Fin d’une très belle intégrale Schumann par Heinz Holliger

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Robert Schumann
(1810-1856)
Volume IV : Concerto pour violon en ré mineur, WoO I – Concerto pour piano en la mineur, Op. 54
2016-DDD-64’-Textes de présentation en anglais et allemand-Audite 97.717
WDR Sinfonieorchester Köln, Heinz Holliger, direction – Patricia Kopatchinskaja, violon – Dénes Varjon, piano

Volume V : Konzertstück pour piano et orchestre en ré mineur, Op. 134 – Fantaisie pour violon et orchestre, Op. 131 – Konzertstück pour piano et orchestre, Op. 92 – Konzertstück pour quatre cors et orchestre, Op. 86
WDR Sinfonieorchester Köln, Heinz Holliger, direction – Patricia Kopatchinskaja, violon – Alexander Lonquich, piano – Paul van Zelm, Ludwig Rast, Rainer Jurkiewicz, Joachim Pötl, cors
2016-DDD-67’33-Textes de présentation en anglais et allemand-Audite 97.718

Volume VI : Ouvertures Manfred, Op. 15 – Ouverture pour les « Scènes du Faust de Goethe » - Symphonie en sol mineur « Zwickauer » - Ouverture d’Hermann et Dorothée, Op. 136 – Ouvertue Genoveva, Op. 81 – Ouverture de La Fiancée de Messine, Op. 100 – Ouverture de Jules Caesar, Op. 128
WDR Sinfonieorchester Köln, Heinz Holliger, direction
2016-DDD-76’02-Textes de présentation en anglais et allemand-Audite 97.705
C’est à l’occasion d’une intégrale Schumann que nous retrouvons le chef d’orchestre Heinz Holliger à la tête du WDR Sinfonieorchester Köln. Un mariage évident et à la hauteur de toutes nos attentes. L’occasion pour les artistes de terminer une très belle série, remarquable par le souffle instauré par la baguette dynamique et précise du maestro, et par la constante bienveillance de l’orchestre et des solistes. Les trois derniers volumes qui complètent cette série se différencient à chaque fois par une thématique bien précise. C’est ainsi que le volume IV s’intéresse au genre concertant avec le célèbre Concerto pour piano en la mineur dédié à Ferdinand Hiller, entamé en 1841 sous la forme d’une fantaisie en un seul mouvement, mais publié qu’en 1845 chez Breitkopf avec deux mouvements supplémentaires, et le moins connu Concerto pour violon. Ecrit entre le 21 septembre et le 3 octobre 1853, soit quelques mois avant l’internement de Schumann à l’asile d’Endenich, le Concerto pour violon résulte d’une demande du violoniste Joseph Joachim – que Schumann a rencontré lors de la Niederrheisches Musikfest - regrettant que le répertoire concertant pour violon soit alors bien pauvre. Il ne faudra pas longtemps à Schumann pour coucher sur papier la Fantaisie Op. 131 et le Concerto pour violon. Hélas, en dehors d’un concert, où se donne également l’Ouverture d’Hamlet de Joachim, et de deux répétitions, l’une en 1854 et l’autre en 1857, Joachim ne touchera plus jamais au Concerto, considérant qu’il ne bénéficie pas de la même puissance expressive que le reste du répertoire de Schumann.
Deux artistes épatants se dévoilent ici. Le pianiste Dénes Varjon aborde l’œuvre avec fluidité et respect du texte. Il choisit un tempo allant pour le premier mouvement, n’enlevant rien à son caractère dramatique. Le jeu est timbré, homogène et ne souffre à aucun moment d’exacerbation. Le second mouvement est gracieux, délicat, avec une belle conduite des phrases avant un final dynamique, mesuré et souple. En définitive, un piano chantant précis et doué d’une belle construction générale. La violoniste Patricia Kopatchinskaja offre quant à elle une lecture éclairée et déterminée. Sous la baguette attentive de Heinz Holliger, elle exploite toute l’étendue de ses capacités pour rendre sa lecture passionnante. Il suffira d’écouter le mouvement central pour saisir la douceur du timbre et la compréhension sans faille de l’architecture. Patricia Kopatchinskaja croit en chaque note et dégraisse magistralement cette œuvre trop souvent négligée.
Le répertoire concertant de Schumann peut se diviser en deux groupes : d’une part les concertos « classiques » (violon, piano, violoncelle) et d’autre part les œuvres concertantes en un seul mouvement (Konzerstück, Fantaisie) avec une exception pour le Konzertstück pour quatre cors et orchestre, qui se divise en trois mouvements. C’est ce second groupe qui trouve place avec le volume V. Tout débute en 1836 lorsque Schumann imagine une Sonate pour piano en fa mineur, publiée sous le nom Concert sans orchestre. De cette première tentative suivront d’autres plus fructueuses, notamment avec les Opus 92 et et 134. Comme pour la Fantaisie Op. 131, que Schumann entame trois jours après l’Opus 134, la structure se compose d’une introduction lente suivie d’une section centrale rapide. Si l’Opus 92 voit un piano en étroite collaboration avec l’orchestre, sans réel conflit, l’Opus 134 se distingue par un piano dominant, davantage soliste. Mais la richesse de ces pièces réside davantage dans la capacité qu’à Schumann de concentrer et réunir en seulement quelques minutes une multitude d’idées, de dynamiques et de contrastes, surtout pour l’Opus 92.
Enfin, le Konzertstück pour quatre cors et orchestre date de 1849 et se différencie par sa forme en trois mouvements, contre un précédemment. La force de cette œuvre réside en la connexion entre chaque mouvement et la mise en valeur d’un collectif de cors homogène.
On retrouve la violoniste Patricia Kopatchinskaja, toujours aussi captivante et attachée à la transmission de la beauté du texte ; le pianiste Alexander Lonquich qui décèle dans le matériau musical toute la richesse de l’harmonie et qui construit avec discernement et perspicacité le discours ; les cornistes Paul van Zelm, Ludwig Rast, Rainer Jurkiewicz et Joachim Pötl dont la maîtrise de l’instrument permet au collectif de ne faire qu’un. La baguette de Heinz Holliger est toujours aussi attrayante, presque envoutante tant le chef parvient à faire sortir de l’orchestre une intensité dramatique et une énergie jamais interrompue.
Concluons enfin avec sans doute l’un des plus beaux et intéressants volumes unissant les dernières ouvertures à la toute première symphonie en sol mineur, sans numéro d’opus. Les ouvertures de Schumann tiennent une place important dans son catalogue. Ainsi, et en dehors de l’Ouverture avec chœur Op. 1, toutes les ouvertures se dessinent à partir de 1847 et s’imaginent à chaque fois, hors Julius Caesar, avec un projet scénique.
Ce dernier volume est clairement l’aboutissement d’une réflexion et Heinz Holliger ne vient pas ici pour faire de la redite. A la tête d’un très bel orchestre, il dépoussière le répertoire avec bienveillance et respect du texte en prêtant une attention particulière à ce que rien ne soit figé. Entre le regard porté sur les enchainements harmoniques et le souffle de la ligne musicale, Holliger joue de son orchestre et développe le discours musical grâce à des tempi allants assumés et maîtrisés. Une masse généreuse au service du texte et d’un répertoire bien trop souvent massif et négligé. Il y a ici un travail considérable sur la texture, le flux, le timbre et l’homogénéité des pupitres qui ne peut être effectué que par un chef de talent.
De toute évidence, voilà une intégrale dont on se souviendra longtemps.
Ayrton Desimpelaere

Volume IV : Son 10 – Livret 10 – Répertoire 9 – Interprétation 10
Volume V : Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10
Volume VI : Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10 

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