Aftab Darvishi (née en 1987) : Likoo - Unsuk Chin (née en 1961) : Gran Cadenza – Jörg Widmann (né en 1973) : Studie über Beethoven (String Quartet N°6) – Thomas Adès (né en 1971) : Air – Homage to Sibelius for violin and orchestra. Anne-Sophie Mutter, Nancy Zhou et Ye-Eun Choi, violons, Muriel Razavi, alto, Pablo Ferrández, violoncelle. London Symphony Orchestra sous la direction de Thomas Adès. Texte de présentation en français, anglais et allemand. 61’17. ASMForteForward.
Krzysztof Meyer (°1943). Œuvres chorales. Nehmt hin die Welt !, quatre pièces sur des mots de Schiller, op. 120 ; Wieliczalnaja, op. 71 ; Staunen, op. 91 ; Te Deum, op. 84. Chœur Collegium Cantorum de la Philharmonie de Czestochowa, direction Janusz Siadlak. 2024. Notice en polonais et en anglais. 50’ 45’’. Dux 2147.
Nico Muhly (°1981). Œuvres chorales. A Glorious Creature ; Recordare, Domine ; Marrow ; Prosperitie ; Rough Notes ; No Resting Place. The Tallis Scholars, direction Peter Philipps. 2024. Notice en anglais. 54’ 33’’. Linn CKD 790.
La "Symphonie Pathétique" de Tchaikovski constituait un des temps forts de la première saison de Lionel Bringuier à la tête de l’OPRL. C’est toutefois au festival de Pâques d’Aix-en-Provence qu’ils ont étrenné mercredi soir ce rendez-vous très attendu. La partition est spectaculaire : chefs et orchestres s’y bousLa Symphonie Pathétique de Tchaikovski constituait un des points forts de cette premièreculent pour nous en donner des interprétations fracassantes ou émouvantes. C’est au milieu de ces deux extrêmes que se définit la lecture très dramatique de Bringuier qui ne dépare jamais d’un contrôle tendu et serré du discours musical. On admire les éclats du fatum qui parcourent le premier mouvement servi par une cohésion orchestrale d’une rare densité. On retrouvera d’ailleurs cette dernière dans le paroxysme sonore subtilement maîtrisé d’un « allero molto vivace » qui ne manque pas de provoquer ses habituels salves d’applaudissements spontanés. Entretemps, l’orchestre liégeois a retrouvé la souplesse et la légèreté dansantes de l’ « allegro con grazia ». Avant qu’un finale, solennel mais habité ne conclue avec une passion maîtrisée cet « adagio lamentoso » d’une grande ferveur. Le silence seul peut accompagner cette incroyable extinction du son des dernières mesures et Lionel Bringuier a la bonne idée de l’imposer au public, retenant un bon beau bout de temps des applaudissements enthousiastes qui ne montent ensuite que graduellement en puissance comme si, au départ, le public restait sous la pression d’une émotion retenue.
Flowers We Are… Œuvres pour piano de György Kurtág (°1926) et d’Agathe Backer Grøndhal (1847-1907), Mel Bonis (1858-1937), Johannes Brahms (1833-1897), William Byrd ((1540-1623), François Couperin (16668-1733), Fanny Hensel (1805-1847), Felix Mendelssohn (1809-1847), Selim Palmgren (1878-1951), Serge Rachmaninov (1873-1943), Franz Schubert (1797-1828), Cyril Scott (1879-1970), Clara Schumann (1819-1896), Robert Schumann (1810-1856) et Jean Sibelius (1865-1957). Ksenia Kouzmenko, piano. 2025. Notice en anglais. 75’ 36’’. Cobra Records 0100.
Baroque Encores. Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Domenico Scarlatti (1685-1757), François Couperin (1668-1733), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Pancrace Royer (c1703-1755). David Fray, piano. Livret en français, anglais, allemand. Décembre 2024. 85’52’’. Erato
Suite de l’édition 2026 du Printemps des Arts de Monte-Carlo, sous la direction artistique de Bruno Mantovani, qui s’est affirmée comme une exploration profonde de l’évolution des instruments et du langage musical. En recentrant son projet sur l’écoute, les œuvres et la matérialité même du son, le festival a substitué à la logique de l’événement celle du parcours, offrant une expérience intérieure exigeante et cohérente. Des mystères du XVIIe siècle aux déferlements symphoniques du XXe, cette édition a dessiné une trajectoire ambitieuse fondée sur la transmission et la curiosité.
L’Évolution des Claviers : De l’Ombre à la Lumière
À l’Auditorium Rainier III, le 26 mars 2026, le public a été invité à parcourir l’évolution des instruments à clavier avec l’ensemble Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie. Accompagnant Olga Pashchenko, tour à tour au clavecin puis au pianoforte, les musiciens ont joué sur des copies d’instruments anciens, privilégiant les cordes en boyau et les archets baroques pour une authenticité sonore retrouvée.
Le concert s’est ouvert sur la Sinfonia « dissonante » en fa majeur (F. 67) de Wilhelm Friedemann Bach. Dans cette œuvre singulière, Olga Pashchenko s’est fondue dans l’ensemble pour assurer la basse continue, illustrant une tension fascinante entre les styles français et italien. Si l’on aurait pu souhaiter une interprétation plus incisive, la pièce a confirmé l’indépendance stylistique du fils aîné de Bach. Le changement d’atmosphère fut radical avec le Concerto Wq. 23 de Carl Philipp Emanuel Bach, où la soliste a livré une prestation d’une précision remarquable, magnifiée par la souplesse de l’orchestre.
La seconde partie a marqué le passage au pianoforte pour le célèbre Concerto n° 23 en la majeur, KV 488 de Wolfgang Amadeus Mozart. Dirigeant depuis le clavier, Olga Pashchenko a fait preuve d’une affinité stylistique bouleversante, particulièrement dans un Adagio d’une intensité rare. La présence attentive des élèves du collège André Maurois de Menton a témoigné de l’impact immédiat de cette musique, une expérience prolongée avec légèreté par une dégustation offerte par le glacier Rossi Monaco.
Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano en ré majeur D. 850. Robert Schumann (1810-1856) : Waldszenen op. 82 ; Drei Phantasiestücke op. 111. Can Çakmur, piano. 2023/24. Notice en anglais, en allemand et en français. 69’ 14’’. SACD BIS-2760.
Un début de cycle peut en cacher un autre. Treize ans après leur départ pascal pour Baden-Baden, le Philharmonique de Berlin revenait au Manège des rochers (Felsenreitschule) sous la baguette d’un Kirill Petrenko toujours aussi sidérant. Sur le plateau, la proposition de Kirill Serebrennikov, bien que clivante, n’en est pas moins enthousiasmante.
Si l’aspect cyclique du Ring n’est habituellement mis en exergue qu’à la fin du Crépuscule des Dieux, le parti pris du Ring de Serebrennikov l’exacerbe dès le prologue de la Tétralogie, dont chaque opéra aura lieu sur un continent différent. Ainsi, une catastrophe mondiale a eu lieu en préambule et, sur un continent africain désormais désertique et couvert par endroits de coulées de lave, le reste de l'humanité s’est organisé en différentes tribus. À l’instar des Wälsungen, ne touchant jamais le sol et ayant conservé quelques réserves d’eau ainsi qu’un ersatz de maîtrise technologique, leur permettant d’alimenter péniblement un arbre. À l’inverse, Nibelungen et géants arpentent désormais une terre aride en tentant de s’accaparer ces ressources.
Visuellement, il faut toutefois composer avec les impératifs du Manège des rochers. Pas de proscenium, de coulisses ni même de rideau de scène. Un décor unique avec uniquement quelques accessoires scéniques pouvant être déplacés d’une scène à l’autre. Dans sa proposition visuelle, outre les éléments physiques du décor sur le plateau ainsi que les parois sculptées à même le Mönchsberg, le metteur en scène peut toutefois également compter sur huit écrans mobiles indépendamment les uns des autres, pour projeter des vidéos des personnages mais également des visuels descriptifs visant à enrichir les éboulis de lave refroidie, le tout avec un esthétisme particulièrement léché.
Dans la fosse, d’aucuns rappelleront que c’est l’apanage des plus grandes formations et chefs que de donner au public une lecture des œuvres leur conférant un nouvel éclairage. Dans cet exercice, les Philharmoniker déploient un effectif relativement modeste (six contrebasses contre huit à Bayreuth ou Bastille notamment, cinq harpes contre six habituellement). Toutefois, les dispositions acoustiques uniques de la fosse de la Felsenreitschule – la phalange n’est enfoncée que d’environ 180 cm, sans parois entre elle et les gradins, aux antipodes de la fosse du Bayreuther Festspiele – permettent au maestro Petrenko de livrer un rendu unique. La gestique est sobre, mais précise en diable, et permet de livrer une lecture, certes analytique, mais permettant surtout une construction méthodique de l’intensité dramatique de la partition. Au-delà des leitmotivs, c’est une myriade de détails de cette partition qui deviennent soudain saillants, sans que les effets d’ensemble n’en pâtissent, avec des reliefs exceptionnels.
Renaud Capuçon fait l'évènement avec son enregistrement des Sonates et Partitas de Bach (DGG). En plein festival de Pâques, Renaud Capuçon a trouvé le temps de s’isoler pour nous confier son témoignage sur cette expérience extraordinaire.
"Ce fut un moment exceptionnel où j’étais seul face à Bach et à Dieu."
Comment s’est développé votre travail sur les sonates et partitas ?
L’interprétation de Bach a beaucoup évolué, des styles différents s’y répondent. Pour ma part, je travaille ces pages pour moi-même depuis des décennies mais étais décidé à ne révéler mon travail qu’une fois que j’aurais trouvé le résultat adéquat. Je souhaitais réaliser un retour à l’essentiel, retrouver au sens noble du terme une vraie authenticité. C’est la musique la plus pure au monde : à ce titre Bach me donne l’impression d’être un kiné de l’âme. Il vous remet en place spirituellement.
Votre vision actuelle reflète des expériences très variées
Cet enregistrement est la synthèse des expériences accumulées : nous avons joué les Concertos Brandebourgeois avec l’orchestre de Lausanne, j’ai écouté ici à Aix toutes les Passions qu’on a données, avec une diversité de style étonnante.
Mon expérience de direction m’a aidé à m’élever au-dessus des contraintes techniques de l’instrument. Je pouvais atteindre une sorte de hauteur de vue face aux aspérités du discours qui me permet de prendre de la distance. Je voulais retrouver une pureté absolue comme celle de l’eau qui sort de la roche dans mes montagnes de Savoie.
J’ai attendu, accumulant les expériences mais depuis 5 à 6 ans, je sens que je sais ce que je veux faire. J’avais besoin de ressentir une sérénité intérieure pour être capable de me sentir réellement libre. Encore fallait-il sauter le pas vers l’enregistrement. J’ai joué une fois ces pages sur deux violons différents comme pour vivre un moment intime. Je recherchais un certain type de balance que je n’aurais pas trouver sans mon expérience de direction.