Les Busch tonifient la vitalité des trios de jeunesse de Beethoven 

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trios avec piano, volume 2 : Trio avec piano en sol majeur op. 1 n° 2 ; Trio avec piano en mi bémol Wo038 ; Allegretto en mi bémol H. 48 ; Allegretto en si bémol WoO39 ; Variations en mi bémol majeur op. 44. Trio Busch. 2024. Notice en anglais, en français et en allemand. 72’ 59’’. Alpha 1220.   

L’aventure du Trio Busch (Mathieu Van Bellen, violon ; Ori Espstein, violoncelle ; Omri Espstein, piano) a débuté à Londres il y a une quinzaine d’années, lorsque les trois musiciens se sont rencontrés. Désormais basés à Amsterdam, ils forment depuis lors une équipe soudée, qui a démontré ses qualités en gravant, pour Alpha, des albums consacrés à Dvořák, Schubert, Ravel ou Chostakovitch, ainsi qu’un récent premier volume d’une intégrale des Trios de Beethoven.

Pour cette intégrale, le Trio Busch semble avoir décidé d’adopter le principe du respect de la chronologie. La première incursion comprenait les Trios n° 1 et 3 de l’opus 1, qui datent des années 1793 à 1795 et sont dédiés au prince mécène Karl Lischnowsky, ainsi que le n° 4 opus 11 de 1798, offert à la comtesse von Thun. Voici maintenant le Trio n° 2, dont le début, une introduction lente (Adagio), installe un climat propice pour l’Allegro vivace qui peaufine ce premier mouvement aux réminiscences haydniennes. L’expressivité qui s’y manifeste se déploie dans le superbe et inspiré Largo con espresione, avant un dynamique Scherzo et un joyeux Presto final. Il y a de la tonicité dans la version du Trio Busch, qui va s’épanouir de plus en plus après l’introduction, rendue avec suggestivité. Le piano sert souvent de guide, mettant en valeur les cordes (en boyau) ; on sent à chaque instant la joie et le plaisir de jouer ensemble.

Une autre partition de jeunesse, le Trio WoO38, écrit en 1790/91 à Bonn, confirme cette sensation stimulante. Elle se compose de trois Allegros, sans mouvement lent. Les aspects bondissants, avec une large place faite au piano, indiquent qu’à vingt ans, Beethoven choisit l’option de l’originalité. Les interprètes sont proches de la jubilation. Celle-ci va se manifester aussi dans les délicieuses Variations op. 44, qui semblent dater de 1792, mais ont été publiées en 1804 ; elles illustrent l’air « Ja ich muss mich von ihr scheiden », un singspiel de Carl Ditters von Dittersdorf (une précision établie dans les années 1990). Quatorze variations (souvent très) brèves offrent un éventail d’atmosphères brillantes, raffinées, acrobatiques ou dansantes, à la fois légères et ironiques, mais aussi souplement lyriques. Les trois instruments s’expriment dans un contexte de grande liberté qui leur permet de se faire valoir à tour de rôle aussi bien que dans le discours collectif. 

Le programme est complété par deux pièces plus brèves. L’Allegretto H. 48, qui est de la même période, propose un peu moins de quatre minutes ciselées avec soin, alors que l’Allegretto WoO39, exception chronologique à l’affiche (il transporte le mélomane en 1812, à l’époque du Trio « Archiduc »), est écrit pour la fille de dix ans d’Antonie Brentano (1780-1869), que l’on suppose être « l’immortelle bien-aimée » de Beethoven. Ici, la simplicité et le charme sont la spécificité de sept minutes enjouées.

Ce deuxième album de la future intégrale des trios pour piano et cordes de Beethoven est placé sous le signe de la tonicité ; on partage pleinement le plaisir procuré par les trois solistes, dont la complicité et la cohésion font merveille. Nous espérons que les auditeurs seront eux aussi conquis par la vitalité dramatique infinie de cette musique, ainsi que par sa constante beauté, son charme et son humour, précisent les musiciens dans une note ajoutée. Leur réussite est pleine et entière.           

On notera que Mathieu Van Bellen joue sur le violon Guadagnini « ex Adolph Busch », qui date de 1783. Au-delà du nom du légendaire virtuose Adolph Busch (1891-1952), choisi par le trio, la présence de cet instrument historique est bien plus qu’un symbole : l’Allemand, antinazi convaincu, fut lui-même un interprète beethovenien dont le souvenir demeure encore une référence vivace. 

Son : 9    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 10

 Jean Lacroix    

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