Ils se sont tous bien amusés : Falstaff à Liège

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Oui, ils se sont bien amusés, tous ceux qui ont conçu ce Falstaff qui nous a tant amusés nous aussi !

Voilà un compositeur qui aura bientôt 80 ans, mais qui s’estime encore, je le cite, « plein de sève et de joie de vivre ». Giuseppe Verdi a connu les plus grands succès avec des œuvres tragiques, il rêve à présent d’un livret comique. Et pourquoi pas un Shakespeare, cet auteur qu’il affectionne tant, que sa musique a exalté dans ses Macbeth et Otello -il y avait encore le désir, qui ne sera jamais assouvi, d’un « Roi Lear ».

Mais pour concrétiser ce rêve, il faut un livret : Arrigo Boito va puiser son inspiration dans deux pièces de Shakespeare : « Henri IV » et « Les Joyeuses Commères de Windsor ». Il en réalise une adaptation magistrale, il en fait une œuvre unique focalisée sur le « pancione », le pansu. Une farce subtile dans sa progression et ses tonalités : oui, « le gros », caché dans un panier à linge, est jeté dans les eaux boueuses de la Tamise, mais ce « gros » a de jolis états d’âme existentiels.

Falstaff est donc l’heureuse conclusion d’un long parcours. Oui, Verdi a réussi ce que Boito lui proposait : « Après avoir brisé tous les cris et les gémissements du cœur humain, [finir] avec un énorme éclat de rire ». Oui, Verdi et Boito se sont bien amusés.

Voilà qu’après tant d’autres, Jacopo Spirei décide de mettre en scène l’histoire de ce personnage énoooooorme qui, se croyant rusé, se retrouve dupé par celles dont il prétendait obtenir les faveurs et l’argent. Tel est pris qui croyait prendre, rira bien qui rira le dernier.

Des partitions avec le Centre de Musique Baroque de Versailles

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Le Centre de Musique Baroque de Versailles nous gratifie d’une collection soignée d’ouvrages du patrimoine français des 17ème et 18ème siècles. Huit collections composent ce catalogue, agrémenté de deux collections critiques consacrées, l’une aux œuvres complètes de compositeurs, et l'autre aux œuvres remarquables de l’histoire de la musique française. Première incursion pour Crescendo dans cette redécouverte d’un répertoire unique et central dans l’évolution de la musique classique.

Entretien avec le pianiste Jean-Paul Gasparian

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Né en 1995 en France, Jean-Paul Gasparian est déjà incontournable dans le paysage pianistique européen. Au printemps 2023, il a fait paraître son cinquième album. Cet enregistrement consacré à Debussy a été primé d’un Millésime 2023 de Crescendo Magazine.  Rencontre avec ce musicien passionnant. 

Il y a quelques mois vous avez sorti un disque consacré à Debussy. Après vous être consacré à Rachmaninov et Chopin, qu’est-ce qui vous a attiré vers le maître français ? 

Il est vrai qu'après quatre enregistrements dédiés au répertoire russe et romantique, j'ai eu envie de présenter une autre facette de mon jeu et de ma personnalité musicale, tout en choisissant un compositeur qui me définit au même titre que Chopin ou Rachmaninoff. De ce point de vue, le choix de Debussy s'est imposé comme une évidence. En effet, c'est un compositeur que je fréquente depuis mon plus jeune âge -c'est d'ailleurs, de loin parmi les compositeurs français, celui que j'ai le plus joué jusqu'à présent. D'autre part, en une dizaine d'années d'études, j'ai eu le privilège d'approfondir l'œuvre de Debussy auprès de professeurs qui en ont une connaissance incomparable et qui m'ont transmis un héritage pianistique issu de différentes lignées de ce que l'on appelle "l'école française" (concept qui recouvre naturellement des différences significatives, au même titre que "l'école russe"). Plusieurs de mes professeurs ont ainsi été membres de la classe de Pierre Sancan par exemple, lui-même élève d'Yves Nat, quand d'autres ont étudié auprès de Vlado Perlemuter, disciple de Cortot et proche de Ravel comme chacun sait. Qu'il s'agisse des Préludes ou des Estampes, l'étude de ces pièces au contact de personnalités aussi fortes et diverses que Jacques Rouvier, Olivier Gardon, Michel Béroff, ou encore Michel Dalberto -qui ont tous enrichi la discographie debussyste de passionnants enregistrements, voire d'intégrales- a constitué pour moi un apport inestimable qui a indéniablement déterminé et enrichi ma propre vision interprétative. Ce disque est donc à la fois une bifurcation et un retour aux sources.

Le rapport au son de Debussy est assez spécifique. Comment l'envisagez-vous ? Comment vous positionnez-vous par rapport à sa vision ?

De nombreux témoignages convergent vers cette idée que Debussy "caressait" le piano lorsqu'il jouait. La lourdeur, la pesanteur et la dureté lui étaient absolument étrangères. Évoquant la texture orchestrale de Rondes de printemps (dont mon père a signé la transcription pour piano seul, éditée chez Durand, qui clôt le programme du disque), Debussy explique qu'elle est "légère comme une main de femme". Il dit ailleurs, toujours à propos de Rondes : "La musique de ce morceau a ceci de particulier qu’elle est immatérielle, et qu’on ne peut, par conséquent, la manier comme une robuste symphonie qui marche sur ses quatre pieds." Bref, mon objectif, pour se rapprocher autant que possible de cet idéal sonore debussyste, était en quelque sorte d'abolir la sensation de l’attaque, d'estomper la mécanique, de trouver la plus grande variété possible de nuances douces, du mezzo piano au triple piano. En somme, d'obtenir un son de piano qui soit le moins pianistique possible. Il est évident que sur nos instruments actuels, dont la puissance et la capacité de projection sont incommensurables aux instruments de l'époque de Debussy, tout ceci relève de la gageure. Il ne m'appartient évidemment pas de juger moi-même du degré de réussite de l'entreprise, mais tel était, en tout cas, mon aspiration !

Une soprano, un baryton, un piano : patchwork de rares mélodies inspirées par Shakespeare

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Sounds and Sweet Airs. A Shakespeare Songbook. Mélodies de John Ireland (1879-1962), Ralph Vaughan Williams (1872-1958), Ernest John Moeran (1894-1950), Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968), John Christopher Smith (1712-1795), Sir Michael Tippett (1905-1998), Thomas Augustine Arne (1710-1778), Ivor Gurney (1890-1937), Sir Hubert Parry (1848-1918), Joseph Haydn (1732-1809), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Hugo Wolf (1860-1903), Peter Cornelius (1824-1874), Cheryl Frances-Hoad (*1980), Hannah Kendall (*1984), Francis Poulenc (1899-1963), Benjamin Britten (1913-1976), Arthur Honegger (1892-1955), Frank Bridge (1879-1941), Madeleine Dring (1923-1977), John Dankworth (1927-2010), Mervyn Horder (1910-1997), Samuel Coleridge-Taylor (1875-1912), Amy Beach (1867-1944), Roderick Williams (*1965), Sir Arthur Sullivan (1842-1900). Carolyn Sampson, soprano. Roderick Williams, baryton. Joseph Middleton, piano. Juin 2022. Livret en anglais, allemand, français (paroles en langue originale, traduction en anglais). TT 85’15. BIS-2653

Moisson d'hiver chez Breitkopf & Härtel : Strauss, Rachmaninov et Sibelius

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Richard Strauss (1864–1949) : Don Quixote, Op. 35, TrV 184. PB 5719 ISMN: 979-0-004-21656-9

Après une édition révisée de la Symphonie Alpestre, Breitkopf & Härtel poursuit son travail sur Richard Strauss avec les variations fantastiques sur un thème chevaleresque  Don Quixote. L’éditeur nous précise fièrement qu’il s’agit de la première édition Urtext depuis la première édition originale de Don Quixote.

Cette nouvelle édition est établie par Nick Pfefferkorn, est basée sur de nombreuses sources dont le manuscrit conservé aux Archives Strauss de Garmisch Partenkirchen et d’autres sources imprimées dont des matériels d’orchestres qui ont été utilisés par Strauss lui-même et dont certains comportent des annotations et des précisions. 

Cette nouvelle édition permet de corriger les nombreuses erreurs connues et de clarifier des interrogations qui sont toutes expliquées dans l'appareil critique. Un gros travail a ainsi été effectué sur les parties de bois sur base des indications du manuscrit et qui sont ainsi rétablies pour la première fois.  

Cette nouvelle édition est accompagnée d'une réduction pour piano des passages orchestraux les plus importants afin de faciliter l'étude des parties solistes de violoncelle et d'alto. 

On rappellera aussi que le compositeur aurait souhaité que son Don Quixote soit toujours programmé avec son Heldenleben. Car il envisageait cette partition comme “pleinement compréhensible qu'avec Heldenleben”. Il faut hélas constater que c’est rarement le cas au concert et au disque ! 

Deuxième soirée Tchaïkovski au Luxembourg

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Quand on a la chance d’entendre un orchestre de grande qualité, une soirée n’est jamais suffisante. Cela, la Philharmonie du Luxembourg l’a très bien compris. Comme ce sera le cas pour le London Symphony Orchestra et Sir Simon Rattle dans quelques jours, l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig et Andris Nelsons nous ont proposé deux soirées d'exception avec deux programmes différents. Désireux de rendre hommage au génie de Piotr Ilitch Tchaïkovski, l’orchestre allemand lui a consacré l'entièreté des deux soirées. 

Vous pouvez retrouver le commentaire de Thimothée Grandjean sur le premier soir ici. En guise d’ouverture, nous avons pu entendre la ballade symphonique Le Voiévode. Composée en 1890, l'œuvre déçut le compositeur russe qui détruisit la partition. Heureusement, le matériel d’orchestre lui a survécu. Bien qu’incomparable aux plus grandes pages du maître, l'œuvre est très agréable et fut une belle entrée en matière pour l’orchestre allemand. Malgré quelques légers balbutiements dans l’harmonie, les musiciens ont tout de suite fait montre de leur immense talent. Du pianissimo le plus doux et léger au fortissimo le plus ample et majestueux, la palette des nuances explorées par Andris Nelsons et son orchestre semble infinie. Pour preuve, le diminuendo final tout bonnement exceptionnel réalisé par l’orchestre. Nous en venons à sentir le son plus qu'à l'entendre. Pour compléter cette première partie extraordinaire, l’orchestre allemand a interprété l’Ouverture Hamlet, fantaisie d’après Shakespeare composée en 1888. Quand résonne le dernier roulement de timbales, une pensée s’impose : l’orchestre n’est qu’un seul instrument manié avec brio par le chef letton. Les timbres se mélangent parfaitement, la balance est un équilibre parfait, la précision est à toute épreuve. 

Manrico Padovani met sa virtuosité au service de Paganini

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Niccolò Paganini (1782-1840) : Concertos pour violon et orchestre n° 1 en ré majeur, op. 6 M.S. 21 et n°2 en si mineur op. 7 M.S. 48 ; Sonate avec variations pour violon et orchestre d’après un thème de Joseph Weigl, M.S. 47. Manrico Padovani, violon ; Orchestre Philharmonique d’Olténie et Orchestre Philharmonique Seoul Güri, direction Boris Perrenoud ; Orchestre de la Radio suisse italienne, direction Howard Griffiths. 2012 et 2014. Notice en allemand et en anglais. 77’09’’. ArS 38 654.

Tchaïkovski mis à l’honneur par le Gewandhausorchester de Leipzig.

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Ce mercredi a lieu le premier des deux concerts de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig à la Philharmonie du Luxembourg. Ils sont placés sous la baguette de leur directeur musical, Andris Nelsons. Les deux concerts mettent un compositeur à l’honneur : Piotr Ilitch Tchaïkovski. Pour ce premier concert, Leonidas Kavakos se joint à la fête. Au programme de cette première soirée, deux œuvres : le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35 et la Cinquième Symphonie en mi mineur, op. 64.

Le concert débute avec une de œuvre phare du répertoire : le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35 de Tchaïkovski. Cette pièce exaltante, composée en 1878, est l’une des plus virtuoses et redoutées du répertoire violonistique. Son exécution demande une grande précision et une musicalité exacerbée. Le soliste du soir se confrontant à ce mastodonte est le violoniste grec Leonidas Kavakos. Après une introduction orchestrale nous plongeant immédiatement dans la pièce, le soliste fait son entrée. Le début est quelque peu fébrile et la projection du son n’est pas totalement optimale. Mais ce n’est que de courte durée, après quelques mesures, Kavakos plonge dans la pièce et livre une prestation de haut niveau. D’ailleurs la cadence du premier mouvement est impressionnante. Le silence régnant dans la salle pendant celle-ci est tout aussi impressionnant. La Canzonetta est un moment suspendu dans le temps grâce à l’interprétation sensible et musicale du soliste. L’Allegro vivacissimo est quant à lui débordant d’une énergie maîtrisée et au service de l’œuvre. Cela dit, il faut souligner le rôle important de l’orchestre. Les musiciens portent une grande attention au jeu du soliste. La connexion entre le concertmeister et le soliste en est la preuve. Au niveau des nuances, le soliste n’est jamais couvert par l’orchestre. Andris Nelsons guide l’orchestre avec brio tout en laissant Kavakos déployer son talent. Dès la fin de la pièce, le public acclame la prestation plus que réussie de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig et Leonidas Kavakos. Ce dernier livre en bis le sublime Andante de la Sonate N°2 en la mineur, BWV 1003 de Jean-Sébastien Bach. Suite à cette interprétation, le public se lève unanimement pour applaudir violoniste.