe : Gabriel Fauré et Sergei Rachmaninov. Le récital commence par la Sicilienne de Gabriel Fauré. Les deux artistes  communiquent le sentiment mélancolique, nostalgique, doux-amer, élégant, gracieux, et mélodieux de ce petit chef-d'œuvre.  LElégie en ut mineur de Fauré est l’une des œuvres les plus célèbres pour violoncelle et piano. Sa tonalité d'ut mineur et son tempo lent en font l’une des plus belles pages du répertoire pour violoncelle, chargée de lyrisme et de mélancolie. Aurélien Pascal annonce qu'ils joueront en plus la Mélodie de Tchaïkovski pour faire le passage à la partie russe du programme,  ils enchaînent avec la Sonate de Rachmaninov. On assiste à une interprétation haut de gamme. Aurélien Pascal est un musicien sincère. Il y a une certaine qualité facile, ludique et géniale dans son jeu, mais elle est suffisamment sérieuse et intense là où c'est nécessaire.  Valentina Igoshina est une spécialiste de Rachmaninov et on est soufflé par sa maîtrise artistique.  Il semble qu'il y a eu des problèmes de livraison avec le piano initialement commandé. Le piano quart queue est juste passable. Heureusement que Valentina Igoshina est assez humble et considère comme un défi de pouvoir tirer un maximum de l'instrument. Ce qui compte le plus c'est la pianiste, pas le piano ! Et quelle pianiste ! Valentina Igoshina est une musicienne incroyablement douée et passionnée. Elle fait entendre un jeu où raffinement, virtuosité, poésie et caractère vont de pair. Elle forme avec Aurélien Pascal un duo parfait.     

Novo Quartet remporte la section quatuor à cordes du 77e Concours de Genève

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À l’issue de l’épreuve finale des quatuors à cordes du 77e Concours de Genève, le dimanche 29 octobre à Victoria Hall, le Novo Quartet (Danemark) a obtenu le premier prix, alors que le Quartett Hana (Allemagne) et le Quatuor Elmire (France) ont partagé le 2e prix.

Quartett Hana se présente en premier lieu pour interpréter le Quatuor à cordes n°3 en majeur, op. 44-1 de Mendelssohn. Dès les premières notes, il fallait bien tendre l’oreille pour entendre les quatre instruments qui ne sonnent pas suffisamment, contrairement à l’énergie très visiblement déployée par les musiciens. Est-ce à cause de l’acoustique de la salle ? Ou de la place que nous occupions au parterre ? Leur jeu très est bien mis en place sans aucune faute, les notes sont toujours justes et le tempo presque métronomique. Mais nous sommes restés sur notre faim notamment à cause de peu de changement de caractère, d’humeur, et de registre sonore.

Le Quatuor Elmire fait preuve d’une idée musicale originale et réfléchie, dans le Quatuor à cordes n°8 en mi mineur, Op. 59-2, « Razumovsky » de Beethoven. Dès les accords initiaux, ils mettent l’accent sur la pause comme une interrogation philosophique. Leur manière de jouer semble se rapprocher à maintes reprises d’un jeu baroque, en s’ajustant en fonction d’une écoute mutuelle constante, d’où quelques flottements quant à la hauteur de note. Mais cela rendait l’interprétation bien propre à eux, avec une affirmation sortant des sentiers battus. Le deuxième mouvement est caractérisé par une flexibilité, tels des flux d’ondes : des crescendi et descresciendi comme des dilatations et dégonflements organiques. Toutefois, l’impression de prudence permanente empêchait de nous éclater émotionnellement au rythme de la musique, jusqu’au final qui ne s’emporte pas tout à fait.

Rachmaninov à l’honneur à la Philharmonie du Luxembourg

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Ce samedi 28 octobre a lieu le deuxième concert du Philhadelphia Orchestra à la Philharmonie de Luxembourg. La phalange américaine est placée sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, directeur musical de cet orchestre depuis plus de 10 ans maintenant. En soliste, nous retrouvons un des pianistes les plus acclamés de sa génération, Daniil Trifonov. Tout comme pour le concert de la veille, cette soirée met la musique de Sergei Rachmaninov à l’honneur avec son concerto le moins connu, le Concerto pour piano et orchestre N°4 en sol mineur Op. 40, ainsi que sa célèbre Symphonie N° 2 en mi mineur Op. 27.

La soirée débute donc avec le Concerto pour piano et orchestre N°4. Ce concerto, commencé en Russie avant la révolution d’Octobre et terminé aux États-Unis en 1926 (avant d’être révisé en 1928 et 1941), est plus que probablement le moins connu de Rachmaninov. La création a eu lieu le 18 mars 1927 par le Philadelphia Orchestra sous la direction de Leopold Stokowski avec Rachmaninov en soliste. Les critiques à la première de cette œuvre étaient acerbes,et cependant, ce concerto est loin d’être inintéressant. Dès les premières mesures, nous sommes emportés par le tourbillon de l’orchestre avant de retrouver pied avec l’arrivée du piano. Cet Allegro Vivace permet de montrer la virtuosité du soliste. Il faut cependant attendre le tout premier grand tutti pour voir Daniil Trifonov se lâcher complètement. Le Largo est un moment de quiétude. Trifonov use d’un jeu délicat et musical qui a le don de capter toute l’attention de l’audience. Le troisième mouvement s’enchaine attaca au deuxième. Cette partie de l’œuvre est mouvementée, bien que d’un point de vue compositionnel, le flux de l’énergie ne soit pas  totalement continu. On peut tout de même percevoir un sens du rythme et des dynamiques probablement redevables à Prokofiev. Aussi bien le pianiste que l’orchestre sont très précis dans leur jeu malgré la difficulté de la mise en place de cette œuvre. Notons tout de même un petit moment de flottement de quelques mesures au début du troisième mouvement au niveau de la percussion et des contretemps mais cela s’est vite remis en place. Trifonov termine de nous séduire avec l’interprétation inspirée de ce dernier mouvement. Yannick Nézet-Séguin prête une attention particulière au soliste. L’orchestre est donc très précis dans toutes ses interventions et est parfaitement en place avec le pianiste. Ils accompagnent merveilleusement le soliste sans prendre trop de place, ce qui lui laisse la possibilité de faire montre de ses idées musicales et de sa maîtrise de l’œuvre. Dès la fin du concerto, le public acclame longuement cette prestation. En bis, Daniil Trifonov interprète sous l’œil bienveillant de Yannick Nézet-Séguin, assis sur son podium à côté du pianiste, une transcription de la Vocalise Op. 34 N°14 de Rachmaninov. Ce moment musical suspendu clôture de la plus belle des manières cette première partie.

À Dijon, Musique en ville propose une randonnée citadine de musique baroque

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L’ensemble Les Traversées baroques a initié « Musique en ville » en 2011, un mini-festival en une journée dans des lieux de patrimoine dans la partie historique de Dijon. Pour cette 12e édition, nous avons assisté à trois concerts de l’après-midi.

Le chœur polonais Angelus Cantat

À 14 heures à l’église Saint-Pierre, le chœur polonais Angelus Cantat et son chef Tadeusz Eckert, venus spécialement d’Opole, proposent un programme allant de traditionnels de leur pays jusqu’à des arrangements de pop-variété. Pour ce concert sans entracte, une première partie est essentiellement consacrée à des œuvres polonaises du XIXe et du XXe siècle, commençant par une procession sur Dum Pater familias (Codex Calixinus). Puis, des chants en latin et en polonais, souvent liturgiques, se succèdent dans une ambiance solennelle. Peut-être à cause du jeune âge des chanteurs mais aussi très probablement de leur langue d’origine (le polonais), dans leur interprétation, la résonance « rentrée » des voyelles revenait souvent. En effet, si leurs voyelles étaient plus ouvertes, des pièces comme Jubilate Deo de Józef Świder ou Exultate Deo de Domenico Scarlatti auraient sonné avec beaucoup plus de magnificence. La deuxième partie est plus détendue. Quelques mises en mouvement avec des accessoires égayent l’atmosphère : lunettes de soleil, foulards colorés, coiffes de fleurs… Des cris, des imitations d’animaux et d’oiseaux ainsi que des sons de percussions ponctuent certains chants, suscitant une hilarité dans l’auditoire. Rejoint pour quelques pièces par le chœur de la maîtrise de Dijon, le concert remporte un franc succès et se termine avec des échanges de cadeaux amicaux.

A Genève, un clinquant Orchestre de Birmingham

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Au cours de chaque saison, le Service Culturel Migros patronne une série de concerts symphoniques qui sont présentés dans plusieurs villes de Suisse mais qui, parfois aussi, ne sont réservés qu’à une seule cité. Pour ouvrir les feux en cette fin octobre, il invite le City of Birmingham Symphony Orchestra qui se produit à Zürich, Berne, Genève et Lucerne sous la direction du chef nippon Kazuki Yamada devenu son directeur musical attitré depuis le printemps dernier.

Le programme proposé au Victoria Hall de Genève le 25 octobre commence par la Première Symphonie en ré majeur op.25 dite ‘Classique’ de Sergey Prokofiev. A la tête d’une énorme phalange incluant notamment 24 violons, 8 alti, 8 violoncelles et 4 contrebasses, Kazuki Yamada recourt à un tempo modéré pour l’Allegro initial qu’il veut délibérément rutilant en gommant la connotation chambriste se rattachant à l’esprit des symphonies de Haydn. Il joue des contrastes d’éclairage pour faire ressortir les timbres et chanter les premiers violons dans le Larghetto. Mais la Gavotte devient lourdingue par la débauche de coloris trop gras que le Presto tentera d’affiner avec de cinglants traits en fusée qui annihilent une fois de plus la référence ‘classique’ attachée à cette œuvre brève. 

Aurait dû intervenir ensuite le pianiste turc Fazil Say qui a ouvertement pris position contre l’attaque du Hamas tout en critiquant la politique du premier ministre israélien Netanyahou, ce que la direction de Migros a jugé indéfendable. Il est donc remplacé en dernière minute par Louis Schwizgebel-Wang, pianiste genevois de trente-cinq ans qui a été deuxième prix du Concours de Genève en 2005 puis premier prix des Young Artists Concerts à New York en 2007, ce qui lui a valu de jouer à Carnegie Hall en novembre de la même année. 

Octobre  pianistique avec Rachmaninov à l'OPMC

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a programmé l'intégrale des concertos pour piano et plusieurs œuvres symphoniques à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Serge Rachmaninov avec la venue de deux grands pianistes Evgeny Kissin et Francesco Piemontesi.

Evgeny Kissin devait déjà interpréter l'année passée ce concerto, mais suite à une tendinite il a dû le remplacer par un concerto de Mozart moins exigeant.  L'artiste revient cette année en très grande forme pour ce RACH3 et la salle est comble, tous les billets ont été vendus. Kissin prend le premier mouvement dans un tempo très mesuré, nettement plus lent que la plupart des interprètes, ce qui lui permet d'assurer une continuité de tempo entre les différents épisodes. La progression dramatique de l'interprétation est magnifique. Le finale est chargé de toute l'énergie accumulée précédemment, c'est un feu d'artifice de virtuosité époustouflant. La clarté architecturale, un jeu raffiné des lignes et la lumière toujours changeante. Son interprétation est noble et sublime, héroïque et déchirante. Elle traverse votre âme dans sa pureté cristalline et son intensité passionnée. On écoute la musique d'un compositeur de génie, par celle d'un pianiste de génie. Le dialogue avec l'OPMC et Kazuki Yamada est en parfait accord C'est un triomphe et Kissin offre en bis la “Mélodie” et la “Sérénade” extraits des Morceaux de fantaisie de Rachmaninov. 

Après l'entracte on découvre la Symphonie n°3 de Rachmaninov. C'est la première fois qu'elle est jouée à Monte-Carlo. Par ses contours mélodiques et son rythme, c'est sa symphonie russe la plus expressive, en particulier dans les rythmes de danse du finale. Ce qui est étonnant dans cette symphonie c’est sa grande économie d’énonciation par rapport aux deux précédentes. Le style épuré, apparent pour la première fois dans la Rhapsodie sur un thème de Paganini, renforce la puissance émotionnelle de l'œuvre. Que ce soit le trio mélancolique entre cor, violoncelle et clarinette au début de la symphonie, puis l'explosion émotionnelle extatique qui éveille tant d'émotions, ou le deuxième mouvement déchirant avec son beau thème. La virtuosité de tous les instrumentistes est vraiment admirable. Kazuki Yamada est très à l'aise dans ce répertoire évocateur et séduisant pour l’oreille. Il dirige son excellent orchestre à un tempo variable et avec une dynamique artistiquement maîtrisée. 

A l’OSR, un chef magnifique : Hannu Lintu  

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Pour le deuxième concert de sa saison 2023-2024, l’Orchestre de la Suisse Romande invite le chef finlandais Hannu Lintu et la violoniste moldave Patricia Kopatchinskaja.

De l’actuel directeur musical de l’Opéra National Finlandais, les publics genevois et lausannois ont gardé en mémoire son programme de 2021 où il avait présenté Tapiola de Jean Sibelius, le Concerto pour violon ‘A la mémoire d’un ange’ d’Alban Berg et la Quatrième Symphonie dite Inextinguible de Carl Nielsen. 

Avec cette énergie indomptable qui le caractérise, Hannu Lintu propose, le 11 octobre, la plus célèbre page symphonique de Jean Sibelius, Finlandia, ce cri de révolte de sa patrie étouffant sous l’oppression russe. Il en dégage la grandeur par la solennité des cuivres striée par les traits de cordes à l’arraché, alors que l’Allegro moderato répondant à cette introduction arbore la véhémence cinglante d’oriflammes emportés par la bourrasque. En une accalmie rassérénée, les bois chantent un choral hymnique que développent généreusement les cordes avant la reprise du fougueux allegro concluant en apothéose triomphante. 

Intervient ensuite Patricia Kopatchinskaja avec ce ‘look’ qui ne laisse pas indifférent, ses pieds nus sous sa longue robe rouge, sa gaieté presque enfantine qui lui permet de s’investir dans les expériences les plus improbables. C’est pourquoi elle s’attaque au redoutable Concerto pour violon et orchestre que György Ligeti élabora en 1990 et remania deux ans plus tard en tenant compte des recherches électro-acoustiques du compositeur mexicano-américain Conlon Nancarrow. Par de presque imperceptibles glissandi, elle dessine le Vivace luminoso initial qu’elle lacère de brusques accents avec l’aide du xylophone et de l’effectif de cordes réduit à dix instrumentistes afin de produire un tourbillon que les cuivres transformeront en choral. L’Andante prend un caractère recueilli grâce au discours du soliste s’animant progressivement par un dialogue avec l’alto et devenant même sautillant en réponse à la flûte à bec ou à l’ocarina. L’Intermezzo brille par les traits en cascade des bois que pimente le violon dans l’extrême aigu de sa tessiture, tandis que, par contraste, la Passacaglia se pare d’étrangeté par  le pianissimo des bois et la sonorité fibreuse du solo passant du tremolo blafard à de déchirantes stridences. Le Final est un Agitato molto où le violon exhibe une virtuosité à toute épreuve débouchant sur une cadenza échevelée que Patricia Kopatchinskaja achève en chantant même quelques mesures. Mais comme révoltés, les instrumentistes se  lèvent en provoquant un charivari que sanctionnera vertement la timbale, ce qui laisse le public pantois. Quatre ou cinq spectateurs s’empressent de quitter la salle, alors que la plupart se laissent griser par les deux bis qu’offre la soliste en dialoguant avec le violoncelle solo puis avec le violon. Ô combien aurait-il été judicieux de comprendre ce qu’elle a voulu expliquer sans l’aide d’un micro….

Au Festival d’Ambronay, grande émotion avec le Requiem de Mozart

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Le vendredi 6 octobre, nous avons vécu un moment particulier dans la soirée avec Le Concert de la Loge et Julien Chauvin. Quinze jours auparavant, le décès du baryton Alejandro Meerapfel lors d’un concert dans cette même abbatiale a marqué l’esprit. S’il chantait souvent avec La Cappella Mediterranea comme ce fut le cas le 22 septembre, il était également membre du Chœur de chambre de Namur, qui interprétait le Requiem de Mozart ce soir-là. En ce sens, le chœur a été plus que jamais au centre de ce concert. Les expressions des choristes, déterminées (Dies Iræ), lumineuses (Sanctus), ou apaisées (Lux æterna), sont empreintes d’une certaine pudeur, notamment chez les sopranos. La douceur des voix qui toujours prédomine, y compris aux moments affirmatifs (Rex tremendae majestatis) ou poignants (Confutatis), frappe à chaque fois. L’absence de toute brutalité n’empêche pas de transmettre une douleur profonde comme dans le célèbre Lacrimosa. L’équilibre entre les quatre pupitres est parfait dans une homogénéité sublime, notamment dans la fugue finale dans Lux æterna où tous les chanteurs sont acteurs de cette interprétation avec une dramaturgie extraordinaire.  

Les solistes forment un beau quatuor vocal dans l’esprit de musique de chambre. La retenue chez la soprano Julia Lezhneva nous émeut, tant sa virtuosité dans d’autres répertoires éblouit souvent l’auditoire. La richesse de timbre d’Eva Zaïcik enrichit la partition avec bonheur, alors que la projection droite du ténor Mauro Peter apporte une couleur lumineuse. Quant à la basse Andreas Wolf, il nous amène dans la force intérieure inhérente à cette musique. L’orchestre du Concert de la Loge aux instruments de la période classique brille de mille éclats, à commencer par les harmonies aux sons bien corsés, comme le début de Tuba mirum très remarqué. La présence de l’orgue portatif se démarque dès le début, avec un solo de l’orgue avant le Requiem aeternam, en guise d’introït. Ainsi, Julien Chauvin donne le caractère à chaque pupitre, que ce soit les instruments ou les voix, pour en tirer une richesse insoupçonnée qui recèle encore cette partition que l’on croit connaître par cœur.

Le Focus Musique classique à Echternach, l’excellence de l’éclectisme

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Située au cœur du Mullerthal, région du Grand-Duché plus connue par les amateurs de promenades sous le nom de « Petite Suisse luxembourgeoise », le long de la vallée de la Sûre, frontalière avec la Rhénanie-Palatinat allemande, la cité d’Echternach, la plus ancienne de ce pays renommé pour la densité de ses forêts et pour ses parcs naturels, n’a pas que des attraits de plein air. Elle est aussi très active sur le plan culturel, en particulier depuis que la magnifique infrastructure du Trifolion a été inaugurée en 2008. Ce bâtiment imposant, l’un des dix centres culturels régionaux du pays, est doté d’une salle de concert de 700 places, à la remarquable acoustique, d’une plus petite (Agora) dont la forme circulaire permet d’accueillir 300 personnes, ainsi que de plusieurs lieux de différentes tailles pour rencontres, conférences et activités diverses. En plein centre de la ville, qui compte un peu moins de 6000 habitants, le lieu bénéficie aussi de la proximité immédiate de l’abbaye d’Echternach, qui a connu une longue histoire du VIIe siècle jusqu’à sa suppression par les troupes française à la fin du XVIIIe. Si l’abbaye a subi des aménagements, des bâtiments abritant maintenant un lycée et un internat, il subsiste, en majesté, la Basilique mineure Saint-Willibrord, de style néo-roman avec des bas-côtés gothiques, qui porte le nom du fondateur de l’abbaye, un moine bénédictin venu des Pays-Bas (vers 658-739) où il fut aussi évêque d’Utrecht. Il est honoré chaque année à Echternach, où se trouve son tombeau, par un pèlerinage et une procession dansante à la Pentecôte.

En collaboration avec Kultur/lx – Arts Council Luxembourg, un organisme situé à Esch-sur-Alzette dont la mission est la promotion et la diffusion de la scène luxembourgeoise, l’Echter’Classic Festival, qui se déroule chaque début d’automne, a proposé, les 6 et 7 octobre, un Focus Musique Classique dont la programmation éclectique s’est étalée de la période baroque au contemporain le plus récent, une création mondiale étant inscrite à l’un des huit concerts prévus sur les deux jours. Cinq d’entre eux se sont présentés sous la forme d’un module de trente minutes et ont permis aux spectateurs et aux professionnels invités, dont des programmateurs venus de France, de Hollande, d’Allemagne et de pays de l’Est, d’approfondir leur connaissance d’artistes luxembourgeois. 

A Genève, un Festival Chopin de qualité

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Au cours de chaque automne, la Société Frédéric Chopin de Genève organise un festival grâce à la ténacité illimitée de sa présidente et fondatrice, Aldona Budrewicz-Jacobson. Pour sa 26e édition qui comporte cinq concerts, la première soirée du 5 octobre en la Salle Franz Liszt du Conservatoire a été assurée par le pianiste véronais Alberto Nosè, l’un des invités réguliers depuis 2001, qui, en outre, dirige une masterclass durant quatre jours. 

Son programme entièrement consacré à Chopin reflète son tempérament fougueux et une endurance à toute épreuve puisque, en première partie, il propose la Fantaisie op.49 et la Troisième Sonate op.58, alors que la seconde partie comporte le 1er Concerto op.11 accompagné par le Quintette Ephémère.

La Fantaisie en fa mineur op.49 datant de 1841 est complexe par ses métamorphoses rythmiques et harmoniques. Dans le Tempo di marcia initial, Alberto Nosè cultive une nuance piano extrêmement sombre qu’éclaircit la main droite par de méditatives inflexions. Les formules en arpèges se resserrent progressivement pour parvenir à un agitato tumultueux qu’endiguera le bref choral en accords détachés, rapidement submergé par le torrentiel da capo. Accalmie bienvenue que le Lento sostenuto conçu comme une douloureuse réflexion que bousculera à nouveau la reprise du Tempo primo glissant dans la boursouflure, défaut récurrent de ce jeu qui, néanmoins peut s’alléger pour iriser l’Assai allegro conclusif. 

Par une franche attaque des accords débute la Troisième Sonate en si mineur op.58 qui sait profiter des traits ascensionnels de la main gauche pour élaborer un cantabile clair qui se gorgera de lyriques épanchements devenant pathétiques dans la stretta conclusive. Le Scherzo est aérien par la volubilité des traits qui s’imbriquent naturellement jusqu’à un moderato en accords tenus. Le Largo constitue ici le point fort de cette première partie, car il est d’une rare sobriété sans la moindre afféterie en une sonorité unie sans être monochrome. Par contre, le Finale se veut brillant par l’exhibition d’une virtuosité quelque peu tapageuse.