Les lauréats des prix ICMA Lifetime et Discovery Award : une collaboration exemplaire

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Dimache dernier, Can Saraç, lauréat du prix ICMA Discovery Award 2025, a partagé la scène avec l'Orchestre de chambre danois, sous la direction du maestro Adam Fischer, récipiendaire du prix ICMA Lifetime Achievement Award. Cette rencontre, rapportée par Frauke Adrians, membre du conseil d'administration des ICMA, a mis en lumière la synergie remarquable entre un jeune talent prometteur et une figure emblématique de la direction d'orchestre.

Une coïncidence riche de sens

Le concert, qui s'est déroulé le 12 avril, a présenté un programme ambitieux : la Musique pour cordes, percussions et célesta et le Concerto pour piano n° 3 de Béla Bartók, ainsi que la Cinquième Symphonie de Beethoven. John Frandsen, directeur général du Danmarks Underholdningsorkester, a souligné la coïncidence inattendue de ce programme avec les élections parlementaires hongroises, ajoutant une dimension symbolique à la performance de Fischer, chef hongrois reconnu pour son engagement.

Can Saraç : une étoile montante

À seulement 17 ans, Can Saraç, pianiste turc né en 2007, a fait ses débuts danois avec une assurance et une maturité impressionnantes. Sa maîtrise du Concerto pour piano n° 3 de Bartók a été saluée pour sa clarté, sa détermination et son absence de sentimentalité excessive. Il a su dialoguer avec les bois dans l'Adagio et a captivé le public par son interprétation des rythmes jazzy de l'Allegro vivace. Cette performance a démontré non seulement son talent exceptionnel, mais aussi sa capacité à s'intégrer parfaitement à l'orchestre, trouvant en Adam Fischer et l'Orchestre de chambre danois des partenaires de premier ordre.

L’art du bel canto en immersion : Cesare in Egitto de Geminiano Giacomelli

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Geminiano Giacomelli (1692-1740) : Cesare in Egitto. Premier enregistrement mondial en direct. Adrianna Vendittelli, soprano. Emöke Baràth, mezzo-soprano. Philippo Mineccia, contre-ténor. Margherita Maria Sala, contralto. Valerio Contaldo, ténor. Federico Fiorio, soprano. Accademia Bizantina. Ottavio Dantone, direction. 2024. Notice en français, anglais, allemand. 164’39. 3 CD Alpha 1141.

Charpentier et l’apparat des robes rouges : haute couture par Marguerite Louise

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Missa Assumpta Est Maria H. 11. Motet pour une longue offrande H. 434. Concert pour quatre parties de violes H. 545. O Salutaris hostia H. 249. Domine Salvum fac Regem H. 303. Louis Marchand (1669-1732) : Tierce en Taille [Premier Livre d'orgue]. Jean-Adam Guilain (c1680-1739) : Plein Jeu [Suite du Premier Ton]. Louise Champion, Nicolas de la Fortelle, dessus. David Tricou, haute-contre. Romain Champion, taille. Nicolas Brooymans, basse. Orchestre, Chœur et Maîtrise Marguerite Louise. Gaétan Jarry, orgue et direction. Livret en français, anglais, allemand. Mars 2024. 66’51’’. Château de Versailles Spectacles CVS150

Kullervo de Sibelius : une tragédie symphonique à découvrir chez Breitkopf & Härtel

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Jean Sibelius (1865-1957) : Kullervo op. 7, pour soprano, baryton, chœur d’hommes et orchestre, Breitkopf & Härtel, ISMN 979-0-004-21180-9

Entre tragédie, implacabilité et tourment, les éditions Breitkopf nous permettent aujourd’hui de revenir à cette titanesque page de Sibelius, Kullervo. On se souvient de Paavo Jarvi ouvrant sa première saison en tant que directeur musical de l’Orchestre de Paris, aux côtés du puissant Chœur national d’hommes d’Estonie. Un événement marquant, et pour beaucoup une première rencontre avec cette partition composée entre 1891 et 1892. L’œuvre mobilise un vaste effectif orchestral (bois par deux, piccolo, cor anglais, clarinette basse, quatre cors, quatre trompettes, trois trombones et tuba, percussions et cordes), deux solistes, Sisar (soprano) et Kullervo (baryton), ainsi qu’un chœur d’hommes. D’une durée approchant les 80 minutes, l’œuvre se divise en cinq mouvements, où des couleurs d’inspiration traditionnelle évoluent dans des harmonies tantôt lumineuses, tantôt profondément sombres, préférant des thèmes à la fois héroïques et poignants, et par moments, plus légers. La préface bien construite de Glenda Dawn Goss reprend quelques éléments clés de cette œuvre monumentale et physique, notamment le fait que Sibelius évoquait, dans ses premiers écrits, l’écriture d’une symphonie, dans l’esprit finnois. Le terme de symphonie reviendra très souvent sous sa plume, notamment lorsque la ville de Loviisa souhaita faire apposer une plaque pour honorer l’endroit où Sibelius écrivit la Kullervo suite. La réponse de l’intéressé fut rapide et claire : Kullervo symphonie (pas suite). Sibelius reprend volontiers des thèmes issus du folklore finnois qu’il transforme et fait évoluer à travers une richesse harmonique et une orchestration dense, mais d’une clarté saisissante. L’histoire de Kullervo, tirée du Kalevala, récit de la mythologie nordique, est sombre : un enfant marqué par l’assassinat de sa famille par son propre oncle, à la personnalité violente, qui finira par séduire une charmante jeune femme avant de comprendre qu’il s’agit de sa propre sœur… Sisar se suicide après cet inceste involontaire, Kullervo détruit la famille de son oncle avant de se jeter sur son épée. Chaque étape dramatique est traduite avec une intensité saisissante, notamment en privilégiant les cordes graves, sonores, mais aussi dans des volutes qui semblent nous emporter au passage. Par moments, notamment dans le troisième mouvement et la scène finale, l’écriture frôle le vertige et installe un malaise presque physique, appuyé par l’implacable Kullervo, martelé et sec, puis le chœur martial. Et les moments de joie trouvent résonance dans les jeux aigus des cordes, avec des usages rythmiques plus enlevés, comme le révèle le troisième mouvement. C’est rythmiquement énergique et agile, sans aucune lourdeur. Sibelius intensifie le matériau orchestral avec génie, ne donnant aucun moment de répit à l’auditeur. La première intervention chorale est aussi magistrale par son énergie patriotique : une ode à la nature. 

Nouvelles parutions chez Bärenreiter : une charmante découverte posthume de Martinů, une édition de référence de Couperin et un album Händel surprenant

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Bohuslav Martinů (1890-1959) : Romance pour violon et piano, H. 186bis. Bärenreiter, BA 11581. ISMN 979-0-2601-0991-9 (papier), 979-0-2601-1007-6 (numérique).

Il est toujours émouvant de se trouver face à un inédit d’un compositeur de la stature de Martinů, même s’il ne s’agit pas d’une œuvre majeure. Comme elle l’explique dans la préface à cette parution, c’est l’éditrice de cette partition, la musicologue tchèque Natálie Krátká qui a eu la chance de retrouver le manuscrit de cette brève Romance (43 mesures), composée à Paris en 1930 et dédiée au photographe et musicien français d’origine juive ukrainienne Boris Lipnitzki, à la Bibliothèque nationale d’Israël à Jérusalem en 2022. En effet, à la mort du dédicataire en 1971, ses héritiers confièrent bon nombre de partitions pour violon et piano à cette institution. Curieusement, Martinů ne mentionne nulle part l’existence de la présente partition à laquelle la musicologue a attribué en prenant pour critère la date de composition le numéro d’opus H. 186bis en tant qu’ajout au catalogue du regretté Harry Halbreich, grand spécialiste du compositeur et fidèle collaborateur de Crescendo-Magazine en son temps. Entendue pour la première fois en public en 2023 à Londres sous les doigts du violoniste Frank Peter Zimmermann et du pianiste Martin Helmchen, cette Romance présente à la fois une riche écriture harmonique dans la partie de piano entièrement en accords et une belle liberté de ton dans la charmante partie de violon, avec ses syncopes, ses passages expressifs en triolet et ses épisodes chromatiques. Jolie pièce de genre, cette Romance fera certainement un très beau bis.

Hommage à Pēteris Vasks pour ses 80 ans : réédition de trois albums

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Pēteris Vasks (°1946) : Symphonies n° 2 et n° 3 ; Concerto pour violon et orchestre ‘Tālā gaisma’ (Distant Light) ; Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 ; Pater Noster ; Dona nobis pacem ; Missa. John Storgårds, violon ; Marko Ylönen, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Tampere, direction John Storgårds ; Orchestre de chambre d’Ostrobothnie, direction Juha Kangas ; Chœurs de la Radio de Lettonie et Sinfonietta Riga, direction Sigvards Klava. 2002, 2006 et 2007. Notice en anglais. 207’ 35’’. Un album de trois CD Ondine ODE 1482-2T.

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence : le triomphe de la générosité

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Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence vient de clore sa treizième édition avec un concert à l’image même de sa recherche. Au programme, le Concerto n°1 de Chostakovitch enlevé avec une clarté et une verve exemplaires par Renaud Capuçon. Voilà une interprétation qui illustre superbement le côté conversationnel de cette œuvre, dans la finesse du dialogue entre le soliste et les instrumentistes de l’orchestre, un Philharmonique de Munich en grande forme sous la baguette de leur chef inspiré Lahav Shani (ceux-là même que, d’une façon incompréhensible, le Festival des Flandres avait sottement refusé d’accueillir à Gand l’an dernier). Le programme même du concert était en soi un hommage puisqu’il reprenait le choix de Mravinsky pour la création le 29 octobre 1955, donnant en complément la 4e symphonie de Brahms en sorte que l’imposante passacaille de son quatrième mouvement renvoie à cette autre passacaille qui constitue l’attaque du finale du concerto par le violon soliste. De tels choix démontrent une volonté pédagogique évidente dans la programmation d’un festival. A la fois solide et apaisé, le Philharmonique de Munich en a donné une lecture qui prend le temps de monter en puissance jusqu’au tutti implacable de sa fin. Et cerise sur le cadeau, Dominique Bluzet, codirecteur du festival avec Renaud Capuçon, annonçait une résidence de trois ans de la formidable phalange bavaroise qui reviendra donc à Aix les deux prochaines années.  

Une présence multipolaire de Renaud Capuçon

Le violoniste et chef français a cumulé les casquettes tout au long du festival. Durant le week- end d’ouverture, on le retrouvait dans le lyrique concerto de Barber avec l’orchestre de Lille et comme cheville ouvrière des concerts-mémoire du Camp des Milles. Le samedi de Pâques, il dirigeait un programme Brahms où, en compagnie de son frère Gauthier, il imposait une belle complicité au sein du duo soliste tout en lui donnant le juste répondant de la part de son Orchetre de chambre de Lausanne qu’il dirigeait de l’archet. Et, en clôture, ce fut la rencontre avec le Philharmonique de Munich, en musique de chambre avec Argerich et en symphonique lors du concert final de haut vol. D’évidence à 50 ans, Renaud Capuçon, qui vient de publier une interprétation d’une grande maturité des sonates et partitas de Bach (DG) est à un nœud crucial d’une carrière multipolaire comme soliste et chambriste, chef d’orchestre et organisateur. Et le Festival de Pâques en profite pleinement. 

Variations sur G ou la musique des mots

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Les violonistes connaissent bien l’Air sur la corde de sol, adaptation du merveilleux Air, deuxième mouvement de la Suite pour orchestre n°3 de J.S. Bach, transcrit pour être joué uniquement sur la corde de sol, la quatrième corde aux sonorités plus chaleureuses que les trois autres. On doit cet arrangement au violoniste allemand August Wilhelmj dont la carrière de virtuose à la fin du XIXe siècle fut jalonnée d’évènements majeurs (violon solo à Bayreuth pour la création de la Tétralogie de Wagner) parfois insolites (invitation — unique en la matière — à jouer devant les femmes du harem du sultan de l’Empire Ottoman). Les musiciens habitués à jongler avec les langues étrangères connaissent bien la correspondance entre les notes telles que nous les désignons dans les pays latins (et slaves) et leur appellation sous forme de lettres dans les pays anglo-saxons et germaniques, où sol devient G. 

Petite réflexion qui me ramène à l’actualité, à l’heure où la Hongrie tourne une page de son histoire. La presse audiovisuelle française s’empare de l’évènement et découvre le nouveau premier ministre, Péter Magyar. Mais qui se soucie de prononcer son nom correctement ? Tout y passe, Maguiar, Madjiar… Seule la journaliste d’Arte a pris le soin de vérifier avant d’aller à l’antenne.

Un souvenir me revient à l’esprit. Nous sommes à la fin du siècle dernier et j’ai alors l’occasion de recueillir pour France Musique les mémoires du pianiste hongrois György Sándor, magnifique musicien émigré aux États-Unis qui a connu Bartók et s’est fait l’ambassadeur de sa musique dans le monde entier. M’entendant prononcer son prénom avec des G durs, à l’allemande (Guyorguy !), il me reprend gentiment en me demandant pourquoi je ne le prononce pas à la française, comme « Georges » (il parlait impeccablement notre langue). S’en suit un échange (hors micro) qui me permet de découvrir que le G hongrois se prononce J (ou Ge) et le y final ressemble à notre E muet. Depuis ce jour, je suis devenu plus attentif à la prononciation des noms étrangers et, comme tout bon musicien, je souffre quand la musique d’une langue est francisée à la hâte. Il en est de même du portugais (avec les J prononcés à l’espagnole) ou du tchèque : combien de décennies a attendu Dvořák avant de voir son nom correctement formulé ? Pour Václav, c’est loin d’être gagné avant que les Français découvrent que le C tchèque se prononce S.

Une semaine en musique, 4 albums à embarquer et 1 à encore éviter

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Gustav Mahler: Symphonies 1-9. Czech Philharmonic, Semyon Bychkov Label : Pentatone. Référence catalogue : 8720929574902

L'intégrale des symphonies de Gustav Mahler, entreprise colossale, trouve une nouvelle incarnation magistrale sous la baguette inspirée de Semyon Bychkov à la tête du Philharmonique Tchèque.  Nous avions aimé les parutions en albums séparés et la mise en coffret nous permet d’apprécier le travail du chef. Critique du coffret à paraître très bientôt sur notre site !  

Franz Schubert: Symphonies No. 5 & No. 6. The Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, Paavo Järvi,. Label : RCA. Référence catalogue : 4547366810592 

Paavo Järvi et la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen nous offrent une immersion vibrante dans l'univers symphonique de Schubert, explorant avec une finesse exquise les contours lumineux des Symphonies n°5 et n°6. Cette interprétation, empreinte d'une énergie contagieuse et d'une clarté orchestrale remarquable, révèle toute la fraîcheur et l'inventivité mélodique du jeune compositeur. Un enregistrement qui promet de renouveler notre écoute de ces joyaux du répertoire ! Une nouvelle pierre dans une intégrale qui compte