Jolas/Escaich, l’audacieux pari de l’Orchestre national d’Auvergne.

par

Betsy JOLAS (°1926), Side Roads for cello and string orchestra. Thierry ESCAICH (1965 - ), Prélude Symphonique en deux mouvements pour orchestre à cordes.  Anssi Karttunen, violoncelle. Orchestre National d’Auvergne, Direction : Roberto Forés Veses. 2019. Livret en français et anglais. 29'44. Orchestre national d'Auvergne Live. 

 « L’art doit-il être beau ? », voici un sujet de bac qui aurait été parfait en d’autres temps ! Déformation professionnelle sans doute, à chaque fois que nous écoutons de la musique d’aujourd’hui nous nous posons cette question. Pour la plupart des gens la réponse s’impose d’elle-même : oui, l’art a pour fonction de plaire et d’être beau. On parle bien de « beaux-arts » après tout ? En cette période si troublée, l’art a plus que jamais un rôle majeur à jouer, une place qui va bien au-delà des formes.

Avouons-le d’entrée, la musique contemporaine ne figure pas en bonne place dans notre playlist habituelle surtout quand elle est atonale. Des pans entiers de ce répertoire nous échappent totalement. Mais pour rejoindre Kant, l’art est subjectif et non une œuvre n’est pas toujours belle, c’est « à chacun son goût ». Il faut accepter l’idée que dans l’art il y a quelque chose qui dépasse les canons esthétiques. Il faut oser aller au-delà de la condition matérielle de l’œuvre pour y chercher sa vérité, les émotions suscitées et son message sous-jacent.

C’est donc le point de départ de notre réflexion au sujet du dernier enregistrement de l’Orchestre National d’Auvergne, une formation chère à notre cœur à cause de sa ligne artistique et de son souffle. Il en faut du courage, quand on est une formation provinciale, pour oser sortir un album Jolas/Escaich en 2020 ! Rien que pour cela, mention spéciale à Roberto Forés Veses et à ses troupes.

Si l’exécution des deux opus au programme est irréprochable -bravo aux formidables cordes auvergnates pour leur prestation, le message des deux compositeurs n’infuse pas avec la même intensité. Quel déchirement pour un mélomane avide de nouvelles découvertes sonores.  

Side Roads de Betsy Jolas nous laisse sur notre réserve et nous le regrettons car nous parlons ici du dernier legs en date d’une grande dame de la musique. Pourtant tout est là, une ambiance, des musiciens et un chef en parfaite symbiose mais l’œuvre ne nous touche pas, les émotions ne viennent pas et le message de la compositrice passe au second plan. C’est la frustration qui l’emporte pendant près de vingt minutes.

Heureusement, cet album est pour nous en deux temps, le Prélude symphonique de Thierry Escaich sauve notre écoute. Le premier mouvement nous prend littéralement à la gorge. Les cordes stridentes ne laissent aucun répit à l’auditeur qui n’a pas d’autre choix que de se laisser saisir par la musique. Quelle divine surprise ! 

Dans le second mouvement, c’est l’intranquillité -pour reprendre l’expression de Pessoa-  qui l’emporte, d’abord une forme d’angoisse pour finir enfin sur une note échevelée. Autant d’émotions en moins de dix minutes, c’est assez formidable. Cette seule œuvre et son exécution parfaite justifient l’écoute de cet album. 

Une chose est certaine, c’est qu’au fil de ses albums digitaux, l’Orchestre National d’Auvergne s’affirme comme une phalange sur laquelle il faudra compter à l’avenir. Tchaïkovski, Escaich, la famille Bach, Jolas, Bruckner… sa palette sonore ne cesse de croître pour notre plus grand bonheur. C’est comme dans une bonne série, on en redemande ! 

Son : 10 - Livret : 9 - Répertoire : 7 (10 pour le seul Escaich) - Interprétation : 10

Bertrand Balmitgere

 

 

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