La période chorale de Haydn

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0126_JOKERJoseph Haydn (1732-1809) : Die Jahreszeiten, Hob. XXI :3
Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe, direction – Collegium Vocale Gent – Christina Landshamer (soprano) – Maximilian Schmitt (ténor) – Florian Boesch (basse)
2014-DDD-129’-Textes de présentation en français, allemand, anglais et néerlandais-Outhere-LPH013

Moins populaires mais toutes aussi passionnantes, Les Saisons sont la suite logique de La Création. Composées entre 1799 et 1801, soit trois ans après le début de La Création, on est loin de s’imaginer à quel point Haydn, alors âgé de 70 ans, s’aventure aux prémices de la période romantique du 19ème siècle. Faut-il rappeler que Beethoven élabore sa Première symphonie à peu près au même moment ? S’éloignant du genre purement symphonique, en dehors de quelques trios et quatuors, Haydn s’intéresse de plus en plus à la musique vocale et notamment chorale. C’est lors de son voyage à Londres que ce dernier découvre la richesse des oratorios de Haendel, influence qui sera largement encouragée par le baron Gottfried van Swieten, organisateur  de représentations d’oratorios. Ce dernier, à qui l’on doit également la traduction du livret anglais de La Création, et considérant Haydn comme le Haendel moderne, proposa au compositeur des symphonies londoniennes un arrangement du poème de James Thomson, Les Saisons. N’étant plus le maître de chapelle du prince Esterhazy, Haydn pouvait se permettre d’accepter ce genre de projet à la fois ambitieux et frustrant par bien des éléments extérieurs à la composition. Plus une œuvre symbolique qu’un oratorio, les quatre saisons retracent d’une certaine manière les différentes périodes de la vie. Sorte de grande fresque picturale de la nature, Haydn dut faire face à des demandes farfelues de la part du baron : imitation de grillons, d’oiseaux…et de grenouilles pour lesquelles Haydn considérait leur coassement comme « les inepties françaises ». Cela étant, le rapport avec la nature, le vent, l’orage, le ciel et le silence sont incroyablement illustrés ici. D’une longueur considérable (plus de deux heures), peut-on considérer Les Saisons comme quatre œuvres indépendantes ? L’œuvre, avec son atmosphère populaire et naturelle et son effectif large (avec l’ajout de trombones, une première ou les percussions supplémentaires dans la « fugue éméchée » finale de l’automne), ne peut être saisie qu’après une lecture posée du livret.
Cette succession de tableaux, Philippe Herreweghe la domine avec assurance et intelligence. Chaque soliste possède le registre et le timbre adéquats pour une interprétation juste. S’apprécient notamment le contrôle du vibrato, la pureté de la ligne mélodique et les contrastes entre une partie plus populaire et une autre dramatique. L’Orchestre des Champs-Elysées propose une lecture brillante voire éclatante. Très belle justesse des vents, notamment des cuivres et archets précis et vifs pour les cordes.  Chaque introduction instrumentale permet à l’auditeur de goûter à l’excellence de l’ensemble orchestral, notamment au début de l’hiver, une transition bouleversante. Mais la richesse réside ici dans l’intonation parfaite du chœur. Le Collegium Vocale Gent maîtrise ce répertoire avec aisance, ne semble pas perturbé par des tempi parfois plus rapides ou au contraire modérés. L’ensemble offre un résultat d’une homogénéité remarquable et rend justice à cette œuvre complexe, tant dans sa compréhension que dans la construction de la forme générale. Un beau challenge accompagné d’une brochure passionnante dans l’analyse de chaque volet. Et puis, Haydn, on ne s’en lassera jamais… !
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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