Julien Libeer élégant dans Lipatti, touchant dans Mozart

par

Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie N° 49 en fa mineur « La Passione ». Dinu Lipatti (1917-1950) : Concertino en style classique op. 3 pour piano et orchestre de chambre. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre N° 27 en si bémol mineur, K. 595.  Julien Libeer (piano), Les Métamorphoses, Raphaël Feye (direction). 2018-DDD-65’11- Textes de présentation en anglais, français et allemand-allemand-Evil Penguin Records Classic EPRC 0029

Il ne faut guère de temps pour comprendre -à la lecture du livret et plus encore à l’écoute- que sous l’intrigant titre Lignes parallèles sous lequel paraît cet enregistrement, c’est le piano de concert à cordes parallèles du facteur belge Chris Maene qui est mis en vedette, instrument qui réussit à combiner la puissance des pianos de concert contemporains à cordes croisées à la clarté et la précision légèrement percussive si caractéristique des Pleyel, Gaveau et Erard à cordes parallèles d’antan.

On commencera par féliciter le soliste d’avoir eu la curiosité de redécouvrir le très intéressant Concertino en style classique écrit par un tout jeune Lipatti, âgé d’à peine 21 ans en 1938.

Le titre même induit un peu en erreur car le grand pianiste roumain semble bien davantage opter ici pour une esthétique néo-baroque plutôt que néo-classique, et ce avec beaucoup d’esprit et de finesse. Malheureusement, la prise de son -réalisée au Concertgebouw de Bruges- gâche un peu le plaisir de l’audition car on a en permanence l’impression d’entendre un instrument soliste capté de très près et nimbé d’un halo sonore dans une acoustique assez réverbérante. Le coeur des quatre mouvements de l’oeuvre est sans conteste l’Adagio molto, très nettement inspiré de Bach avec un beau dialogue entre le piano -dont Libeer déclame la partie avec beaucoup de justesse et ce qu’il faut de sentiment- et le hautbois. L’Allegretto est un mouvement perpétuel où le soliste, dont on admirera l’impeccable mécanisme, aligne les guirlandes de notes avec une égalité de toucher parfaite avant que ne survienne un épisode à la Poulenc avec des bois impertinents. L’Allegro molto final conclut l’oeuvre dans la bonne humeur avec un piano volubile dans une musique qui renvoie tour à tour -et avec beaucoup d’esprit- à Bach et Scarlatti comme au néo-classicisme à la Stravinsky et à Poulenc.

Après cette succulente mise en bouche, on passe au chef d’oeuvre qu’est le dernier concerto pour piano de Mozart. Dès le début, après une introduction grave et dramatique de l’orchestre, on admire le classicisme parfait du pianiste qui réussit à n’en faire ni trop ni trop peu, alors que la longueur de son de l’instrument plus réduite que celle du Steinway standard lui permet un beau travail sur l’articulation. Dans le divin Larghetto, Libeer -qui peut compter sur un chef et un orchestre aussi impliqués et lyriques que s’ils accompagnaient une scène d’opéra- aborde la musique avec grâce et simplicité. C’est sans une once de sentimentalisme qu’il conclut le mouvement avec une parfaite sérénité, même si son interprétation n’a pas tout à fait ce côté déchirant à force de dépouillement que savaient mettre dans cette musique un Gilels ou un Serkin.

L’interprétation de l’Allegro final se caractérise par un beau mélange de joie et de retenue, alors que la magnifique égalité de toucher du pianiste impressionne une fois de plus.

En guise de lever de rideau, Raphaël Faye et son vaillant orchestre offrent une interprétation très correcte de la symphonie La Passione de Haydn.

Son 7 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation : 10 (Lipatti), 9 (Mozart), 7 (Haydn)

Patrice Lieberman

 

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