Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

A la Scala, une création mal comprise du public

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Une vieille femme est à la fenêtre et marmonne quelques bribes d’une poésie en anglais ; puis, rapidement,  le décor change pour nous faire voir une masure grisâtre, flanquée de deux autres maisons, contre laquelle sont appuyées deux citernes ; à l’avant-scène, un fauteuil roulant recouvert d’un drap. Telle est la première image que nous livre la production de Pierre Audi pour Fin de partie, l’unique opéra de György Kurtag, dont la Scala de Milan vient d’assurer la création mondiale en date du 15 novembre 2018.

Durant plusieurs décennies, le musicien a songé à composer un opéra ; mais tout aussi régulièrement, il a laissé  de côté son projet, en essayant de traiter des structures plus restreintes comme le cycle de mélodies, d’où Kafka-Fragmente pour soprano et violon (1985-87) et Hölderlin-Gesänge pour baryton et instruments (1993-97) ; et c’est pour grand orchestre qu’il a élaboré Stele en 1994 et Üzenetek (Messages) entre 1991 et 1996.

Simon Boccanegra à Paris : Ordalie ou Tragédie antique ?

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La mise en scène de Calixte Bieito a fait l’objet d’un éreintement quasi général à coup de jeux de mots faciles, d’anathèmes, de détails glauques et d’accusation de retour au Regietheater. Si cela en dit long sur la paresse intellectuelle de certains commentateurs, rien ou presque n’a été formulé de l’impact du travail scénique sur le plus verdien et le plus énigmatique des opéras de Verdi : ce Simon Boccanegra que le composteur a écrit pour cinq voix masculines et remanié à vingt quatre ans de distance. Indéniablement, en provoquant sans cesse le dégoût ou l’effroi, les images et jeux de scène irritent. C’est le but recherché !

Pour fêter Penderecki

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Pour fêter dignement le 85ème anniversaire de Krzysztof Penderecki (né le 23 novembre 1933), son épouse Elzbieta a eu l’idée de lui offrir un cadeau sortant résolument de l’ordinaire sous la forme d’un festival consacré exclusivement à sa musique et composé de 11 concerts tenus sur 8 jours et s’achevant précisément le 23 novembre, jour même de l’anniversaire du jubilaire.

Le prestige du compositeur et les dons d’organisatrice comme le carnet d’adresses de Mme Penderecka (sans même parler de l’amitié que portent au couple nombre de musiciens de premier plan) ont visiblement accompli des miracles, cette semaine varsovienne ayant réuni des interprètes invariablement de haute qualité, où l’on trouve des stars telle que la violoniste Anne-Sophie Mutter ou l’altiste Youri Bashmet, les chefs d’orchestre Leonard Slatkin et Christoph Eschenbach, d’autres éminents musiciens comme le flûtiste Patrick Gallois ou le clarinettiste Michel Lethiec, mais aussi bon nombre de jeunes interprètes polonais et étrangers fort prometteurs et dont il sera question plus loin.

Festival L’Esprit du piano à Bordeaux

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Depuis 2010, le festival L’Esprit du Piano investit l’Opéra de Bordeaux (autre fois le Grand Théâtre, aujourd’hui l’Auditorium) pour faire vibrer les murs de la salle par de grands maître comme Aldo Ciccolini, Gregory Sokolov, Menahem Pressler, Paul Badura Skoda ou Arcadi Volodos, mais aussi des jeunes talents tels que Alexandre Kantorow, Florian Noack, Jean-Paul Gasparian, Pavel Kolesnikov, Vadym Kholodenko, Behzod Abduraimov, pour ne citer qu’eux. Le jazz et autres genres ont bien leurs places (Chic Corea, Yaron Hermann, Chilly Gonzales, Abd Al Malik…). Depuis 2012, le Festival s’exporte en Chine avec des jeunes interprètes (Marie-Ange Nguchi, Selim Mazari, Paolo Rigutto…) où on organise également des auditions de jeunes pianistes chinois.

Pimpant, le baroque ?

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Pour sa nouvelle saison de concerts, le Service culturel Migros a décidé de varier son offre en proposant autant de programmes avec des orchestres symphoniques qu’avec des formations de chambre. C’est pourquoi sont apparus, pour la première fois à Genève, I Barocchisti et son fondateur, Diego Fasolis, qui a réuni divers instrumentistes tessinois et italiens pour façonner un ensemble à géométrie variable (allant de quatre à quarante musiciens). Ce chef que l’on applaudit régulièrement à l’Opéra de Lausanne prône une interprétation ‘dans le style’ du répertoire baroque sur des instruments d’époque.

Un ténor éclectique : Piotr Beczala

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Pour le deuxième récital de sa saison, le Grand-Théâtre de Genève invite le ténor polonais Piotr Beczala dont on a abondamment parlé l’été dernier puisque, à quelques jours de la première, il a remplacé, à Bayreuth, Roberto Alagna dans le rôle de Lohengrin. Dans la cité lémanique, il n’a été affiché qu’une seule fois pour camper brièvement le Chanteur italien du Rosenkavalier lors de la saison 1998-99 ; et vendredi dernier, le 16 novembre, il a donc paru à l’Opéra des Nations dans un programme bien conçu, mettant en perspective Schumann et la musique slave, en dialoguant avec ce remarquable accompagnateur qu’est le pianiste autrichien Helmut Deutsch, régulièrement présent en ces lieux.

Mantra à Bozar : le tour du son en (un peu moins de) 80 minutes

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Articulée autour du thème de « l’inentendu », l’édition 2018 du festival Ars Musica explore de nouvelles contrées sonores. Au programme de la soirée du 16 novembre à Bozar, le Prélude et la Mort d’Isolde extraits de Tristan et Isolde de Wagner avaient, certes, un petit air de « déjà entendu ». En revanche, l’arrangement pour deux pianos qu’en a réalisé Max Reger est relativement peu joué. Quant à Mantra de Karlheinz Stockhausen, c’est l’une des étapes essentielles jalonnant l’épopée du renouvellement du langage musical entreprise le siècle dernier.

Wexford Festival Opera : toujours à la découverte

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Le programme du 67e Festival de Wexford (19 octobre-4 novembre) était à nouveau bien rempli : trois grandes productions d’opéra, trois opéras en version réduite, une série de récitals vocaux et plusieurs concerts. Ce n’est plus un secret, il faut se rendre dans cette petite ville de la côte irlandaise pour découvrir ou redécouvrir un répertoire oublié, peu connu ou… nouveau. Car Wexford ne se contente pas de fouiller dans les archives.
Cette année, le festival proposait la première européenne de Dinner at Eight, le dernier opéra du compositeur américain William Bolcom créé en mars 2017 au Minnesota Opera. Dinner at Eight est le quatrième opéra de William Bolcom (°1938, Seattle) et le troisième présenté en Europe. Le livret de Mark Campbell est basé sur une pièce de théâtre de Georges S. Kaufman et Edna Ferber présentée à Broadway en 1932 et adapté pour un film avec Jean Harlow. Ce Diner à vingt heures est essentiellement une comédie autour d’un diner désastreux, envahi par la cupidité, les infidélités et les addictions des nombreux protagonistes qui ne pensent qu’à leurs petits problèmes pendant que Manhattan étouffe sous la Dépression.

L’Orchestre symphonique de la Radio suédoise : une formation solide, un chef policé, une soliste remarquable

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On n’entend que trop rarement chez nous les formations symphoniques scandinaves, ce qui fait que le concert donné par l’Orchestre Symphonique de la Radio suédoise dans la superbe Salle Reine Elisabeth à Anvers -en ouverture d’une tournée qui conduira cette formation en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et en Autriche- était attendu avec beaucoup d’intérêt, d’autant plus que le programme offert par l’ensemble suédois sous la baguette de son directeur musical Daniel Harding offrait cette véritable rareté dans les salles de concert qu’est le Concerto pour violon de Schumann.

Belles retrouvailles avec le Quatuor de Jérusalem à Flagey

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On ne se lasse jamais d’entendre le Quatuor de Jérusalem, d’autant que les œuvres proposées par les musiciens israéliens au public nombreux de Flagey avait de quoi satisfaire les plus exigeants.

Entamant la soirée par le quatuor op. 76 n°1 de Haydn, l’ensemble hiérosolymitain se mit immédiatement au diapason de cette musique si pleine d’esprit, de finesse et de gaîté dans les mouvements lents et sut parfaitement rendre la profondeur sans emphase de "l’Adagio".