La rencontre de Juliette Hurel et Bruno Mantovani

par

Juliette Hurel 2012

En plus d’être l’une des meilleures représentantes de l’école française de flûte, Juliette Hurel est également la super-soliste de l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam. C’est avec cette formation d’élite, dirigée par le charismatique Yannick Nézet-Seguin, qu’elle donnera, en tournée en Belgique et en Allemagne, la création mondiale du concerto pour flûte « Love Songs » de Bruno Mantovani. Juliette Hurel reprendra cette œuvre avec l’Orchestre National de Lyon dirigé par Leonard Slatkin.  

- Comment est venue l’idée de ce concerto ?
Le processus entre les premières discussions et la création fut long et trois ans et demi se sont écoulés ! J’avais été invitée à participer à un jury au CNSM de Paris, jury présidé par Bruno Mantovani, et nous avons alors évoqué l’idée de ce concerto. J’ai aussitôt parlé du projet à Yannick Nézet-Seguin, notre directeur musical et à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam. Ces derniers souhaitaient qu’un autre orchestre s’associe à la commande. L’Orchestre National de Lyon était intéressé et il est devenu co-commanditaire.

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Bruno Mantovani

Le titre de l’œuvre est « Love Songs », pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est un choix de Bruno, je vais vous citer son argumentaire : « depuis que je suis musicien, on me demande régulièrement si j’appartiens à la famille d’Annunzio Paolo Mantovani, le célèbre chef d’orchestre italo-britannique qui a fondé un orchestre portant son nom. Je n’ai aucun lien de parenté avec le pape de l’easy listening, avec l’homme qui incarne le sentimentalisme musical et la suavité sonore, mais cette homonymie m’a toujours fait éprouver une forme de tendresse pour un artiste qui se situe aux antipodes de mes propres convictions esthétiques. Un des disques les plus célèbres de mon illustre collègue s’intitule « Love songs » et c’est en hommage à ce monument de sucrosité que j’ai choisi d’utiliser le même titre pour ce concerto pour flûte. Pourtant, en dehors de l’amour que je porte à l’instrument soliste et qui justifierait un tel titre, il y a peu de choses communes entre cette pièce écrite en 2015 et une chanson romantique. »

Comment se passe le travail avec Bruno ?
Au printemps dernier, Bruno m’a envoyé des premières esquisses pour flûte seule. Bien évidemment, la genèse d’une partition repose sur un dialogue avec le compositeur. Nos premières discussions ont porté sur les exigences techniques pour la flûte. Il fallut faire des adaptations entre la volonté du compositeur et ce que l’instrument permet de faire. Début novembre, j’étais en possession de la partition soliste et du conducteur d’orchestre et je me suis plongée dans le travail ! Avec Bruno, nous avons ensuite eu des sessions régulières de travail par Skype, dont la dernière, il y a 4 jours ! Je lui ai alors joué toute la partition !

Qu’en est-il du travail avec Yannick ?
Créer une partition, et surtout un concerto, est toujours un grand défi ! Le soliste est rassuré de parler au chef en amont ! Dès lors, je suis en contact avec Yannick et nous avons une session de travail, toujours par Skype, prévue très prochainement. Le gros avantage, c’est qu’il est notre directeur musical et je connais très bien sa gestique ! Cependant, il nous faut parler de petits détails techniques comme sa conception de battue de certains passages afin que je puisse les anticiper.

linkN’est-il pas difficile de partir à l’aveugle ? C’est-à-dire que vous découvrirez seulement lors de la première répétition comment l’ensemble (flûte et orchestre) va sonner ?
Oui, c’est un défi de pouvoir envisager la sonorité d’ensemble ! Même si j’ai une idée, je découvrirai le son global à la première répétition ! Ce sera un grand moment dans le processus de travail, d’autant plus que la masse orchestrale sera imposante avec un orchestre en grand tutti avec 4 percussionnistes ! Mais nous avons des étapes intermédiaires. Cette semaine, je vais travailler avec le pupitre de flûtes, qui sera lui aussi très sollicité par la partition ! J’écoute aussi beaucoup la musique de Bruno, je viens de me pencher son concerto pour violon. Cela me permet de me plonger dans son univers sonore.

Qu’est ce qui est stimulant quand on créé un concerto ?
Tellement d’aspects ! C’est, un énorme travail ! On est à la fois follement heureux, mais parfois tellement inquiets ! On se pose des dizaines de questions ! Mais jouer en concerto avec Yannick, c’est un rêve qui se réalise ! Ce n’est pas souvent que des chefs de pupitres jouent sous la baguette de leur directeur musical, qui plus est quand il s’agit de l’un des chefs les plus en vue de la planète !

Beaucoup de jeunes musiciens ont rejoint l’orchestre ces derniers temps ! N’est-ce pas un signe de l’excellente santé de l’orchestre ?
Tout à fait, le pupitre de flûte vient de s’élargir à une nouvelle collègue et d’autres jeunes musiciens nous ont déjà rejoints alors que d’autres concours de recrutement sont planifiés. Nous avons, depuis août 2015, un nouveau directeur général : George Wiegel. Il a été tromboniste dans notre orchestre avant de manager d’autres phalanges néerlandaises. Il connaît bien la maison, l’orchestre est en ordre de marche alors que nous sommes en quête d’un nouveau directeur musical.
Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

Calendrier : le 26 février à Rotterdam, le 27 février à Bruges, le 28 février à Dortmund
Rotterdam Philharmonic, direction : Yannick Nézet-Seguin.
Le 9 avril à Lyon
Orchestre National de Lyon, direction : Leonard Slatkin

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