Le retour de Sir Antonio Pappano

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Antonio Pappano © Riccardo Musacchio & Flavio-Ianniello EMI-Classics

Paul Dukas (1865-1935) : L’apprenti sorcier
Pyotr Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op.35

Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°4 en ré mineur, op.120
Orchestra dell’ Accademia Nazionale di Santa Cecilia – Roma, Sir Antonio Pappano, direction – Janine Jansen, violon
Le public belge retrouvait hier soir celui qui fut de 1992 à 2002 directeur musical du Théâtre de la Monnaie, Antonio Pappano, accompagné de son Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia. Devant une salle comble et conquise d’avance, les musiciens proposaient un voyage de couleurs et d’harmonies poétiques du romantisme européen. Pappano débute avec le célèbre poème symphonique de Dukas, L’apprenti sorcier, qu’il dirige avec douceur tout en modelant assez facilement le discours musical. Belle précision pour les attaques, motifs thématiques feutrés dans les nuances douces, et brillants dans les passages dynamiques. A l’image de Dukas qui, grâce à de nombreuses possibilités techniques et instrumentales, dessine magistralement chaque événement, Pappano saisit l’occasion de faire émerger de son orchestre une palette de sons et de surprises sonores. D’un bout à l’autre, l’auditeur est immergé dans le monde fantastique et magique de la ballade de Goethe, Der Zauberlehrling. Quelques motifs (basson) sont appuyés avec ironie et humour, créant quelques sourires dans la salle. A l’image d’un flux continu, ou d’une seule grande phrase musicale, une énergie communicative s’empare de chaque pupitre de l’orchestre, offrant ainsi une lecture éclairée et évocatrice. Coup de cœur avec la lecture incroyablement expressive et énergique, telle une chevauchée frénétique, du Concerto pour violon de Tchaïkovski. L’orchestre se fait beaucoup plus discret, proche d’une atmosphère de musique de chambre dès les premiers motifs de cordes. L’entrée du violon se fond tel un murmure dans le silence d’un public ébahi. Janine Jansen, en dialogue permanent avec le chef, empoigne le premier mouvement avec maturité et expérience. Entre les tutti magistraux et émouvants, toute l’étendue acoustique de la salle Henry le Bœuf est utilisée, notamment par les plus petits pp possibles, presque inaudibles dans les premiers rangs. Et pourtant, cette sensibilité conjuguée à une maîtrise évidente et limpide de l’œuvre ont fait de ce premier tableau un moment magique. La cadence est à l’image de l’artiste : généreuse, passionnée et investie. Cette générosité se retrouve tout naturellement dans le mouvement lent : linéarité hors du commun, discours chantant et touchant. L’énoncé musical, dans sa forme comme dans son caractère, semble naturel, simple et sans aucune complication. Un troisième mouvement envolé termine la première partie du concert. On retrouve une soliste déchainée, n’hésitant pas à arracher les crins de son archet, dans des tempi rapides mais aboutis. La technique de jeu comme le travail sur les dynamiques relèvent d’un grand professionnalisme et d’une volonté de restituer le langage passionné de Tchaïkovski, comme pour le premier bis de la soirée (Souvenir d’un lieu cher). En seconde partie, la Symphonie n°4 de Schumann débute par une introduction profondément dramatique dans un tempo juste. Ce sera moins le cas à l’arrivée du Lebhaft où le tempo fluctue assez longtemps, rectifié dès la reprise avec un orchestre plus investi. Le solo de hautbois et violoncelle, comme celui du violon plus tard, dans le second mouvement est charmant, coloré et se laisse accompagner délicatement par les pizz des cordes. Le Scherzo est dynamique et précis, sans doute le mouvement le plus réussi de la symphonie. Tant sur le travail de la forme que sur les dynamiques, l’orchestre n’oublie, comme pour le premier mouvement, aucune note et surtout n’écourte pas les valeurs. Le dernier mouvement commence, selon nous, trop rapidement. Et bien que l’ascension soit réussie, le côté très solennel de cette « introduction » est un peu absent. Pappano entame la partie rapide sans aucune inquiétude et fait participer davantage les cuivres, plus discrets jusqu’ici. Les deux changements de tempo (Schneller et Presto) sont clairs et font virevolter les cordes. Si l’on s’inquiétait du tempo au début, il est ici pleinement assumé par le chef et les musiciens. Mais c’est surtout le rapport cordes/cuivre, pas évident dans cette œuvre, que Pappano a parfaitement maîtrisé. Aucune lourdeur ou incompréhension.
Après une soirée extraordinaire, quoi de mieux qu’un clin d’œil à l’opéra avec les ouvertures de La forza del destino et Guillaume Tell et un extrait de Aida en bis ?
Ayrton Desimpelaere
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 4 mars 2015

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