Ercole amante de Cavalli, une production éblouissante en DVD 

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Francesco Cavalli (1602-1676) : Ercole amante, opéra en un prologue et cinq actes. Nahuel di Pierro (Hercule), Anna Bonitatibus (Junon), Giuseppina Bridelli (Déjanire), Francesca Aspromonte (Iole), Krystian Adam (Hyllus), Eugénie Lefebvre (Pasithea, Clercica, Troisième Grâce), Giulia Semenzato (Vénus, La Beauté), Luca Tittoto (Neptune, Eurytus), Ray Chenez (Le Page), Dominique Visse (Lichas), etc. Chœur et Orchestre Pygmalion, direction Raphaël Pichon. 2019. Notice en anglais et en français. Pas de texte du livret, mais synopsis en anglais et en français. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 187.00. Deux DVD Naxos 2. 110679-80. Aussi disponible en Blu Ray.

Sonates pour flûte de Bach : la discographie se pare d’un gouttereau

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Toucher Bach. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour flûte et clavecin obligé en sol mineur BWV 1020, en si mineur BWV 1030, en si bémol majeur BWV 1031 (arrgmt), en la majeur BWV 1032 (complétée) ; Sonate en trio en si bémol majeur BWV 525a arrangée pour flûte à bec et clavecin (arrgmt). Leonard Schelb, flûtes ; Anne-Catherine Bucher, clavecin. Livret en anglais, allemand, français. Août 2019. TT63’13. ET’CETERA KTC 1695

L'Arditti Quartet à Luxembourg

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Après des mois sans musique vivante, ce n’est rien de dire l’impatience avec laquelle je me retrouve à rôder autour de la Philharmonie de Luxembourg. Dans la salle, si le public semble picorer l’espace tant la distanciation imposée les éparpille, que dire alors des musiciens du Quatuor Arditti (le renommé ensemble anglais aux 200 disques) isolés devant leurs pupitres au milieu de la grande scène ? Les circonstances, inhabituelles, nous ramènent à la qualité acoustique de l’architecture de Christian de Portzamparc : chaque instrument sonne avec précision et les applaudissements ne souffrent pas de la dissémination.

Michael Tilson Thomas à propos d’Alban Berg et de la musique 

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On ne présente plus Michael Tilson Thomas ! “MTT” est l’un des chefs d’orchestre les plus importants de notre époque ! Ce musicien visionnaire, fondateur et directeur musical du New World Symphony, académie d’orchestre qui encadre les futurs virtuoses des orchestres étasuniens, publie un album Alban Berg qui fera date ! Il retrouve à cette occasion le San Francisco Symphony Orchestra dont il fut le directeur musical entre 1995 et 2020. C’est lors de ce mandat acclamé qu’il fonda SFS Media, le label de la phalange californienne qui publie cet enregistrement. 

Ce nouvel enregistrement propose trois partitions d’Alban Berg : le célèbre Concerto pour violon avec Gil Shaham en soliste, les Sept lieder de jeunesse (chantés par Susanna Phillips) et les Trois pièces pour orchestre. Comment avez-vous choisi ce trio de partitions ?  

Ces partitions représentent une grande partie de ma vie. J'ai grandi et étudié à Los Angeles et, à cette époque, la vie musicale californienne était dominée par deux immenses figures qui y habitaient : Igor Stravinsky et Arnold Schoenberg. L’influence de Schoenberg sur la scène musicale locale faisait rayonner sa musique mais aussi celle de Webern et de Berg. De plus, j’ai très tôt été attiré par la musique d’Alban Berg. J’ai aussi eu la chance d’accompagner le soliste Henryk Szeryng dans le Concerto pour violon de Berg et on sait qu’il était un immense praticien de cette pièce. Ce fut une formidable expérience pour le jeune homme que j’étais. Et quelques années plus tard, à Boston, j’ai eu l’incroyable opportunité de rencontrer le violoniste Louis Krasner, commanditaire et créateur du concerto de Berg et aussi de celui du Concerto pour violon Schoenberg et j’ai pu parler avec lui de ces partitions. 

Alors pour moi, la musique d’Alban Berg et, en particulier, le Concerto pour violon sont une part de mon identité de musicien. Le concerto de Berg est autant pour moi une partie de mon répertoire que peut l’être celui bien plus classique de Max Bruch pour d’autres musiciens ! 

Vous êtes un grand spécialiste de Mahler ! Vous avez enregistré toutes les symphonies et les partitions vocales avec le San Francisco Symphony. Quels sont les liens entre Mahler et Berg ? 

Il y a naturellement des liens entre Mahler et Berg. Certaines partitions comme les Trois pièces pour orchestre sont écrites comme une sorte de mémorial à Mahler. Schoenberg a été le professeur d’Alban Berg, il lui a ouvert les perspectives de l’écriture dodécaphonique, mais Berg compose toujours avec une attention plus humaine là où Schoenberg était très concentré sur la structure. Ne négligeons pas non plus l’influence de Debussy ! En effet, Debussy était l’un des compositeurs les plus joués par la Société d'Exécutions Musicales Privées qui animait alors Vienne et dont Berg était l’un des fidèles. Schoenberg mettait Berg en garde de trop s'orienter vers le style de Debussy. La musique de Berg revêt également un aspect presque envoûtant avec des moments purement magiques, le compositeur peut créer un matériau extrêmement beau à partir de la technique de composition en douze tons. Certains passages du Concerto pour violon sont purement fabuleux et vous touchent directement au coeur.

Michael Jarrell, compositeur 

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Le compositeur suisse Michael Jarrell assure la présidence du Concours de composition de Bâle qui se déroule du 4 au 7 mars. Dédié à la mémoire du mécène et musicien Paul Sacher, ce concours, au jury prestigieux, a la particularité de ne pas imposer de limite d’âge aux candidats. Crescendo Magazine rencontre le compositeur alors que paraît également un superbe album monographique avec trois de ses partitions interprétées par l’Orchestre National des Pays de la Loire sous la direction de Pascal Rophé.

Vous êtes président du jury du Concours de composition de Bâle, qu’est-ce qui vous a motivé à accepter cette fonction ? 

C’est très simple, en 2017, pour la première édition du concours, j’ai été invité aux côtés d’autres compositeurs dont Oliver Knussen à être membre du jury sous la présidence de Wolfgang Rihm. Malheureusement, tous deux, pour des raisons de santé, ont dû annuler leur participation. C’est alors que WR m’a demandé de reprendre la présidence, ce que j’ai accepté, entre autres, par amitié.

Ce concours est un hommage à la figure de Paul Sacher, mécène et musicien bâlois qui a marqué le XXe siècle. En quoi la figure de Paul Sacher est-elle une inspiration et un modèle pour notre époque ? 

Paul Sacher et sa femme ont toujours soutenu la création, que ce soit en musique ou dans les arts visuels. C’était pour eux une évidence. En ce sens, ils sont une source d’inspiration et un modèle pour notre époque qui a énormément besoin de beauté et d’empathie.

Dans ce concours, il n’y a pas de limite d’âge. Le jeunisme est-il incompatible avec l’art de la composition ? 

Ne pas fixer de limite d’âge est une des particularités de ce concours. L’idée d’une compétition de composition est évidemment de soutenir les jeunes talents, de découvrir et faire connaître de nouvelles personnalités et de donner à ces compositeurs la possibilité d’entendre ce qu’ils ont écrit. 

L’âge n’est pourtant pas toujours un critère pertinent : si quelqu’un aborde l’écriture musicale à un âge déjà avancé, il est possible de le considérer comme un jeune compositeur. Par ailleurs, dans l’histoire de l’art, il existe des exemples de personnalités marquantes qui ont été découvertes sur le tard.

Compositrices du XIXe : Eva Dell’Acqua (1856-1930)

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Comment une femme, immigrée de la deuxième génération, née d’un père italien et d’une mère néerlandaise, se retrouve-t-elle au titre de compositrice dans le Dictionnaire des femmes belges, dans il Dizionario Biografico degli Italiani et est-elle l’objet d’une conférence au Studiecentrum voor Vlaamse Muziek en 2018 ?
Pourquoi, en 2021, si peu de personnes se souviennent-elles de cette artiste dont la production couvre une vaste palette musicale, de la musique de chambre, vocale et instrumentale au théâtre musical (opéra-bouffe, opéra-comique, opérette, pantomime) et même des marches militaires ?

Les Archives de l’Etat à Bruxelles nous apprennent ceci :

(…) Cesar Felix Georges Dell’Acqua âgé de trente-quatre ans, profession d’artiste peintre, né à Pirano près de Trieste (Illyrie), domicilié à Schaerbeek rue Rogier n°24, lequel nous a exhibé un enfant du sexe féminin, qu’il a déclaré être né le vingt-huit janvier courant (1856) à quatre heures du matin, en son domicile, de lui comparant et de son épouse Caroline Vander Elst, âgée de vingt ans, rentière, née à La Haye (Hollande) domiciliée à Schaerbeek, et à laquelle enfant il a donné le prénom d’Eva. 

La famille

Cesare Felice Giorgio Dell’Acqua (1821-1905) est né le 22 juillet 1821 à Pirano d’Istria, près de Trieste. Ces deux localités appartenaient à cette époque à l’Empire d’Autriche. 

Pirano est passé en 1954 en Slovénie, pays qui a acquis son indépendance en 1992. Trieste est devenue une ville italienne en 1915. 

Son père, le juge Andrea Dell’Acqua, décède en 1826. Sa mère, Cattarina Lengo, s’installe avec ses quatre enfants à Koper, ville dépendant alors de l’Empire autrichien et actuellement slovène. C’est là que Cesare commence son éducation. A l’âge de 12 ans, il s’installe à Trieste où décolle sa carrière d’artiste peintre. Une bourse lui permet de poursuivre sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Venise de 1842 à 1847. Il y suit avec succès les cours de Ludovico Lipparini, d’Odorico Politi, de Michelangelo Grigoletti, peintres réputés notamment pour leurs œuvres à sujets historiques et romantiques pour le premier, néoclassiques pour les deux derniers. Dès 1847, ses premiers tableaux historiques lui assurent la notoriété. Un de ceux-ci, La rencontre de Cimabue et du jeune Giotto, est acquis par l’Archiduc Johann von Österreich. Par la suite, d’autres personnalités européennes lui passent des commandes : Maximilien d’Autriche et son épouse Charlotte pour décorer le Château de Miramare (construit dès 1856) ; le Prince Philippe de Belgique (frère de Léopold II) pour le Château des Amerois près de Bouillon (reconstruit entre 1874 et 1877) ; le Prince Aloïs II de Liechtenstein ; les autorités municipales de Trieste…

Il voyage à travers l’Europe avec son protecteur, le Baron hongrois Ludovico Luigi Reszan, découvre Vienne, Munich, Paris…et est présenté à l’Allemand Friedrich Overbecq (1789-1869) un peintre nazaréen connu pour ses peintures religieuses épurées. 

En 1848, Cesare Dell’Acqua s’installe à Bruxelles chez son frère Eugène. Il y fait la connaissance du peintre tournaisien Louis Gallait (1810-1887), réputé pour ses grands tableaux historiques comme La peste de Tournai en 1092 et L'Abdication de Charles-Quint (Musée des Beaux-Arts de la ville) et pour des portraits. Cesare se perfectionne à son contact mais il ne se confine pas dans la peinture historique : il peint aussi des personnages d’Orient et de Grèce en costume traditionnel, des scènes de genre et des sujets religieux. Dès 1849, il devient membre du Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles fondé en 1847 et installé au n° 10 de la Galerie Saint-Hubert.