Ivan Pochekin, un violon sombre pour Chostakovitch

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Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) : Concertos pour violon et orchestre n° 1 op. 77 et n° 2 op. 129. Ivan Pochekin, violon ; Orchestre National de Russie, direction :  Valentin Uryupin. 2020. Livret en allemand et en anglais. 70.50. Profil Hänssler PHI9073.

Né en 1988, le violoniste russe Ivan Pochekin, qui a notamment reçu l’enseignement de Viktor Tretyakov, a gagné en 2005 le troisième Concours international Nicolo Paganini à Moscou et a enregistré dès l’année suivante un CD Paganini/Chausson avant un album Prokofiev, Szymanowski, Tchaïkovski, Khatchatourian et Stravinsky. Ce fut encore, pour Naxos, des enregistrements de partitions de Paganini, bien accueillis par la critique. Ce virtuose, qui est aussi altiste et se consacre en plus à la musique de chambre, entre autres avec Boris Berezovsky, s’est beaucoup produit dans son pays, puis dans quelques pays européens ; la Corée du Sud ou le Mexique ont pu apprécier son talent. 

Dans la notice de ce CD Hänssler, Pochekin explique que le Concerto n° 1 de Chostakovitch est chargé d’émotions et d’énergie, alors que dans le Concerto n° 2, ces émotions sont en quelque sorte cristallisées et pleines de sagesse. On sait que David Oïstrakh est le dédicataire des deux oeuvres. L’opus 77 de 1948 est demeuré sept ans dans les tiroirs du compositeur avant d’être créé à Leningrad en 1955 ; c’est une partition en quatre parties, qui font penser à une suite. Le Nocturne initial s’ouvre dans un climat de mystère que Pochekin entame avec une sombre retenue, constante qui va persister tout au long de cette version dont le poids tragique est mis en évidence par un phénomène de concentration qui émeut l’auditeur. Le soliste donne au Scherzo sa part d’animation, avec dynamisme, mais on sent toujours le drame en toile de fond. La Passacaille, lourde de sens, accentue cet effet de suffocation. Pochekin exprime la gravité du propos en lui conférant une atmosphère de recueillement qui devient peu à peu étouffante dans la cadence. Raconte-t-il la rupture entre le passé et le présent de son pays comme il l’esquisse dans la notice ? Il se lance en tout cas dans une méditation à la fois nostalgique et poignante, avec pudeur et respect. L’Orchestre National de Russie, dont les pupitres offrent quelques rugosités que l’on aime les entendre développer, laisse à Pochekin tout le devant du discours, jusqu’à la Burlesque conclusive au cours de laquelle l’ivresse sonore éclate totalement, violon et orchestre se lançant dans une démonstration débridée. Une belle version, que dirige Valentin Uryupin avec efficacité. Clarinettiste de formation, ce chef, qui a été l’élève de Gennadi Rozhdestvensky, a remporté en 2017 le Premier Prix du Concours de chefs d’’orchestre Georg Solti à Francfort. Il avait, deux ans auparavant, suivi des masterclasses de Kurt Masur et remporté un autre concours de direction d’orchestre, à Moscou. Directeur musical à l’Opéra de Perm et à Rostov-sur-le-Don, il s’est produit avec un grand nombre de phalanges et joue aussi bien le répertoire lyrique que la musique symphonique ou de ballet. 

Composé une vingtaine d’années après, le Concerto2 a été créé, toujours par Oïstrakh, à Moscou en octobre 1967. Ici, la forme traditionnelle en trois mouvements est présente. Le contexte général de la partition est plus austère ; il demande à son interprète un discours narratif et des effets de contrastes, que les percussions accentuent en brefs accents dans le Moderato initial. Si elle demande moins de virtuosité pure que le Concerto n° 1, cette œuvre exige du violoniste une grande expressivité qui mette en évidence l’aspect mélodique très recueilli de l’Adagio, qui invite à la contemplation. Un majestueux solo de cor en filigrane ajoute à la sensation méditative que l’on éprouve. Dans le troisième mouvement, la fougue et le dynamisme clôturent ce concerto, avec une cadence centrale qui permet au soliste de laisser son jeu délié s’épanouir. Pochekin aborde tout cela avec beaucoup de concentration, utilisant des couleurs sonores qu’il s’efforce de varier, même si, par rapport au Concerto n° 1, on le sent moins en phase. Uryupin et les musiciens du National de Russie lui apportent le contexte nécessaire, avec des effets orchestraux bien marqués. 

Ce CD de 2019, sans autre précision de date, gravé dans la Grandz Salle du Conservatoire de Moscou, lieu chargé d’histoire, comme le dit encore Pochekin dans la présentation, qui insiste sur le fait que Chostakovitch a pu entendre ses partitions dans cet espace symbolique, est une belle carte de visite pour un violoniste dont on suivra la suite de la carrière avec intérêt.

Son : 9  Livret : 8  Répertoire : 10  Interprétation : 8

Jean Lacroix     

 

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