Les différentes facettes d’Hindemith avec Marin Alsop

par

Paul Hindemith (1895-1963) : Nusch-Nuschi-Tänze ; Sancta Susanna, Op.21 ; Symphonie “Mathis der Maler”. Ausrine Stundyte, soprano ; Renée Morloc, contralto ; Annette Schönmüller, mezzo-soprano ; Caroline Baas et Enzo Brumm, narrateurs. Choeur de femme de la Wiener Singakademie, Heinz Ferlesch. Radio-Symphonieorchester Wien (RSO Wien), Marin Alsop. 2019 et 2020. Livret en anglais et allemand. 61’01. Naxos 8.574283. 

Pour son premier enregistrement au pupitre de l’Orchestre de radio symphonique de Vienne dont elle est directrice musicale, la cheffe Marin Alsop signe un album Hindemith exemplaire dans son approche transversale de l’art du compositeur : de l'avant-garde au grand orchestre traditionnel mais avec comme dénominateur l’opéra car les trois partitions présentées sur cet album sont liées à la fosse. 

Les deux premières partitions sont issues de la période radicale du compositeur. Dans l’immédiat après-Première Guerre mondiale, Hindemith est un jeune loup qui fuit les conventions et cherche la provocation. Sous l’influence de l'expressionnisme, il compose un triptyque lyrique Mörder, Hoffnung der Frauen, Nusch-Nuschi et Sancta Susanna. De Nusch-Nuschi, Marin Alsop reprend les courtes danses qui présentent une rythmique carrée et virtuose dont la cheffe rend les différentes facettes. Sa pratique de l’univers de Bernstein lui permet d’éviter une lourdeur qui serait ici rédhibitoire !   

L’opéra Sancta Susanna est présenté dans sa courte intégralité (une grosse vingtaine de minutes). Cet opéra fit scandale par son sujet : les rêves érotiques d’une nonne. Le chef d’orchestre Fritz Busch refusa, en 1922, de diriger la première, se retranchant derrière des arguments moraux (l’oeuvre ne fut créée qu’un an plus tard) et l'Église de déchaîna contre la partition. Marin Alsop impose une lecture puissante et dramatique, bien aidée par des chanteuses engagées Ausrine Stundyte, Renée Morloc et Annette Schönmüller et le choeur de femme de la Wiener Singakademie. L’oeuvre est traitée ici sans second degré, avec une dimension presque tragédienne qui lui donne une densité inédite.     

Triptyque symphonique tiré de l’imposant opéra Mathis der Maler, la symphonie éponyme est une oeuvre de démonstration pour les orchestres qui peuvent faire briller leurs collectifs. Cette partition est taillée pour les orchestres américains qui s’y sont illustrés : San Francisco avec Herbert Blomstedt (Decca), Philadelphie avec Eugene Ormandy (Sony) et Wolfgang Sawallisch (Warner) ou Boston avec William Steinberg (DGG).  Notons aussi qu'Herbert von Karajan (Warner), Jasha Horenstein (Chandos) ou Leonard Bernstein (DGG) s’y sont également honorés ! Marin Alsop a toujours été à son aise avec ce type de grande fresque orchestrale et, malgré un orchestre au nom plus modeste que d’autres légendaires phalanges, elle livre une lecture parfaite dans ses moments mélodieux ou puissants. La musicienne cerne parfaitement la structure de cette partition rutilante en galvanisant ses musiciens viennois.  

Inédit dans son couplage pictural, cet album est une grande réussite.

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

Pierre-Jean Tribot

 

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