Double affiche autour du piano à Monte-Carlo

par Go Here

La fin de la saison monégasque est marquée par deux concerts autours de deux grands pianistiques : Christian Zacharias et Krystian Zimerman

Chaque concert du pianiste Christian Zacharias approche la perfection. C'est toujours avec grande émotion qu'on écoute ce merveilleux musicien qui atteint une telle perfection dans le répertoire classique.  Il nous propose un programme très intéressant avec des oeuvres peu jouées en concert  de Beethoven dédiées à son Maître Joseph Haydn.

Les charmantes 6 Variations sur "Nel cor più non mi sento" d'après l'opéra La Molinara de Paisiello WoO70, et les 12 Variations sur un thème de danse russe WoO71.  Zacharias crée un sentiment d'émerveillement, qui nous fait rêver. Un délice de toucher perlé. Dans la Sonate n°1 en fa mineur op 2 n°1, il témoigne d'une authentique âme de poète : le deuxième mouvement" allegro" est très émouvant.Christian Zacharias reconstitue dans ce programme le dialogue du maître et du disciple, où il fait alterner le jeune Beethoven et des pièces de la maturité de Haydn. La Sonate n°36 est séduisante avec un superbe adagio au lyrisme sobre et poignant. Le récital est couronné par la majestueuse Sonate pour piano n° 18 en sol majeur D 894 de Schubert. Zacharias qui était irrité par les applaudissements avant la fin de la sonate de Haydn annonce " et maintenant ça dure une heure"...On est fasciné par son interprétation. Il garde la tension tout au long de la sonate, il tient en haleine son public pendant toute la durée de l’oeuvre. La musicien ouvre un journal plein d'émotion et d'incertitude, mais cette sérénité étonnante donne un aperçu clair de ce dont il s'agit : réflexion et perspective. Zacharias séduit par une sonorité chantante, pleine de charme, où l'on découvre toutes les nuances de son jeu. Après une ovation, il offre un bis, prolongeant l’émotion de ces instants rares.

Krystian Zimerman est un des plus grands artistes contemporains, le pianiste philosophe par excellence.Ses concerts sont toujours très personnels et méticuleusement préparés. Il se présente ce soir à Monte-Carlo pour les Quatuors pour piano et cordes n°2 et n°3 de Johannes Brahms. Krystian Zimerman s'entoure de trois jeunes musiciens exceptionnels : la violoniste Maria Nowak, l’altiste Katarzyna Budnik et le violoncelliste Yuya Okamoto. 

Les quatuors pour piano et cordes de Brahms sont des œuvres de grande dimension aux somptueuses sonorités. On retrouve l’influence de Beethoven pour le deuxième quatuor, des échos schubertiens pour le troisième, avec une influence slavophile, par des colorations mélodiques et des rythmes dansants. La conception orchestrale  s’éloigne de la musique de chambre habituelle au profit d'un quasi concerto pour piano, au son plus collectif. Jouer cette musique de chambre avec piano de Brahms s’avère toujours extrêmement délicat. Le compositeur inventait des timbres qui fonctionnaient très bien pour les pianos de son époque. Ces pianos n'étaient pas aussi lourds que nos instruments contemporains et ils n'avaient pas une aussi grande palette de volume. Krystian Zimerman est un sorcier des sons et grâce aux réglages millimétrés de son piano il arrive à recréer le monde sonore de Brahms. Le son orchestral, les tempi, la dynamique, l'interaction intime et parfaitement synchronisée entre les quatre musiciens est remarquable.

Monte-Carlo, Auditorium Rainier III  Opéra Garnier,  9 & 22 juin 2021 

Carlo Schreiber

Crédits photographiques : Constanze Zacharias

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