Le Dowland sévère et inventif de Jonas Nordberg

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Lessons. John Dowland (1563-1626) : Prelude P 98 ; A Fancy P 73 ; The Frog Galliard P 23a ; Farewell P 4 ; A Fancy P 6 ; The Most Sacred Queen Elizabeth, Her Galliard P 41 ; Forlorn Hope Fancy P 2 ; The Right Honourable Ferdinando Earl of Derby, His Galliard P 44a ; Loth to Depart P 69 ; Can She Excuse P 42 ; Solus Cum Sola P 10 ; Sir John Smith, His Almain P 47 ; Orlando Sleepeth P 61 ; Lady Hunsdon’s Puffe P 54 ; Semper Dowland Semper Dolens P 9 ; The Most High and Mighty Christianus the Fourth, King of Denmark, His Galliard P 40 ; A Fantasie P 1a ; Piper’s Pavan P 8 ; A Fancy P 5 ; Lachrimae P 15 ; Galliard to Lachrimae P 46. Jonas Nordberg, luth. Livret en anglais, allemand, français. Mars 2021.  72’16 .  BIS 2627

Le conte est bon : « L’Amour des trois oranges » de Sergueï Prokofiev à l’Opéra National de Lorraine

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A l’Opéra National de Lorraine, avec L’Amour des trois oranges, c’est un joyeux moment que les spectateurs sont invités à vivre et à partager, grâce, mais oui, à une musique de Sergueï Prokofiev fidèlement servie par Marie Jacquot, grâce à l’inventivité souriante d’Anna Bernreitner, la metteure en scène, grâce à des interprètes au diapason.

Il faut immédiatement souligner que le livret, inspiré d’une pièce de Carlo Gozzi, est un excellent point de départ pour pareille joyeuse entreprise. Ce jeune prince-là, désespérément hypocondriaque, ne rit jamais. Faisant le désespoir de ceux qui l’aiment (son père le Roi de Trèfle, le mage Tchélio et le jongleur Truffaldino). Suscitant les ambitions de ceux qui veulent le supplanter (notamment la sorcière Fata Morgana). Mais voilà qu’une chute ridicule de la sorcière fait éclater de rire le triste prince. Anathème furieux de celle-ci : « Jour et nuit, tu chercheras les trois oranges ! ». Le prince trouvera évidemment les oranges et s’en emparera malgré leur gardienne, la terrible Créonte. Une de ces oranges se métamorphosera en ravissante Princesse Ninette, quand même temporairement transformée en rat avant de retrouver ses belles apparences. Tout est bien qui finit bien : les méchants s’enfuient, les beaux jeunes gens convolent en justes noces. 

Et voilà que Prokofiev, oui le sérieux Prokofiev, compose une partition pour ce joli conte ! Une partition absolument savoureuse, inventive, drôle, décalée dans ses déploiements orchestraux, instrumentaux et vocaux. L’écouter, c’est déjà sourire, d’autant que Marie Jacquot la sert au mieux avec l’Orchestre et le chœur de l’Opéra National de Lorraine. 

Anna Bernreitner l’a mise en images scéniques. De façon tout aussi bienvenue. Puisque Roi de Trèfle il y a, son château nous apparaîtra comme un… château de cartes ! Un plateau tournant fera apparaître et disparaître les personnages dans des décors comme en papier mâché. Les costumes et déguisements seront de cet acabit-là : le manteau à très longue traîne du roi, le petit short en simili cuir de Truffaldino, et surtout les trois princesses en oranges à éplucher. Le tout bien réglé, chorégraphiquement rythmé.

Une belle farce ? Oui et non : en effet, un Prologue nous fait assister à la dispute entre les Tragiques, les Comiques, les Lyriques et les Ridicules, désireux bien sûr de s’imposer chacun dans le récit qui va suivre, et qui d’ailleurs, installés sur des sortes de balcons, en seront comme les manipulateurs tout à tour victorieux et défaits. Si farce il y a, moments tragiques et moments lyriques ne manquent pas… mais passés au tamis de l’humour. Même si, petit bémol pour moi, le choix dramaturgique de cette « distanciation » liée aux observateurs-manipulateurs en combinaisons blanches de laboratoire, là-haut, ne convainc pas vraiment, n’ajoutant pas grand-chose au propos, nous distrayant même du carnaval d’en-bas.

A Genève, un magnifique Orchestre du Concertgebouw 

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Dans le cadre de sa 74e saison, le Service Culturel Migros invite une formation prestigieuse, le Royal Concertgebouw Orchestra, à venir en Suisse pour trois concerts à Berne, Zürich et Genève.

Sous la direction de l’un de ses chefs invités régulièrement, Daniel Harding, ce magnifique ensemble affiche d’emblée cette onctuosité des cordes et cette ampleur de phrasé dans l’introduction du Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.77 de Johannes Brahms qui a pour soliste le violoniste grec Leonidas Kavakos. Ses premières interventions produisent un son serré qui manque d’ampleur dans le cantabile mais qui se corse progressivement avec quelques traits à l’arraché contrastant avec des pianissimi presque imperceptibles. La cadenza rédigée par Joseph Joachim fait chanter les doubles cordes et les portamenti avant de céder la place à un solo de hautbois admirable qui expose le thème de l’Adagio. Le violon se confine dans un ton méditatif qui s’assombrira d’inflexions tragiques que le Final édulcorera avec cette effervescence tzigane requérant du soliste une virtuosité échevelée que les cuivres auraient tendance à couvrir. En bis, Leonidas Kavakos propose un Bach insolite qui recherche l’épure totale.

César Franck, les « douze pièces » pour orgue, par et autour de Joris Verdin

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César Franck (1822-1890) : Six Pièces. Trois Pièces. Trois Chorals. Joris Verdin, Cindy Castillo, Bart Verheyen, orgue. Livret en français, anglais, néerlandais, allemand. Avril 2022. TT 58’38 + 76’09. Musique en Wallonie MEW 2203

César Franck (1822-1890) : Six Pièces. Trois Pièces. Trois Chorals. L’Organiste. Pièces pour orgue et harmonium. Joris Verdin, harmonium et orgue. Livret en anglais et français. Février 1990, Septembre 1998, Septembre 1999, Mai 2011, réédition 2022. TT 06h44’’. Ricercar RIC 441

Fables de La Fontaine et de Clérambault, en savoureux compagnonnage

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Les Fables de La Fontaine. Œuvres de Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749), François Couperin (1688-1733), Etienne Moulinié (1599-1676), Louis de Caix d’Hervelois (1677-1759), Gabriel Bataille (1574-1630), Michel Lambert (1610-1696), Jean-Baptiste Lully (1632-1687) et Antoine Boësset (1587-1643). Marie-Claude Chappuis, mezzo-soprano ; Thierry Péteau, comédien ; La Chapelle Harmonique, direction Valentin Tournet. 2021. Notice en français et en anglais. Textes des fables revisitées, avec traduction anglaise. 69.00. B-Records LBM046.

Duo orgue et percussion en pré-ouverture du Festival Rainy Days à Luxembourg

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Le Festival Rainy Days se tient une nouvelle fois à la Philharmonie du Luxembourg. Mettant l’accent sur les musiques contemporaines, la version 2022 du Festival a pour devise “out of this world” (“hors de ce monde”). Les musiciens nous invitent pour un voyage imaginaire dans des sphères lointaines.

Si l’ouverture du festival aura lieu le 17 novembre avec la représentation de Subnormal Europe, nous avons pu en avoir un avant-goût avec la pré-ouverture prise en charge par Christian Schmitt à l’orgue et Christoph Sietzen à la percussion.

Si l’association des deux instruments peut surprendre, il n’a pas fallu longtemps pour que le public soit convaincu. Une première note dans les tréfonds de l’orgue fait vibrer les auditeurs, tandis que, quelques instants plus tard, un roulement au xylophone d’une vélocité et d’une douceur incomparable se glisse dans le son magistral de l’orgue comme s’ils ne faisaient qu’un. Nous voyons deux instrumentistes mais n’entendons qu’une seule voix. Composée en 1978 dans un contexte soviétique tendu, Detto I de Sofia Gubaidulina est une œuvre magistrale de 22 minutes cherchant à confronter deux contraires et à les faire se rencontrer. Christian Schmitt et Christoph Sietzen magnifient l'œuvre et leurs instruments respectifs. Le percussionniste luxembourgeois parvient à faire sortir des sons hors du commun d’instruments pourtant bien connus du grand public, tels que les timbales ou le xylophone.

Après cette pièce riche en découvertes, nous avons entendu deux œuvres pour solistes. Thirteen Drums de Maki Ishii et la Passacaglia BWV 582 de Johann Sebastian Bach. Deux pièces que tout oppose, si ce n’est la qualité de leur interprétation en ce mardi soir. Christophe Sietzen allie puissance, vélocité et précision. Bien que quelques clics de baguettes se glissent ci et là, le percussionniste impressionne par son apparente aisance. Ses mouvements fluides et ininterrompus sont tout aussi envoûtants que le son poignant que parvient à créer Christian Schmitt à l’orgue. L’interprétation est propre et ne laisse personne indifférent. La qualité de l’instrument y est pour autant que celle de l’instrumentiste. Celui-ci en est d’ailleurs bien conscient, et remercie autant les applaudissements fournis du public que l’orgue magistral qui se tient derrière lui.

Harmoniemusik à la Cour de Bonn à l’ère du jeune Beethoven

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Edition Hofkapelle 1. Harmoniemusik. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Octuor pour vents en mi bémol majeur, Op. 103 ; Sextuor pour vents en mi bémol majeur, Op. 71 ; Rondino en mi bémol majeur, WoO 25. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : Richard Cœur-de-Lion, Suite no 2 [arrgmt Franz Ehrenfried]. Joseph Reicha (1752-1795) : Sextuor pour vents en mi bémol majeur. Lorenzo Coppola, Bonner Hofkapelle (membres de l’Orchestre Beethoven de Bonn). Keita Yamamoto, Suzanne van Zoelen Lucker, hautbois. Hans-Joachim Mohrmann, Florian Gyssling, clarinette. Daniel Lohmüller, Rohan Richards, cor naturel. Yuto Suzuki, Henning Groscurth, basson. Frank Geuer, contrebasse. Livret en anglais, français, allemand. Janvier et mai 2021. TT 72’17. SACD MDG 938 2250-6