Le Gergiev Festival à Mikkeli

par http://mchenrymotors.com.au/

La 23e édition du Gergiev Festival – Mikkeli Musica Festival se tenait du 27 juin au 2 juillet à Mikkeli en Finlande. Cinq journées où se sont côtoyés concerts symphoniques, de musique de chambre ou encore d’orchestre à cordes. Si le festival a d’abord débuté par de la musique de chambre en 1992, il est aujourd’hui rejoint par l’orchestre du Mariinsky Theatre. Loin de la grande ville de St Petersburg, l’orchestre a produit pas moins de quatre programmes différents chaque jour. Quelques grands solistes se sont également figurés : Leonidas Kavakos, Johanna Rusanen-Kartano, Denis Matsuev, Sergey Khachatryan…

- Concert d’ouverture par le St. Michel Strings dirigé par Sasha Mäkilä
Einijuhani Rautavaara (1928) :
Divertimento – Ostrobothnian polka - Alexander Borodine (1833-1887) : Nocturno Piotr I. Tchaïkovski (1840-1893) : Souvenir de Florence
Le concert d’ouverture était consacré au St Michel Strings de Sasha Mäkilä dans la très belle église de Hirvensalmi à l’acoustique très épurée. L’orchestre y est à l’aise sous la direction fluide et énergique de leur chef. Dans Rautavaara, les différentes dynamiques et couleurs proposées sont intéressantes et démontrent une écoute évidente entre les musiciens. Partitions finement analysées pour un chef qui dirige presque par cœur. Les parties solistes du NocturneSecond quatuor à cordes de Borodine sont exceptionnelles. Le chef choisit un tempo relativement allant, à l’image d’un vrai andante. Le premier violoncelle solo produit un son exaltant, d’une expressivité rare auquel répond un violon très pur sans exagération du vibrato. L’accompagnement y est fluide tandis que le contrepoint se construit de lui même. Se retrouve à nouveau une palette de couleurs et de dynamiques impressionnante. Cette partition, lue comme un seul souffle, laisse place au Souvenir de Florencepizz avec finesse. L’Allegretto moderato reprend lentement l’énergie du premier mouvement. Chaque instrument devient soliste pour un instant dans une forme plus complexe avec une thématique populaire. L’Allegro vivace commence par une technique d’archet difficile mais extrêmement précise ici. Véritable feu d’artifice final abouti et conduit avec une grande fluidité. Voilà un orchestre rodé pour qui les œuvres pour cordes (moins populaires que les sérénades et autres) n’ont aucun mystère.
Eglise de Hirvensalmi, Finlande, le 27 juin 2014    

- Tchaikovsky et Strauss par le Mariinsky Theatre
Piotr I. Tchaikovsky (1840-1893) : Concerto pour piano n°2, op.44 -  Richard Strauss (1864-1949) Ein Heldenleben, op.40
Mariinsky Theatre Symphony Orchestra, dir.: Valery Gergiev - Denis Matsuev (piano)   Après une heure trente de répétition, l’orchestre de Valery Gergiev nous présente une lecture éblouissante de Ein Heldenlebende Richard Strauss. On se laisse vite emporter par la puissance de chaque pupitre de l’orchestre même si la précision de chaque phrase, chaque note, prime ici. Gergiev ne dirige presque pas, il laisse ses musiciens tranquilles mais n’hésite pas à s’affirmer lorsqu’un détail ne lui convient pas. Violon solo expressif en parfait dialogue avec l’orchestre. Le titanesque passage du héros à la bataille est impressionnant, sans aucune exagération dans le jeu des percussions. Aucune fausse note pour les vents mais une maîtrise sans faille de tous les registres. C’est le Concerto n°2 pour piano de Tchaikovsky qui ouvrait la première partie. Le piano robuste et limpide de Denis Matsuev convient parfaitement à l’œuvre. Le rapport avec Gergiev semble naturel, évident. Sans doute plus virtuose que le premier concerto, celui-ci exploite toute l’étendue pianistique du soliste avec un accompagnement moins évident. Matsuev contrôle son clavier et n’hésite pas à le montrer. Le Mariinsky est un habitué de l’accompagnement qu’il maîtrise à nouveau ici. Une première soirée exceptionnelle donc ! Premier bis : La forza del destino de Verdi (« Ouverture »).
Mikaeli Martti Talvela Hall, Finlande, le 28 juin 2014  

- Cycle Brahms I
Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur, op.77 – Symphonie n° 3 en fa majeur, op.90
Mariinsky Theatre Symphony Orchestra, dir.: Valery Gergiev - Leonidas Kavakos (violon)
Valery Gergiev poursuit son cycle Brahms entamé l’année dernière avec, ce soir, le Concerto pour violon et la Symphonie n°3. Leonidas Kavakos interprète le concerto avec une fougue incroyable malgré un tempérament relativement calme et discret. Une fois de plus, le contact est naturel entre soliste et chef. Pas besoin d’une véritable répétition, travailler quelques passages et transitions difficiles suffit. Et le résultat est au rendez-vous : richesse du son, parcours harmonique clair, travail sur les dynamiques de chaque pupitre, bref, une parfaite compréhension de l’œuvre. Kavakos se libère de toute contrainte et propose un violon expressif où les moindres détails sont recherchés. La Symphonie n°3 nous convient un peu moins, bien que le résultat général reste remarquable. Le premier mouvement est un peu lent et peine à trouver son élan. En revanche, les couleurs des bois du second mouvement fascinent l’auditeur. Comment, avec si peu de répétition, les musiciens parviennent-ils à produire un tel son ? Un son que l’on ne trouve nulle part ailleurs ? Le troisième mouvement est joué dans un tempo un peu trop rapide ne laissant pas le temps de respirer. Gergiev le conçoit comme un seul souffle, est-ce pour autant une erreur de style ? Non, si l’on écoute le mouvement dans son entièreté donnant du sens au choix du tempo. Belle énergie pour le dernier mouvement où les nuances « surprises » captivent. Une symphonie un peu plus tendue pour un concert néanmoins unique. Bis n°2 : Lohengrin de Wagner (« Prélude »)
Mikaeli Martti Talvela Hall, Finlande, le 28 juin 2014

- Cycle français
Claude Debussy (1862-1918) : La Mer - Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol majeur Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique
Mariinsky Theatre Symphony Orchestra, dir.: Valery Gergiev - Alexander Toradze (piano)
Soirée française après le match de football gagné par l’équipe de Mikkeli contre le Mariinsky. Grande surprise : Gergiev dirige une vraie répétition en prenant le temps d’affiner toutes les dynamiques de chaque partition. Sa lecture de La MerConcerto pour piano de Ravel est un peu plus fragile. Alexander Toradze ne manque pas d’énergie et se laisse pourtant envelopper par l’orchestre. Le piano n’est pas toujours audible, notamment dans le second mouvement. Quelques passages sont précipités même si Gergiev tente de maintenir la barque jusqu’au bout. Mais de manière générale, le clavier de Toradze est élégant et coloré. La soirée se termine par une excellente lecture de la Symphonie fantastique de Berlioz. Le premier mouvement est rudement bien mené tandis que chaque changement d’atmosphère est affirmé. « Un bal » est joli, simple avec une ligne mélodique expressive aux violons. Excellent rapport entre les instruments pour la « Scène aux champs » où l’on peut retrouver l’atmosphère d’un Debussy faisant place à une bouleversante « Marche au supplice ». Tempo juste, dynamiques appuyées et discours imperturbable. Le dernier mouvement est plus libre avec des tempi parfois lents et parfois rapides. Gergiev maîtrise ce répertoire et offre un panaché de couleurs et dynamiques rarement entendu en France. Bis n°3 : Damnation de Faust, Berlioz (« Marche hongroise »).
Mikaeli Martti Talvela Hall, Finlande, le 30 juin 2014    

- Cycle Brahms II
Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur une thème de Haydn, op. 56a – Double Concerto en la majeur, op.102 – Symphonie N°4
Mariinsky Theatre Symphony Orchestra, dir.: Valery Gergiev - Sergey Khachatryan (violon), Narek Hakhnazaryan (violoncelle)
Pour la dernière soirée de l’orchestre, c’est Brahms que choisit à nouveau Gergiev. Il débute par les Variations sur un thème de Haydn. Le thème est simple, sans complications inutiles. Suivent alors toutes les variations aux caractéristiques et atmosphères différentes. Comme pour la symphonie, le travail sur le matériau comme sur l’écriture (intervalles, couleurs harmoniques…) est remarquable. Cela se perçoit aisément dans le Double Concerto grâce à l’expressivité des deux solistes. Ils obtiennent un vibrato d’une richesse inouïe et semblent jouer finalement d’un seul instrument. Leur musique est envoûtante, contrôlée et poétique, du grand Brahms. L’orchestre est toujours aussi attentif. Gergiev laisse le soin aux solistes d’exprimer leurs sentiments musicaux. Mais c’est la Symphonie n°4 qui remporte tous les suffrages. Répétée en 13 minutes montre en main, chaque mouvement de l’œuvre est construit à la perfection, exposant ainsi les caractéristiques d’écriture (tierce pour le premier, variation pour le dernier). Tempi justes, parfaite compréhension du langage, forme aboutie, détails sur chaque mesure n’empêchant pas une orientation générale des phrases et carrures, bref, un grand moment. Bis final : Tchaïkovski, Casse noisette, extraits.
Mikaeli Martti Talvela Hall, Finlande, 1er juillet 2014

- Concert des étudiants de la masterclasse de Sasha Mäkilä
Jean Sibelius (1865-1957) : Presto en ré majeur - Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon et orchestre à cordes en ré mineur - Piotr I. Tchaikovsky (1840-1893) : ElegySamuel Barber (1910-1981) : Adagio Antonin Dvorak (1841-1904) : Sérénade, op.22
St Michel Strings, dir. : Mark Crim, Alex Yu, Arash Ertefai, Bradley Krueger, Seojung Park, Ayrton Desimpelaere
Le plus de ce festival réside en la masterclasse qu’il organise pour la quatrième fois consécutive. Six étudiants (trois Américains, deux Asiatiques, un Belge) ont eu l’occasion de travailler avec l’excellent St Michel Strings tout en suivant de près et de loin les répétitions et concerts du Mariinsky Orchestra. Avec un programme passionnant, chaque étudiant a pu diriger le fruit de son travail dans la grande salle de concerts, là où Valery Gergiev dirigeait quelques heures plus tôt. Chaque jour, le St Michel Strings voyait six chefs dont le style et la technique différent, exercice redoutable. Après quelques heures de travail, nous pouvons affirmer que le geste modifie radicalement le son d’un orchestre (à cordes ici) et la façon dont il est conduit (de manière circulaire ou plus brusque) changera également le rapport avec l’orchestre. Ce fut pour tous une expérience hors du commun, notamment lors des rencontres avec Valery Gergiev volontiers taquin. Le public est venu nombreux au concert qui clôturait ce magnifique festival. Mais ce qui nous aura le plus marqué, c’est bien la simplicité, la bonne humeur des musiciens du Mariinsky Orchestra. Avec un chef difficile et redoutable, les musiciens, jeunes pour la plupart, prennent toujours beaucoup de plaisir à jouer et cette joie se communique entre eux et avec le public. L’ambiance n’est pas si éloignée du film Le Concert, où les musiciens, à la demande du chef, changent eux-mêmes la disposition de l’orchestre alors qu’ils continuent de répéter. Un orchestre exceptionnel donc pour un festival de haut niveau.
Mikaeli Martti Talvela Hall, Finlande, le 2 juillet juin 2014 

Ayrton Desimpelaere
Mikkeli, du 27 juin au 2 juillet 2014

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