De superbes tableaux : le Vaisseau fantôme de Richard Wagner à Bastille  

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A l’Opéra Bastille à Paris, Le Vaisseau fantôme de Richard Wagner, tel que l’a mis en scène Willy Decker, offre aux spectateurs de superbes tableaux visuels, qui sont les meilleurs écrins pour le déploiement des richesses vocales et musicales de l’œuvre.

Malédiction et rédemption, tels sont les deux pôles du Vaisseau fantôme : maudit, le Hollandais volant est condamné à errer sans fin sur les mers. Tous les sept ans, il peut cependant jeter l’ancre dans un port avec l’espoir de trouver une jeune femme, « un ange de Dieu », qui, lui jurant fidélité éternelle, garantira sa rédemption. Telle sera Senta, au prix de sa vie.

Musicalement, la somptueuse ouverture déploie déjà tous les thèmes qui, à la Wagner, même s’il n’a pas encore atteint sa plus grande maturité, disent les êtres, leurs faits, leurs croyances, leurs rêves, leur destinée. Pour qui a déjà entendu l’œuvre, réécouter cette ouverture, c’est revoir ce qui va advenir, et s’en réjouir, même si c’est fatal.

Willy Decker fait de cet opéra une somptueuse « galerie ». Le tout s’inscrit dans un décor monumental, une immense pièce, avec une immense porte et une vue sur une immense peinture animée, qui ouvrent sur les surgissements révélateurs du destin en marche (le chœur des marins dans la tempête, un bateau en difficulté dans une mer démontée, une grande voile rouge, le Hollandais, le chœur des femmes des marins, Erik le Chasseur), et qui, par un habile jeu de lumières, donnent vie à des ombres tout aussi immenses. Une immensité à la mesure de ce qui domine et écrase ces êtres-là. Une immensité paradoxalement d’exacte mesure. Une scénographie réduite aussi à quelques accessoires, le portrait du marin maudit, qui fascine tant Senta, des chaises, une voile de vaisseau à ravauder. 

Cela suffit dans la mesure où Willy Decker est un plus qu’efficace directeur d’acteurs. Il a l’art d’installer les chanteurs dans des lignes de force qui donnent à voir les sentiments qui les unissent ou les opposent. Et quelle extrême fluidité dans les déplacements des chœurs, qui entourent, accueillent, excluent ou isolent. Voir, c’est comprendre.

Mais tout cela n’est que l’écrin qui met en valeur l’essentiel : le chant. Et les protagonistes peuvent alors déployer tout leur talent, dans un grand déferlement wagnérien - et ce mot, aux connotations marines, est évidemment un compliment. C’est peu de dire que Ricarda Merbeth impose sa Senta, dans la fascination pour le héros maudit qui la fait rêver, dans sa conviction quand elle le rencontre, dans sa décision ultime. Quelle splendeur vocale ! Tomasz Konieczny a toutes les douleurs, les espérances et les déceptions du Hollandais maudit. Günther Groissböck fait vivre ce père chez qui l’affection paternelle s’efface devant quelques perspectives de richesse. Michael Weinius donne à ressentir toute la douleur d’Erik, celui qui ne comprend pas et qui, de toute façon, chasseur, n’est pas de ce milieu-là. 

Quant à Hannu Lintu, le chef finlandais, à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Paris, il nous convainc dès les premiers moments, ceux de l’Ouverture. 

On ne s’étonnera donc pas que cette production, créée en 2000, continue à susciter l’enthousiasme du public.

Paris, Opéra Bastille, le 17 octobre 2021

Stéphane Gilbart

 

 

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