Le bicentenaire de la disparition prématurée d’Arriaga célébré par le Quatuor Quiroga

par

Juan Crisóstomo Jacobo Antonio de Arriaga y Balzola (1806-1826) : Les trois quatuors à cordes. Quarteto Quiroga. 2025. Notice en anglais et en espagnol. 77’. Cobra Records 0101.

En cette année du bicentenaire de sa disparition, il est utile de rappeler le souvenir d’Arriaga, compositeur originaire de la région de Bilbao, qui composa déjà un octuor à onze ans et un opéra, Los esclavos felices, dont l’ouverture est de temps à autre à l’affiche de concerts, à treize ans. Le père d’Arriaga, qui est organiste, est conscient du talent de son fils et l’envoie à Paris pour étudier au Conservatoire. Ses professeurs y seront, pour le violon, le virtuose Philippe Baillot (1771-1842), l’élève favori de Viotti, et, pour l’harmonie et le contrepoint, le Belge François-Joseph Fétis (1784-1871), dont Arriaga deviendra l’assistant en 1823. Signe prémonitoire de sa vie brève ? Arriaga aime composer, ce dont atteste un catalogue certes restreint, mais de qualité, où voisinent une symphonie, des ouvertures, des pages vocales et liturgiques, et de la musique de chambre. Le destin est cruel : atteint de tuberculose, Arriaga décède à Paris, dix jours avant de fêter son vingtième anniversaire. Le présent album propose ses trois quatuors à cordes, composés en 1823, qui s’inscrivent dans la ligne classique, celle de Haydn et de Mozart, mais sont aussi marqués par l’influence de Beethoven. On notera, pour la petite histoire, qu’Arriaga est né un 27 janvier, exactement cinquante ans, jour pour jour, après la naissance de Mozart. On le surnomme souvent « le Mozart basque ».

Les trois quatuors à cordes d’Arriaga, dédicacés à son père, apportent, au-delà des réminiscences musicales citées plus avant, la confirmation d’un talent personnel, marqué par une écriture transparente et chaleureuse, mais aussi par une attirance pour le drame. C’est le cas pour le Quatuor n°1, comme l’explique Cibrán Sierra Vázquez, second violon du Quatuor Quiroga, dans l’intéressante notice qu’il signe et où il situe Arriaga dans la musique de son temps. L’auteur attire l’attention toute particulière sur le charme candide du Quatuor n° 2, et sur l’inventivité du n° 3, en particulier le second mouvement, proche de l’univers de Schubert. Ce qui frappe au fil de l’écoute, c’est l’impression de maturité chez un jeune compositeur d’à peine 17 ans, mais aussi de plénitude épanouie. L’expressivité, le sens de la narration, l’élégance de l’écriture, la simplicité dans le déroulement architectural laissent rêveur et font regretter cette disparition prématurée. Qu’aurait composé Arriaga s’il n’avait pas été frappé par la maladie ? Une authentique élévation se dégage de ces pages inspirées, au sens mélodique affirmé. À cet égard, le Quatuor n° 3 révèle une intensité et un équilibre harmonieux, mais aussi une efficace simplicité.

Ces trois quatuors ont été jusqu’à présent bien servis par le disque. On relève plusieurs versions : les Chilingirian (CRD Records 1975), les Voces MDG 1985), les Casals (Harmonia Mundi 2009), La Ritirata (Glossa 2013), liste non limitative, sont là pour confirmer l’intérêt régulièrer pour ces partitions. Le Quatuor Quiroga (Aitor Hevia et Cibrán Sierra, violons ; Josep Puchades, alto ; Helena Poggio, violoncelle), qui utilise des cordes en boyau (ce qu’avait déjà fait La Ritirata) est à la hauteur de l’attente. Fondé en 2003, il porte le nom du violoniste virtuose Manuel Quiroga (1892-1961), auquel Eugène Ysaÿe dédia sa Sonate n° 6. Les Quiroga se sont déjà illustrés dans des pages de Mozart, Haydn, Beethoven, Boccherini, Brahms, Bartók ou Kurtag. Ici, l’homogénéité de l’ensemble, sa perceptible émotion commune, sa capacité d’élans et d’expressivité à la fois, offrent à ces trois pages d’Arriaga une belle plénitude, qui fait honneur à ce compositeur disparu trop jeune.

Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 9

Jean Lacroix

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.