La question sans réponse : faut-il achever le finale de la neuvième symphonie de Bruckner

par https://mattaresearchlab.com/

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur avec une révision de la version exécutable du quatrième mouvement de Gerd Schaller. Philharmonie Festiva, Gerd Schaller, direction. DDD-2018-Notice en allemand et anglais. 37'09" et 50'13". 2CD Profil Hänssler PH18030

Les symphonies de Bruckner constituent un champ de bataille privilégié pour les critiques musicaux. On est loin de l'unanimité qui s'était faite jadis autour d'Eugen Jochum. Aujourd'hui, les intégrales en cours comme celles de Andris Nelsons (pour DG) ou de Gerd Schaller (pour Profil Hänssler) sont vouées aux enfers par les uns, portées aux nues par d'autres. Faut-il y voir la preuve des nombreuses différences de perception que l'on puisse avoir de cette musique "cyclopéenne" comme la qualifiait dans les années 50 feu Bernard Gavoty, le terrible "Clarendon" du Figaro ? La nouvelle version de la neuvième symphonie qu'en donne Gerd Schaller avec son Philharmonie Festiva n'échappera pas à la règle.

Entamée dès l'été 1887, les trois premiers mouvements sont terminés sept années plus tard ; la date du 30 novembre 1894 figure au bas de la dernière page du troisième mouvement. C'est alors un Bruckner diminué par la maladie, l'hydropisie, qui s'attaque au dernier mouvement qui restera inachevé par la mort du compositeur le 11 octobre 1896.

En 2002, Nikolaus Harnoncourt enregistre chez RCA, en plus des trois mouvements complets, un workshop en version allemande ou anglaise où il dirige en quatre parties, 526 mesures préalablement commentées ; cela couvre environ 18 minutes de matériau original laissé par Bruckner et édité John Alan Phillips.

Les tentatives de finir la neuvième symphonie les plus enregistrées sont celles de Nicolas Samale, John A. Phillips, Benjamin-Gunnar Cohrs et Giuseppe Mazzuca (dite SPCM) ; le pluriel est de rigueur car des révisions sont effectuées à chaque découverte de nouvelles esquisses originales. On sait que les manuscrits de Bruckner ont parfois été dispersés par ses héritiers testamentaires et que de nouveaux documents sont encore régulièrement découverts. La version de référence de Simon Rattle avec l'Orchestre philharmonique de Berlin enregistre la révision SPCM de 2012.

Pour l'enregistrement qui nous concerne ici, Gerd Schaller précise d'emblée qu'il est impossible de reconstruire quelque chose qui n'a jamais existé. Ce n'est donc pas une reconstruction qu'il propose mais bien une version exécutable de ce dernier mouvement ! Excellent connaisseur de l'oeuvre de Bruckner, Schaller explique de façon détaillée son approche dans une belle notice très détaillée en allemand et en anglais (à défaut d'une traduction française qui aurait été la bienvenue). Son objectif est d'utiliser au maximum les esquisses laissées par le compositeur. Il interpole les quelques mesures manquantes ci et là, il compose une coda plausible et améliore souvent le tissu orchestral.

Mon sentiment personnel, exprimé avec toute la subjectivité d'un commentateur musical, est que l'on a ici une version de 735 mesures (environ 25 minutes) plus proche du mouvement que nous aurait laissé Bruckner si la mort lui en avait laissé le temps que de la SPCM plus largement enregistrée qui me laisse le sentiment d'un collage sinon d'une superposition parfois relativement dépourvue de base réellement formelle.

Le Philharmonie Festiva est l'orchestre créé pour le festival d'été d'Ebrach en Franconie. Son noyau est formé de musiciens des Münchner Bachsolisten et d'autres excellents musiciens bavarois. Certes, cette formation temporaire n'a pas la somptuosité du Philharmonique de Berlin de Rattle ou du Wiener philharmoniker d'Harnoncourt mais Schaller nous réserve néanmoins de superbes moments comme l'adagio très méditatif ou la folie envoûtante du scherzo.

Ajoutons une excellente prise de son dans l'abbaye cistercienne de Ebrach et nous avons ainsi un beau cadeau pour ceux qui rêvent d'entrevoir la complexité d'un Anton Bruckner au terme de son expérience humaine et ses doutes devant la désintégration du système harmonique hérité de Schubert.

Son 9 – Livret 8 (pas de traduction française) – Répertoire 10 – Interprétation 8

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