Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

De J.S. Bach aux « Sibylles », l’Atelier lyrique de Tourcoing scrute les mystères de l’âme.

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L’équipe de l’Atelier lyrique de Tourcoing continue de tracer, avec un réel bonheur, sa route ponctuée de haltes en divers lieux de la ville hôte : le théâtre municipal Raymond Devos, l’auditorium du conservatoire Albert Roussel ou l’église Saint-Christophe, mais aussi en investissant de nouveaux espaces tel le couvent des Dominicains de Lille dont la très sobre et austère église, toute de brique et de béton, servait de réceptacle en ce mois de mars à un concert Bach. Des extraits de cantates du Cantor de Leipzig étaient interprétés par le ténor Reinoud Van Mechelen, diplômé du Conservatoire royal de Bruxelles en 2012, et l’ensemble « a nocte temporis » qu’il a fondé en 2016 avec la flûtiste Anna Besson. Un concert de 10e anniversaire pour cette formation avec le programme « Erbarme Dich » qui avait marqué leurs débuts. L’objectif annoncé était de mettre l’accent sur le génie de Bach à exprimer les passions humaines dans toute leur diversité… hors de tout contexte liturgique ou musicologique. L’aisance vocale de Reinoud Van Mechelen dans tous les registres, son timbre de voix clair aux mille nuances, associé à la somptueuse virtuosité de la flûtiste Anna Besson, font merveille, captivant et transportant de bout en bout un auditoire nombreux. Il convient de dire aussi qu’à ce duo vient s’associer le violoncelle baroque de Ronan Kernoa, cette autre voix aux résonances parfois âpres, aux traits vifs, et le clavecin de Marc Meisel. À noter que les fidèles de l’Atelier lyrique auront le plaisir de retrouver Reinoud Van Mechelen le 3 juin prochain dans l’opéra de Rameau Les Boréades.

 A Genève, une émouvante Matthäus-Passion

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Au cours de chaque saison, l’Ensemble Gli Angeli fondé par Stephan MacLeod donne une vingtaine de concerts à Genève et dans diverses cités européennes en se fixant pour objectif de présenter sur plusieurs années l’intégrale des cantates de Bach, ce qui vient de se concrétiser par la publication de l’intégrale des cantates sur des motifs de choral en 19 CD de la firme Aparté. A proximité des fêtes de Noël et de Pâques, reparaissent à l’affiche tant le Messie de Haendel que la Passion selon Saint Matthieu, événements qui voient le Victoria Hall pris d’assaut par un public de tout âge, ce qui a été le cas le soir du 16 mars dernier pour le chef-d’œuvre de Bach.

Comme toujours, Stephan MacLeod dirige l’ouvrage, tout en assumant la partie de basse pour les airs solistes. Sur des estrades qui se font face, il dispose la formation orchestrale séparée en deux chœurs qui se répondent en encadrant l’orgue et le continuo comprenant viole de gambe, basson et clavecin. L’ensemble vocal composé d’une douzaine de chanteurs inclut les solistes qui s’en détachent, le temps d’une aria, avant de rejoindre le rang.  Dans la première partie, s’y ajoute  la Maîtrise du Conservatoire populaire de musique, danse et théâtre de Genève de Genève, magnifiquement préparée par Magali Dami et Fruzsina Szuromi, qui glisse une note de candeur juvénile en chacune de ses interventions. Dès le premier Chœur « Kommt, ihr Töchter, helft mir klagen», se dégage une indicible émotion que suscite cette direction qui progresse grâce à cette tension intérieure allégeant les tempi tout en se maintenant tout au long de l’œuvre. Les forces chorales confèrent à chaque séquence un relief dramatique qui allie la virulence d’une foule plébiscitant la mort de Jésus sur une croix à la commisération du bouleversant « O Haupt voll Blut und Wunden ».

Yuja Wang et Esa-Pekka Salonen en ouverture du Klarafestival

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Ambiance des grands soirs au Bozar de Bruxelles pour ce concert d’ouverture du Klarafestival 2026 avec rien moins que Yuja Wang et Esa-Pekka Salonen au pupitre du Swedish Radio Symphony Orchestra. À ce titre, c’était sans doute “le” concert de l’année à ne pas rater !

L’affiche intéressante confrontait deux thématiques finlandaise et française en mettant en miroir deux concertos de Rautavaara et Ravel et deux grandes fresques symphoniques de durées à peu près égales de Sibelius et Debussy.

Après les inévitables discours de circonstance (heureusement pas trop longs) et une présentation complètement dispensable d’un modérateur, le concert commença avec la Symphonie n°7 de Sibelius. Salonen a abordé ce chef-d’œuvre comme une sculpture en mouvement à la fois dense et fluide. Le tempo plutôt allant permet au chef de souligner la force magnétique de cette musique solaire. Désormais Conductor Laureate de la phalange suédoise après en avoir été le Chef principal de 1984 à 1995, Esa-Pekka Salonen connaît parfaitement cet orchestre pour en tirer des sonorités idoines et mettre en valeur les hautes qualités de ses pupitres (quels cuivres !).

Décédé il y a 10 ans, Einojuhani Rautavaara est à l’honneur de cette tournée avec son rare Concerto pour piano n°1. Sans avoir été directement élève de Rautavaara à l’Académie Sibelius d’Helsinki et même après avoir lutté dans sa jeunesse contre une forme de conservatisme que représentait l’Académie Sibelius (création du collectif Korvat auki - Oreilles ouvertes, en 1977) dont Einojuhani Rautavaara était alors l’un des plus éminents professeurs, Esa-Pekka Salonen s’est pris d’une immense admiration pour son aîné. Il a ainsi spécialement demandé à Yuja Wang de mettre ce concerto à son répertoire pour cette tournée ! Composée en 1969, cette œuvre expérimentale, d’un compositeur en recherche d’une voix singulière, a tout pour plaire au moderniste Salonen. Il faut dire qu’avec sa pyrotechnie pianistique, la partition est taillée sur mesure pour le brio de Yuja Wang qui a magistralement rendu les fameux “clusters” (ndlr : accords plaqués avec la paume ou l’avant-bras) du premier mouvement. Elle a réussi à transformer ce qui pourrait être une simple démonstration de force en une nappe sonore presque mystique et incantatoire, parfaitement en phase cette esthétique finlandaise avec ce mélange de sérieux et de décalé comme cette réminiscence de jazz band sur fond de batterie.

Dilemmes en série : Idomeno, Re di Creta de Wolfgang-Amadeus Mozart à La Monnaie

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A La Monnaie ces jours-ci, exactement dirigé par Enrico Onofri, dans une mise en scène de Calixto Bieito, bien plus retenue que d’autres dans lesquelles il privilégiait le paroxysme et la provocation, « Idomeneo, re di Creta » de Wolfgang Amadeus Mozart nous vaut des moments de grande intensité musicale et vocale, et de belles images scéniques significatives de ce qui se joue.  

De quoi s’agit-il dans cet operia seria composé par un Mozart de 25 ans et créé à Munich en janvier 1781 ? De dilemmes en série. Troie a été détruite. Ilia, princesse troyenne, est retenue prisonnière chez l’un des vainqueurs, Idomeneo, roi de Crète. Elle aime Idamante, le fils de celui-ci, d’un amour interdit. On annonce alors la mort d’Idomeneo. Leur amour serait-il donc possible ? Sauf qu’Idomeneo a survécu parce qu’il a promis aux dieux de sacrifier la première personne qu’il rencontrera. Ce sera son fils ! Sauf qu’Elettra, en exil là-bas après avoir assassiné sa mère Clytemnestre, jalouse d’Ilia, aime aussi Idamante. Tout va évidemment se compliquer… Et se conclure sur un happy end partiel : après une intervention divine décisive, Idomeneo abdique, Idamante accède au pouvoir et peut s’unir à Ilia. Quant à la pauvre Elettra, définitivement rejetée, il ne lui reste plus que sa colère. Voilà de quoi nourrir de « la belle musique » et de « beaux airs », amoureux, désespérés, emportés, passionnés.

ICMA 2026: Un concert de gala des grands soirs

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À l’issue d'une remise haute en couleurs des International Classical Music Awards de l'année, égayée par un « Happy birthday, dear Bambergers » entonné par la soprano américaine Melody Moore et repris en choeur par l’assemblée, le Bamberger Siymphoniker a livré un concert-marathon d'excellente tenue. Le programme, présenté par Annekatrin Hentschel (BR Klassik), rendait naturellement hommage aux lauréats de l’édition 2026 des ICMA, et en particulier à l’orchestre bavarois, récipiendaire d’un Special Achievement Award, qui célèbre cette année son quatre-vingtième anniversaire.

En poste depuis dix ans, son chef principal, le Tchèque Jakub Hrůša (sacré artiste de l’année), fut fougueusement accueilli par le public bambergois et ses autorités de tutelle. Il mit le feu aux poudres avec l’Ouverture Léonore n° 3 – celle-là même sur laquelle avait débuté, le 20 mars 1946, le premier concert donné par le Bamberger Tonkünstlerorchester, sous la baguette de Bertil Wetzelsberger. D’entrée de jeu, la sonorité homogène et détonante du Bamberger saisit nos oreilles, dégageant dans l’énigmatique introduction, aux confins du silence, une puissance émotionelle aussi captivante que dans le climax ultérieur, qui s’imposa au terme d’un crescendo merveilleusement amené. L’ensemble, radieux dans tous les pupitres (mention spéciale à la première flûte), ravit par sa superbe autant que par la précision millimétrique de son intonation.   

La soirée, animée au micro par Annekatrin Hentschel (BR Klassik), se poursuivit par une allocution du ministre bavarois des Sciences et des Arts, Markus Blume. Ce dernier fut bientôt relayé par l’Allegro vivace du Concerto pour alto et orchestre de Béla Bartók, brillamment servi par le tempérament volcanique et la technique éblouissante de Nils Mönkemeyer. Suivirent les deux premiers interludes du remarquable oratorio PASSIO du compositeur hongrois Péter Zombola (compositeur de l’année). Dans le premier, sombre et affligé, des accords se relaient, en tuilage, d’un pupitre à l’autre, tissant un choral fantomatique en lambeaux dont l’épaisseur ne cesse d’enfler, jusqu’à retentir à l’orchestre au grand complet. Le second fait la part belle aux cordes qui, furioso, propulsent des accords sur un rythme régulier émaillé de syncopes, fréquemment interrompus par les déflagrations d’une tonique dans le grave. Le tutti orchestral, scandé par un rythme de marche imprimé par des timbales déchaînées, clôt le mouvement dans un sentiment d'effroi. Tout se passe comme si la Danse sacrale de Stravinsky flirait ici avec le Trisagion d’Arvo Pärt (!).

Au Palais Garnier, des empreintes pas toujours très profondes mais fort esthétiques

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Il s’agissait de l’un des programmes les plus attendus de l’année, réunissant deux créations. La première, signée Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright, ainsi que la seconde, par Marcos Morau, prennent toutes deux, en un sens, le contrepied de l’art chorégraphique tel qu’il est habituellement abordé. Si le rendu visuel est par moment brillant, les propos ainsi que les langages chorégraphiques associés ont de leur côté un air de déjà vu.

L’Arena de « Jess and Morgs » portait l’ambition d’aborder la technologie — et plus particulièrement la vidéo — simultanément comme thème et moyen d’expression. Si la pièce tire son nom du postulat de ses protagonistes, où chacun tente de se démarquer des autres, cette quête du quart d’heure warholien prend plusieurs tournures successives. Ainsi, tout commence par une audition, ponctuée de différents solos simultanés, avant que le plafond ne s’affaisse pour devenir, à l’instar des murs du décor, un écran sur lequel seront projetées des vidéos des danseurs, pour la plupart en prise de vue réelle, filmées par les danseurs eux-mêmes à l’aide de deux caméras. Si cette utilisation de la vidéo n’a en soi rien de nouveau, étant utilisée en art dramatique depuis des années, l’on occulte trop souvent que la prise de vue « live » nécessite sa propre chorégraphie des caméras, en parallèle de celle des danseurs, celle-ci étant particulièrement réussie, à en juger par les effets de cadrages et travellings successifs. Ce sont ainsi littéralement deux visions de la danse qui se juxtaposent. C’est finalement par l’ajout d’une nuée de téléphones portables que l’on finit par tomber dans la surmédiatisation.

Au-delà du propos, l’on s’interroge sur l’utilité des trios et autres mouvements de groupe aux alentours de la trentième minute, ces derniers s’inscrivant en antagonisme avec le propos. En principal soliste, Loup Marcault-Derouard convainc, tant par sa présence scénique que par son investissement dramatique, particulièrement saillant grâce aux gros plans dont il fait l’objet. Mention particulière également pour Koharu Yamamoto, dont le classicisme technique diffère sensiblement du reste des danseurs, plus coutumiers des pièces contemporaines au sein de la compagnie ; Caroline Osmont, Ida Viikinkoski et Nine Seropian en tête. Mention particulière également pour la réflexion autour de la spatialisation de la musique, signée Mikael Karlsson, et des projections.

« Nuits sans aube » de Matthias Pintscher à l’Opéra Comique : sombre poésie

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L’Opéra Comique vient de présenter Nuits sans aube de Matthias Pintscher en création française. Inspiré d’un conte de Wilhelm Hauff, l’ancien directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain livre une œuvre marquée par un fond sonore continu, qui installe une atmosphère sombre tout en donnant naissance à un univers scénique d’une grande richesse visuelle.

Un conte romantique

Le conte romantique de Wilhelm Hauff se déroule dans une forêt. Une vieille femme y évoque un rituel ancien : les habitants d’un village offrent des présents aux dieux, et la déesse Anubis exige qu’un don lui soit fait la nuit suivante. Peter, né un dimanche et portant le signe de Caïn — symboles de pureté —, est choisi comme offrande, mais cette désignation le plonge dans un profond traumatisme. Sa mère promet alors à Azaël de lui offrir le cœur de son fils après sa « grande transformation », dont le jeune homme a si peur.

Clara, effrayée par les cauchemars et les pensées sombres de son ami — il souhaite s’arracher le cœur —, finit par le quitter. Lorsque vient la nuit, Peter invoque la déesse Anubis, qui annonce que le cœur du jeune homme sera remplacé par une pierre. Le rituel accompli, Peter se retrouve privé de sentiments. Sa mère refuse finalement de livrer le cœur de son fils à Azaël, et l’opéra s’achève sur ses remords.

Une forêt entre rêve et cauchemar

Sur la scène de l’Opéra Comique se succèdent douze tableaux qui demeurent constamment dans l’imaginaire du conte. Les costumes de Molly Irelan mêlent références réelles et fantastiques, époques anciennes et modernes, suggérant une forme d’intemporalité. Les vidéos de forêt conçues par Hana Kim possèdent une grande poésie : l’espace qui leur est réservé — une bande horizontale dont la hauteur dépasse à peine la taille humaine — renforce l’impression d’un arrière-plan omniprésent. Autour de cette projection, la scénographie d’Adam Rigg privilégie des effets spectaculaires à des moments clés : les loups suspendus apparaît juste avant la fin de la première partie, et ils le restent pendant une grande partie de l’œuvre ; ou encore l’apparition d’Anubis, qui balaie la forêt d’un rouge sanglant. Dans ces instants, les lumières de Yi Zhao se révèlent d’une redoutable efficacité. La mise en scène de James Darrah n’hésite pas non plus à accentuer la violence du récit, notamment lors de l’arrachement du cœur d’un loup puis de celui de Peter par sa mère. Les robes des personnages féminins prolongent quant à elles l’imaginaire du conte. Sous la dramaturgie d’Olaf A. Schmitt, l’ensemble compose un univers à la fois onirique et inquiétant, où l’angoisse du fils se transforme peu à peu en culpabilité maternelle.

Festival de Namur 2026 : l'invitation au voyage

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Pour sa 63e édition, le Festival Musical de Namur s'affranchit des contraintes du voyage moderne — souvent réduit à une épreuve de logistique et de hâte — pour proposer une odyssée d'un genre nouveau : le déplacement de l'écoute. Du 26 juin au 11 juillet 2026, la capitale wallonne devient le port d'attache d'un itinéraire sans décalage horaire, où la musique circule librement entre les siècles, les frontières et les cultures. Sous le titre évocateur "Voyage, Voyage", la programmation orchestrée par Jean-Marie Marchal ne se contente pas d'aligner des chefs-d'œuvre ; elle invite l'auditeur à suspendre ses réflexes et à explorer des territoires sonores allant du faste de la Rome baroque aux confins des traditions populaires de Bosnie-Herzégovine. C'est une promesse de découvertes concrètes, parfois historiques, parfois intérieures, où le seul luxe exigé est celui, devenu rare, de prendre le temps d'écouter.

Le Baroque : Entre Splendeur Romaine et Intimité Française

  • Ouverture "Roma" (26 juin) : Leonardo García-Alarcón explore la polyphonie romaine du XVIIe siècle avec des œuvres de Luigi Rossi, Alessandro Scarlatti et le célèbre Miserere d'Allegri. Ce concert met également en lumière une messe rare de Giovanni Giorgi.
  • Opéra de poche (3 juillet) : L'ensemble Scherzi Musicali, dirigé par Nicolas Achten, présente Actéon de Marc-Antoine Charpentier. Cette production coïncide avec la sortie discographique de l'œuvre en juin 2026.
  • Redécouverte Viennoise (2 juillet) : Le Chœur de Chambre de Namur et Les Traversées Baroques s'unissent pour exhumer le Requiem et le Stabat Mater de Marc'Antonio Ziani, compositeur à la cour des Habsbourg.

Le Voyage Intérieur et l'Exil

  • "Songs of Travel" (7 juillet) : Un récital dédié à la mélodie anglaise du XXe siècle (Vaughan Williams, Holst, Britten) avec les ténors Pierre Derhet et Maxime Melnik, accompagnés par le pianiste Julius Drake.
  • "Fanto & Lou" (28 juin) : Un spectacle familial (dès 8 ans) sur un texte de Geneviève Damas, racontant l'exil d'un éléphanteau arrivé en Belgique, métaphore sensible du parcours des enfants venus de loin.
  • "4 Femmes" (8 juillet) : Une création mêlant les voix de Perse, Turquie, Inde et Cameroun autour d'une figure de Médée contemporaine imaginée par Atiq Rahimi.

Le Quatuor Belcea et Barbara Hannigan : sensibilité, synergie, intelligence

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Deux parties pour ce concert du Quatuor Belcea : la première seul, et la seconde avec la chanteuse Barbara Hannigan.

Cela commence avec les Cinq Mouvements pour quatuor à cordes op. 5 d’Anton Webern, une œuvre charnière de 1909 : la concision n’est pas encore aussi radicale que par la suite, mais avec des durées moyennes de deux minutes par mouvement, il y a déjà une concentration des événements musicaux que l’on ne peut plus qualifier de « post-romantique ». Le dernier est indiqué In zarter Bewegung, c'est-à-dire « Dans un mouvement tendre ». C’est bien la tendresse qui caractérise cette interprétation, où chaque note est chargée d’une sensibilité toujours renouvelée, mais jamais débordante.

Effet saisissant : l’enchaînement avec le Quatuor à cordes N° 19 en ut majeur K 465 de Mozart, dit « des dissonances », précisément en raison de son début qui a fait couler tant d’encre, cet Adagio tellement surprenant harmoniquement que des théoriciens ont cru devoir apporter des corrections. Qui sait combien de temps certains spectateurs, qui ne connaitraient pas bien cette œuvre de Mozart, auront mis à réaliser que ce n’était plus Webern qu’ils entendaient ? Car même sans exacerber, dans leur jeu, la modernité de l’écriture de Mozart dans ce début venu d’ailleurs, le Quatuor Belcea nous maintient, pendant toute cette introduction, dans ce début de XXe siècle où la tonalité vacille. Mozart, précurseur de Webern ? Sans doute pas, tout de même ! Mais donner à entendre Mozart après Webern, apporte indiscutablement un éclairage nouveau. Si la suite est plus conforme à ce que nous attendons de l’écriture d’une œuvre en 1785, nous restons cependant émerveillés de la profusion d’idées, qui empêche toute routine de s’installer.

Le Printemps des Arts : entre utopie, jeu et vertige

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Hériter, transformer : le pari Monnet

Né de l’impulsion de la Princesse Grace, qui souhaitait faire de Monaco un carrefour artistique international, le Printemps des Arts de Monte-Carlo poursuit depuis plus de quarante ans une aventure culturelle aujourd’hui placée sous la présidence de Caroline de Monaco.

Le compositeur Bruno Mantovani en assure la direction artistique depuis 2022. Cette édition, intitulée « Utopie – Opus 1 », marque une volonté de redéfinir en profondeur l’identité du festival. Le pari est celui de l’exigence et de la curiosité, une orientation cohérente qui porte déjà ses fruits avec des salles combles dès le premier week-end.

Plusieurs nouveautés sont à signaler cette année : l’absence d’orchestres symphoniques internationaux et de stars hypermédiatisées. À la place, des musiciens de tout premier ordre, intègres et passionnés, sont au service d’un programme très varié. Le prix des billets a été fixé à 20 euros par concert, avec la gratuité pour les moins de 25 ans.

Après une ouverture consacrée aux madrigaux de Claudio Monteverdi et Carlo Gesualdo, le premier concert symphonique a offert un aperçu plus large des ambitions du festival. À la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Pascal Rophé a confirmé son affinité avec les répertoires du XXe siècle, déjà remarquée l’an passé avec le BBC Symphony Orchestra.

Jean-Frédéric Neuburger, pianiste inclassable, brille aussi bien dans le grand répertoire romantique que dans la création contemporaine. Il aura le bonheur d’être entendu lors de quatre concerts, où chacune des facettes de son immense talent sera dévoilée.

Marc Monnet, directeur artistique du Printemps des Arts de 2003 à 2021, a été chargé de composer un concerto pour piano pour cette édition, sans doute le moment le plus attendu de la soirée. Le compositeur signe ici une œuvre étonnamment accessible au regard de son esthétique habituelle. En adoptant une forme tripartite avec cadence soliste, Monnet semble jouer avec les codes du concerto classique plus qu’il ne les subvertit réellement. L’écriture orchestrale, riche en trouvailles — second piano en miroir, présence d’un didgeridoo, textures percussives — crée un univers sonore foisonnant, parfois au risque de la dispersion.

Dans ce contexte, Jean-Frédéric Neuburger s’impose comme le véritable centre de gravité de l’œuvre : son engagement, sa clarté de jeu et sa capacité à structurer le discours lui confèrent sa cohérence et sa force expressive. Il déploie des effets éblouissants, vibrants et profondément émouvants. On peut espérer que le concert aura été enregistré dans son intégralité et pourra être diffusé.