Le Journal

César Cui, 105 ans

par

Le compositeur russe César Antonovitch Cui est né le 6 janvier 1835 à Wilna (aujourd'hui Vilnius) et décédé le  à Pétrograd (aujourd'hui Saint-Pétersbourg). Il est notamment connu pour avoir appartenu au Groupe des Cinq, ce groupe de musiciens dont l’objectif était de produire de la musique typiquement russe.
Il fut également un critique musical très influent.

Cesarius-Benjaminus (tel que son nom est écrit sur le registre de baptême catholique) est le cadet de cinq enfants. Son père, un Français ayant servi dans l’armée napoléonienne lors de la campagne de Russie, dont le nom était sûrement « Queuille » modifié pour la prononciation locale, s’est installé à Wilna par la suite, et y avait épousé Julia Gucewicz, qui lui donne cinq enfants, dont César.

César Cui grandit au carrefour de plusieurs cultures, et il apprend le français, le russe, le polonais et le lituanien. En même temps, il pratique le piano avec sa sœur, et compose déjà de petites pièces à l’âge de quatorze ans. Quelques mois plus tard, il suit des cours de théorie musicale avec le compositeur polonais Stanisław Moniuszko qui réside alors à Wilna. Avant même de finir le lycée, il est envoyé à Saint-Pétersbourg pour préparer l’entrée de l’École supérieure du Génie civil, et y parvient en 1851 à l’âge de 16 ans. Il est diplômé de l’Académie en 1855, et, après des études avancées à l’académie du génie Nicolas, il commence sa carrière militaire en tant qu’instructeur, et enseigne l’art des fortifications. Il compte au nombre de ses élèves des membres de la famille impériale, dont le futur Empereur de Russie Nicolas II. Dans le même temps, une rencontre importante sur le plan musical avec le compositeur Mili Balakirev en 1856 l’influence profondément.

Dès lors, il compose beaucoup, et fait représenter ses œuvres pour la première fois en 1859 sous la direction du compositeur Anton Rubinstein qui dirige le Scherzo op. 1 de Cui. Cette œuvre reflète la vie privée de Cui : en effet, en 1858, il épouse une élève du compositeur russe Alexandre Dargomyjski, nommée Malvina Rafaïlovna Bamberg, et lui compose ce scherzo, qui utilise en guise de thème certaines des lettres de « Bamberg ».
Dix ans plus tard, Cui fait représenter pour la première fois l’un de ses opéras. Il s’agit de William Ratcliff, fondé sur la tragédie de Heinrich Heine, mais c’est un échec. De même que plusieurs de ses opéras, comme le Flibustier (1894), le seul de ses opéras à utiliser un texte français, de Jean Richepin. En revanche, l’opéra-comique Le Fils du mandarin, en un acte, a plus de succès.

Il entretient une relation d’estime réciproque pendant toutes ces années avec Franz Liszt qui pense le plus grand bien des œuvres du compositeur russe. La Tarentelle pour orchestre, op. 12 constituera d’ailleurs la base de la dernière transcription pour piano de Liszt (1885).

En 1883, César Cui poursuit son activité de musicien en prenant des responsabilités dans le comité de sélection des opéras du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, mais il décide de quitter le comité en même temps que Rimsky-Korsakov, les deux compositeurs protestant contre le refus des directeurs de faire représenter La Khovanchtchina de Moussorgsky. Il conserve néanmoins le poste de directeur de la section de Saint-Pétersbourg de la Société russe de musique de 1896 à 1904.
Cui obtient le soutien de Maria Kerzina et de son mari qui ont fondé en 1896 le Cercle des amis de la musique, et qui octroient dès 1898 une place importante aux œuvres de Cui dans les concerts qu’ils organisent. Il ne s’agit pas là du premier soutien puisque quelques années auparavant, Cui a aussi bénéficié du soutien en Belgique de la Comtesse de Mercy-Argenteau, qui favorise la représentation des œuvres du compositeur dans son pays.

Une reconnaissance musicale officielle suit petit à petit ces initiatives privées : après la représentation du Flibustier à Paris, Cui se voit remettre la Grand Croix de la Légion d'honneur. Il devient membre de l’Académie Royale de Belgique d’Art et Littérature en 1896. En 1909 et 1910, on célèbre par des fêtes le cinquantième anniversaire des premières compositions de Cui.

Quelques années plus tard, en 1916, le compositeur devient aveugle, victime d’une maladie, mais continue à composer des pièces en les dictant. Il meurt d’une apoplexie cérébrale, le , et est enterré aux côtés de sa femme dans le cimetière Smolensk pour les non-orthodoxes à Saint-Pétersbourg.
En 1939, son corps est déplacé pour être enterré au cimetière Tikhvine de Saint-Pétersbourg, aux côtés des autres membres du Groupe des Cinq.

Photographie de Cui.

César Cui a composé de nombreuses pièces, dans pratiquement tous les genres de musiques, à l’exception notable de la symphonie. Cui a notamment écrit nombre de chants en russe, français, polonais, et allemand, dont des duos. De nombreuses pièces pour piano et de musique de chambre, dont trois quatuors à cordes, figurent au catalogue du compositeur. Les opéras y occupent également une place importante, puisqu’il en a composés quinze. Le premier opéra du compositeur est Le Prisonnier du Caucase, sur un livret inspiré par Pouchkine. Mais le plus connu reste William Ratcliff, inspiré par la pièce de Heine, qui est représenté pour la première fois le  au Théâtre Mariinsky sous la direction d’Eduard Napravnik. Cet opéra est bien accueilli par le Groupe des Cinq, mais peine à atteindre une vraie reconnaissance publique, même s’il s’agit là du premier opéra du Groupe des Cinq à être représenté.

On note également que les conflits mondiaux ont beaucoup influencé Cui : les périodes de la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et de la Première Guerre mondiale ont vu naître nombre de chants et de marches militaires. Le compositeur a également écrit de la musique religieuse : trois Psaumes, quelques Ave Maria, et une version du Magnificat.
Plus tard dans sa vie, Cui s’est intéressé à la musique pour enfants, et a écrit des opéras entièrement dédiés aux enfants qui y incarnent les rôles. Le compositeur a également écrit plusieurs chansons pour les plus jeunes.

Sa deuxième carrière : critique musical
Comme critique musical, Cui a été aussi très prolifique, puisqu’il a écrit presque huit cents articles entre 1864 et 1918 dans divers journaux en Russie, et en Europe. Il couvre les concerts, les récitals, les nouvelles compositions, et la vie musicale en général. De nombreux articles traitent d’opéras. Dans les premières années de son activité de critique musical, il signe par trois étoiles à la fin des articles car, étant militaire, il ne peut pas se permettre de signer de son vrai nom. Cependant, dans le milieu musical de Saint-Pétersbourg, on comprend vite de qui il s’agit.

Il émet des avis parfois très tranchés dans ses papiers, dénigrant tout ce qui s’est fait avant Beethoven, et valorisant énormément les œuvres russes, notamment celles du groupe des Cinq qui, pourtant, ne sont pas exempts des critiques de Cui lorsque ce dernier, comme pour la première de Boris Godounov, n’apprécie pas l’œuvre. En dehors du groupe des Cinq, peu de compositeurs russes trouvent grâce à ses yeux, notamment Tchaïkovski ou Anton Rubinstein, qu'il éreinte régulièrement dans ses critiques... En ce qui concerne les compositeurs occidentaux, Cui considère les œuvres de Berlioz et de Liszt comme progressistes. Il admire les aspirations de Wagner concernant le drame musical, mais n’est pas d’accord avec les moyens d’y arriver (critiquant notamment le principe du leitmotiv).

Encore une tournée pour Vox Luminis

par

L'ensemble belge Vox Luminis et son chef Lionel Meunier se rendront en Espagne ces prochains jours avec le Freiburger Barockorchester dans le cadre d'une tournée internationale au cours de laquelle ils interpréteront une œuvre de circonstance : la Passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach.

La tournée débutera le 28 mars en Espagne, à Madrid et elle s'y poursuivra au Palau de la Música de Barcelone, au Teatro de la Maestranza de Séville et au Teatro Principal de Valence.

Comme l'explique Lionel Meunier dans un entretien avec Enrique Velasco, "J'ai toujours voulu faire les Passions de Bach avec les chanteurs avec lesquels je travaille habituellement lorsque je fais de la musique sacrée. Je pense que c'est maintenant que j'ai les chanteurs les plus appropriés".
Vox Luminis sera composé de 24 chanteurs, et le rôle de l'évangéliste sera tenu par Raphael Höhn.

Fille de... Adèle Hugo à Dijon

par

D'Adèle Hugo, on connaît le destin cruel : la fille du grand écrivain a passé les quarante dernières années de sa vie en institution psychiatrique.
Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'elle fut aussi compositrice. Certaines de ses œuvres exhumées par hasard seront jouées en première mondiale le 31 mars, à Dijon.

Elīna Garanča annule Salzbourg

par

Le Festival de Pâques de Salzbourg a annoncé que la mezzo-soprano lettone Elīna Garanča a été contrainte d'annuler ses débuts dans le rôle de Vénus lors des représentations de Tannhäuser prévues à Salzbourg dans quelques jours.

Elle sera remplacée par la chanteuse britannique Emma Bell, qui rejoint la distribution menée notamment par Jonas Kaufmann, Christian Gerhaher et Georg Zeppenfeld, le tout sous la direction d'Andris Nelsons avec son orchestre du Gewandhaus de Leipzig.

Décès de Bernard de Launoit, président de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth

par

Bernard de Launoit, CEO et président exécutif de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, est décédé ce jeudi à l'âge de 59 ans.

"Bernard nous a quittés, entouré des siens, d'une maladie contre laquelle il s'est battu de toutes ses forces depuis 6 mois. Un combat exemplaire", souligne son équipe. "Nous nous souviendrons de lui comme quelqu'un ayant vécu sa vie avec passion. Une passion dévorante pour l'art sous toutes ses formes et un amour infini de la musique classique", ajoute-t-elle. "Il a mené la barre de la Chapelle Musicale durant près de 20 ans, l'amenant à rayonner à travers le monde, sous le signe inconditionnel de l'excellence."

Après une licence en Sciences Économiques à l'Université Libre de Bruxelles, Bernard de Launoit débute son parcours dans le domaine des arts à la fin des années 80, en travaillant au Musée d'art contemporain d'Anvers (Muhka). Il rejoint ensuite la Galerie Isy Brachot à Bruxelles et Paris, avant de devenir durant cinq ans (de 1994 à 1999) administrateur délégué de la maison de vente aux enchères Christie's Belgium.

Fils du Président du Concours Reine Elisabeth Jean-Pierre de Launoit, Bernard de Launoit rejoint un temps l'Orchestre des Champs-Élysées à Paris et compte parmi les fondateurs de la Fondation Magritte. C'est à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth qu'il s'établira finalement durant près de deux décennies.

 

La cheffe Marie Jacquot à l'Orchestre Symphonique de Vienne

par

L'Orchestre Symphonique de Vienne, qui a perdu son directeur musical l'année dernière, a nommé Marie Jacquot comme premier chef invité à partir de septembre.

La cheffe parisienne (32 ans), est l'assistante de Kirill Petrenko.
En août 24, elle deviendra chef principal du Théâtre royal danois à Copenhague.

Les BBC Singers en voie de sauvetage

par

La BBC a publié ce matin, à 9h30, le communiqué suivant :

"La BBC a reçu des approches de la part d'un certain nombre d'organisations proposant des modèles de financement alternatifs pour les BBC Singers. Nous avons convenu avec le syndicat des musiciens de suspendre la proposition de fermer les BBC Singers pendant que nous étudions activement ces options. Si elles sont viables, ces options alternatives assureront l'avenir de l'ensemble.
Nous pouvons également confirmer que les BBC Singers participeront aux BBC Proms de cette année.
Nous savons que les BBC Singers sont très appréciés par la communauté classique et que leur professionnalisme, leur qualité et leur réputation n'ont jamais été remis en question. Nous avons toujours dit que ces décisions étaient difficiles à prendre. C'est pourquoi nous voulons explorer pleinement les options qui nous ont été présentées pour voir s'il existe une autre voie à suivre. La BBC doit encore faire des économies et prévoit toujours d'investir plus largement dans l'avenir du chant choral au Royaume-Uni.
La BBC, en tant que plus grand commanditaire de musique et l'un des plus grands employeurs de musiciens du pays, reconnaît qu'elle a un rôle vital à jouer dans le soutien de la musique orchestrale et chorale.
Nous continuerons à dialoguer avec le syndicat des musiciens et les autres syndicats de la BBC au sujet de nos propositions concernant les orchestres anglais de la BBC. Nous nous engageons à mener des consultations sérieuses et à éviter, dans la mesure du possible, les licenciements obligatoires".

Esther Hoppe, directrice artistique de la Camerata Zürich

par

La violoniste née à Zoug (Suisse) occupera le poste à partir de la saison 2025-26. Successeure d'Igor Karsko, elle sera également premier violon.

Esther Hoppe s'est fait un nom au niveau international en tant que soliste, musicienne de chambre et pédagogue. Après des études à Bâle, Philadelphie, Londres et Zurich, elle a notamment remporté le Concours international Mozart de Salzbourg.
Le trio Tecchler, qu'elle a cofondé (2003 - 2011), a remporté le Deutscher Musikwettbewerb, le Prix Crédit Suisse et le ARD-Musikwettbewerb.
De 2009 à 2013, Esther Hoppe a été premier violon solo de l'Orchestre de Chambre de Munich.
Depuis 2013, elle est professeur de violon à l'Université Mozarteum de Salzbourg.

La Zarzuela, "Manifestation représentative du patrimoine culturel immatériel"

par

La Zarzuela sera déclarée manifestation représentative du patrimoine culturel immatériel. C'est ce qu'a décidé le Conseil du patrimoine historique -organe auquel participent les directeurs généraux du patrimoine culturel de toutes les communautés autonomes et qui est convoqué par le ministère de la Culture et des Sport - lors de sa réunion à Lanzarote (Îles Canaries).

En prenant cette décision, le Conseil a tenu compte du fait que la zarzuela est un genre lyrique né en Espagne au XVIIe siècle comme spectacle de cour, qui a évolué jusqu'à nos jours, se transmettant de génération en génération, devenant un signe distinctif de la culture espagnole pour sa versatilité et sa capacité à s'adapter à des contenus et des styles musicaux différents. En outre, son lien avec les thèmes populaires et sa recréation constante par la communauté lui ont permis de s'intégrer à l'imaginaire culturel. De plus, son expansion dans le monde hispanique avec une production spécifique en fait un témoin de la diversité des peuples qui composent le patrimoine identitaire hispanique.

Il s'agit du premier pas sur la voie de la reconnaissance de la zarzuela comme patrimoine immatériel de l'humanité par l'UNESCO, une candidature promue par le Teatro de la Zarzuela et son directeur artistique Daniel Bianco, sur laquelle ils ont travaillé activement avec un comité d'experts en la matière.

Nicolò Umberto Foron remporte la Donatella Flick LSO Competition (DFCC)

par

Le jeuyne chef d'orchestre italo-allemand Nicolò Umberto Foron (25 ans) a remporté la Donatella Flick LSO Competition (DFCC) à Londres. Il reçoit un prix de 15.000 livres sterling (environ 17.000 euros) et peut participer un an aux répétitions et aux concerts du London Symphony Orchestra (LSO) en tant que chef assistant.

Parmi les 20 participants, l'excellente combinaison de charisme, d'énergie, de technique et de musicalité de Foron a le plus grand potentiel pour un avenir professionnel passionnant, a déclaré le président du jury David Alberman, violoniste du LSO.
Au total, 80 chefs eujropéens de moins de 30 ans avaient posé leur candidature.

Né à Gênes en 1998, Nicolo Umberto Foron a d'abord étudié le piano avec Karl-Heinz Kämmerling au Conservatoire de Hanovre et la direction d'orchestre avec Jormal Panula. À l'âge de 16 ans, il a commencé ses études de direction d'orchestre au Conservatoire d'Amsterdam, puis au Royal College of Music et à la Royal Academy of London. Foron est premier chef d'orchestre assistant de l'Ensemble Intercontemporain à Paris. En 2022, il a été sélectionné pour le programme de mentorat de Peter Eötvös et comme Conducting Fellow au festival de Tanglewood. Cette saison, il fait notamment ses débuts avec l'Orchestre National de Montpellier, la Staatskapelle de Weimar et l'Académie Mendelssohn de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig.

Le DFCC a été créé en 1990 par la philanthrope italienne Donatella Flick afin de soutenir les jeunes chefs d'orchestre au début de leur carrière. Il a lieu tous les deux ans et compte parmi les concours de direction d'orchestre les plus importants au monde. Parmi les lauréats précédents, on compte les Français François-Xavier Roth (2000) et Alexandre Bloch (2012) ainsi qu'Elim Chan de Hong Kong (2014), la première femme à remporter le concours.