East Meets West : Anne-Sophie Mutter révèle quatre de ses commandes inédites au disque

Aftab Darvishi (née en 1987) : Likoo - Unsuk Chin (née en 1961) : Gran Cadenza – Jörg Widmann (né en 1973) : Studie über Beethoven (String Quartet N°6) – Thomas Adès (né en 1971) : Air – Homage to Sibelius for violin and orchestra. Anne-Sophie Mutter, Nancy Zhou et Ye-Eun Choi, violons, Muriel Razavi, alto, Pablo Ferrández, violoncelle. London Symphony Orchestra sous la direction de Thomas Adès. Texte de présentation en français, anglais et allemand. 61’17. ASMForteForward.
Anne-Sophie Mutter ne cesse de susciter de nouvelles partitions. Et voici qu’après la vague de Lutoslawski, Penderecki, Rihm ou Dutilleux, elle décide de créer une collection qui reprend ses autres commandes et créations dont voici la première livraison consacrée à quatre compositeurs.
Likoo d’Aftad Darvishi, une compositrice irano-néerlandaise, est inspirée d’un type de poésie de la tradition baloutche qui évoque une perte. Cette triste méditation a pris pour la compositrice une signification supplémentaire quand elle a été enregistrée le 25 juin 2025, au cœur des bombardements de son pays par Israël.
Gran Cadenza pour deux violons d’Unsuk Chin, loin d’être une improvisation comme la plupart des cadences est plutôt le rendu presqu’antagoniste des interactions des deux violons (le second violon est tenu par Nancy Zhou) qui, partis de Bach stimulent leur propre univers.
On connaît la fascination de Jörg Widmann pour la musique de Beethoven qu’il aime accaparer dans son contenu réel pour le soumettre à un imparable jeu de sollicitations, image a posteriori des difficultés que la partition représentait pour ses premiers exécutants. Ici, il se réfère aux grognements de Schuppanzigh, créateur de nombreux quatuors du maître, sur les côtés inabordables de certains effets du compositeur. Dans Studie über Beethoven (Quatuor à cordes n°6), Widmann les prend pour prétexte pour développer une série de 11 mouvements contrastés où la forme, selon ses dires, semble résulter de l’énergie interne des sons : une sorte de processus autogénérateur bien dans la ligne de son éternel dialogue avec Beethoven dont il cite fugitivement quelques allusions mélodiques.
Air, hommage à Sibelius pour violon et orchestre, de Thomas Adès,composé au cours du confinement du covid, résulte d’une commande de Roche, conjointement avec Mutter, Carnegie Hall et l’Orchestre Symphonique de Boston. Sa composition a été précédée d’une longue conversation téléphonique entre la violoniste et le compositeur qui ne se sont pas rencontrés durant le processus de composition. L’œuvre dégage paradoxalement une fascinante impression de rêverie intemporelle avec de longues lignes mélodiques dans l’aigu qui créent un climat d’apesanteur qui mène à une sérénité étale.
Ce qui frappe dans ces enregistrements, c’est l’incroyable engagement de Mutter à nous faire pénétrer au cœur de quatre démarches créatrices tout-à-fait différentes même si elles dégagent toutes un évident sentiment de nostalgie. Mais comme elle dit elle-même, un projet d’enregistrement est un début, pas une fin. C’est le message qu’elle n’a cessé de nous donner tout au long d’une carrière déjà très riche et dont elle fête le 50e anniversaire. Bravo Madame et merci.
Son 9 Livret 10 Répertoire 10 Interprétation 10