L’univers insolite des symphonies du Gallois Daniel Jones

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Daniel Jones (1912-1993) : Symphonies n° 3 et n° 5. BBC Welsh Symphony Orchestra, direction Bryden Thomson. 1990. Notice en anglais. 68.03. Lyrita SRCD 390.

Le fonds d’archives du label Lyrita est d’une grande richesse en ce qui concerne la trop méconnue musique anglaise.  En voici un exemple éloquent avec ces deux symphonies de Daniel Jones, composées dans les années 1950 et enregistrées en 1990 par Bryden Thomson, qui allait décéder un an plus tard (1928-1991).

Né à Pembroke, le Gallois Daniel Jones est élevé dans une famille musicale : sa mère est chanteuse et son père compose en amateur des pièces chorales et religieuses. Dès ses neuf ans, le jeune Daniel écrit des sonates pour piano et étudie au Collège de Swansea, où il rencontre Dylan Thomas (1914-1953), qui va devenir l’un des écrivains les plus importants du XXe siècle anglais. Ensemble, ils collaborent dans la revue de leur école en y publiant des poèmes. Daniel Jones poursuit ses études dans le domaine littéraire à l’Université de Swansea et écrit une thèse sur la poésie lyrique élisabéthaine. Sur le plan musical, il se forme à la Royal Academy of Music, où il étudie la composition avec Harry Farjeon (1878-1948), et la direction d’orchestre avec Sir Henry Wood (1869-1944), qui sera à la tête de l’orchestre des Proms pendant un demi-siècle et créera des œuvres de Britten, Delius, Elgar ou Vaughan Williams. Récompensé par une bourse de la Société Mendelssohn en 1935, Jones passe deux ans en Europe et se perfectionne dans plusieurs langues. Officier pendant la seconde Guerre mondiale dans la British Army Intelligence, il œuvre comme cryptographe et décodeur. Ce n’est qu’après le conflit qu’il perfectionne sa formation musicale et est reconnu comme créateur avec un Prologue symphonique. Pendant les quarante ans qui vont suivre, Daniel Jones compose, surtout sur commande, et dirige, notamment ses propres compositions. Il se consacre aussi à l’édition des poèmes de son ami Dylan Thomas, disparu à moins de quarante ans, et écrira de la musique de scène à sa mémoire. Son catalogue est abondant : treize symphonies, entre 1947 et 1992, deux opéras, un oratorio, quatre cantates, de la musique orchestrale, huit quatuors à cordes, des pièces instrumentales et pour piano. Il est aussi l’auteur d’un système de mesure musicale et de textes sur la philosophie de la musique. 

La Symphonie n° 3 est datée de 1951 ; elle a connu sa première en public en 1956 sous la direction de Sir Adrian Boult à la tête du London Philharmonic. Elle est conçue pour trois flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, deux trompettes, trois trombones, les timbales et une abondante percussion, jouée par un seul interprète, le tout venant s’ajouter aux cordes. En trois mouvements d’une durée d’une petite trentaine de minutes, elle s’ouvre paisiblement sur un Allegro moderato de belle tournure, avec un travail des bois sans excès, un développement de caractère et une coda en pianissimo. Le Lento central, au cours duquel les cordes expriment une expressivité ponctuée par des cuivres qu’un critique, selon la notice, qualifiera d’électriques, précède l’envolée de l’Allegro final, plein de tension, avec un scherzo brillant et rythmé. Jones affirme un langage personnel, avouant sa recherche d’une cohésion formelle.

Après avoir composé en 1954 sa Symphonie n° 4 à la mémoire de son ami Dylan Thomas, récemment décédé, Daniel Jones propose une Symphonie n° 5 quatre ans plus tard, suite à une commande de la BBC. Le compositeur en dirigera la création avec l’Orchestre symphonique de la radio anglaise le 18 février 1959. Elle approche la quarantaine de minutes cette fois, semble plus ambitieuse, mais Jones allège un peu l’orchestration, même si elle requiert deux percussionnistes, utilisés avec économie, et l’usage d’une clarinette basse très présente. On lira dans la notice les détails techniques concernant l’utilisation du système de mesure musicale élaboré par Jones et ici mis en pratique, dans une esthétique qui tend à accorder à peu de choses près la même durée aux quatre mouvements, avec une combinaison de schémas symétriques et asymétriques. Jones estimait que cette symphonie était peut-être bien la plus abstraite de toutes celles qu’il a composées, mais à l’audition, elle apparaît comme cohérente, avec un caractère emphatique, des accents sombres ou ironiques dans l’Allegro assai qui suit un Allegro moderato initial présenté par les quatre cors à l’unisson. Le troisième mouvement est un Lento avec un thème répété aux timbales, qui bénéficient d’un usage rythmé au cœur d’une agitation mélodique proche d’une marche funèbre. Dans le final, Allegro moderato, les violoncelles, les contrebasses et les cors assurent un motif harmonique qui conduit à une coda diversifiée reprenant plusieurs idées thématiques tout en les combinant. L’excellent chef Bryden Thomson emmène les troupes du BBC Welsh Orchestra dans un geste large et précis qui rend justice à ces deux partitions méconnues dont l’audition en concert serait la bienvenue.    

Le présent enregistrement vient compléter une série de quatre CD déjà disponibles séparément, qui proposaient les autres symphonies de Daniel Jones, jusqu’à la onzième, Sir Charles Groves (symphonies n° 4, 6 et 7) et Bryden Thomson se partageant la direction du Royal Philharmonic ou du BBC Welsh Symphony Orchestra. Il ne reste donc que les Symphonies n° 12 et n° 13 à publier pour pouvoir disposer du cycle complet écrit par cet intéressant créateur, au sujet duquel un autre compositeur, Alun Hoddinott (1929-2008) a écrit : L’intégration de la forme et du contenu est assurée et cache une originalité d’idiome et de style qui donne à sa musique un son que l’on ne peut comparer à aucune autre.

Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : 8,5    Interprétation : 10

Jean Lacroix 

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