Récital de clavecin contemporain, en solo ou avec électroacoustique

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« Musique ? » Modern and electro-acoustic works for harpsichord. Tōru Takemitsu (1930-1996) : Rain dreaming ; Henry Cowell (1897-1965) : Set of four ; Kaija Saariaho (*1952) : Jardin secret II ; Gavin Bryars (*1943) : After Handel's Vesper ; Anahita Abbasi (*1985) : Intertwined distances ; Luc Ferrari (1929-2005) : Programme commun « Musique socialiste ? ». Mahan Esfahani, clavecin. Livret en anglais, français, allemand. Juillet 2019. TT 79’52. Hyperion CDA68287

L’Ange de feu de Prokofiev dans la mise en scène romaine d’Emma Dante

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Serge Prokofiev (1891-1953) : L’Ange de feu, opéra en cinq actes, op. 37. Ewa Vesin (Renata), Leigh Melrose (Ruprecht), Anna Victorova (L’aubergiste), Mairam Sokolova (La diseuse de bonne aventure, La Mère supérieure), Sergey Radchenko (Agrippa de Nettesheim), Andrii Ganchuk (Faust, Le Serviteur), Maxim Paster (Méphistophélès), Goran Juric (L’Inquisiteur), Domingo Pellicola (Jacob Glock), Petr Sokolov (Mathias Wiesmann) ; Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Rome, direction Alejo Pérez. 2019. Notice (avec synopsis) en anglais et en italien. Pas de livret. Sous-titres en anglais, allemand, italien, japonais et coréen. 133.00. Un DVD Naxos 2.110663. Aussi disponible en Blu Ray.

Dossier Schumann (I) : le symphoniste

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Crescendo Magazine reprend l'un de ses grands succès : le dossier Schumann qui avait été publié dans ses éditions en papier. La première étape de ce parcours est une évocation de Schumann en symphoniste par Harry Halbreich.

L'orchestre de Schumann: quel abondant sottisier au dictionnaire des idées reçues!… Il ne savait pas orchestrer, il manquait de formation et de connaissances en la matière, son orchestre sonne mal, regorge de gaucheries et de maladresses… Holà, un peu d'ordre dans tout cela! Et tout d'abord, s'il est exact que Schumann compositeur fut presque un autodidacte, si ses études d'écriture, tôt interrompues, ne durèrent qu'une année, rappelons que l'orchestration ne fit pas partie du curriculum des conservatoires avant le vingtième siècle, que cela s'apprenait "sur le tas", et que personne, et pour cause, n'a jamais pu lui reprocher de manquer de maîtrise du contrepoint ou de l'harmonie. 

Il est vrai que l'on naît avec le don de l'écriture orchestrale, et que Schumann, dans ce domaine, n'eut jamais l'éclat et l'audace d'un Berlioz, ni la parfaite élégance et la transparence de son ami Mendelssohn. Mais il admira sa vie durant, avec une pointe d'envie, la prodigieuse aisance et la facilité d'écriture de ce dernier, sans égale depuis Mozart. Et quant à Berlioz, la palette expressive de Schumann n'appelait ni ne nécessitait des couleurs comparables. Et puis, Berlioz et Mendelssohn furent sans doute les plus grands chefs d'orchestre professionnels de leur temps, alors que l'activité, d'ailleurs tardive, de Schumann dans ce domaine devait s'avérer paradoxalement plutôt un obstacle qu'un adjuvant, comme nous le verrons. Il reste que l'orchestre de Schumann est très exactement celui de sa musique, et non point quelque brillant habit extérieur et autonome, comme chez Rimsky-Korsakov, par exemple. Il est difficile à bien faire sonner et exige des chefs d'orchestre particulièrement sensibles et attentifs? Certes, mais il ne "sonne" certainement pas plus mal que celui de Brahms, et nettement mieux que celui de César Franck. Au vingtième siècle, celui d'Arthur Honegger, et surtout de Paul Hindemith, posent des problèmes semblables: compacité, voire opacité, excès des "doublures", empâtement des registres graves, autant de défauts évidents. Oui, l'orchestre de Schumann est un orchestre qu'il faut "aider". Mais en commençant par respecter ses exigences propres.

Prenons pour modèle l'Orchestre que dirigeait Mendelssohn, celui du Gewandhaus de Leipzig, pour lequel les œuvres de Schumann ont été conçues au départ. Nous avons des documents tant écrits que picturaux en la matière: trente à trente-cinq archets au maximum, jouant debout, et avec des cordes en boyaux, un total de cinquante à soixante instrumentistes. Respectez ce nombre, respectez les sonorités d'époque, et tout soudain nous aurons les nuances, les dégradés, les couleurs auxquelles nos modernes philharmonies à seize premiers violons à cordes de métal, nos cuivres volumineux, voire épais, nos contrebasses-éléphants ne peuvent atteindre. On a compris depuis quelques décennies la nature du problème pour la musique baroque, puis classique. S'il ne saurait être question de jouer Schumann avec les effectifs de Vivaldi ou de Haydn, des formations comme l'Orchestre Romantique et Révolutionnaire, l'Orchestre des Champs-Elysées ou l'Age of Enlightment ont permis de retrouver les couleurs et l'équilibre sonore auxquels pensait Schumann, au plus grand bénéfice de sa musique.

Dossier Schumann (II) : la musique de chambre

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Suite du dossier Schumann avec un article que Bernard Postiau avait consacré à sa musique de chambre. 

La nécessité du renouveau

Que n’a-t-on pas écrit sur la musique de Schumann! Une opinion fortement ancrée dans les esprits de ses contemporains, et jusqu’à aujourd’hui, veut que le compositeur de Manfred n’ait écrit de bonne musique que pianistique. Certains, et non des moindres, allèrent jusqu’à attribuer à la folie les "faiblesses" des oeuvres postérieures à l’opus 50! La folie de Schumann fut bien réelle, mais elle n’entrava son activité créatrice que dans les ultimes mois, à Endenich où il était interné. Encore n’a-t-il jamais écrit de musique sous l’emprise de la folie. Si certaines traces de "folie" sont présentes dans sa musique, elles sont le fruit d’une décision personnelle, prise par un esprit lucide: faire entrer l’auditeur dans l’univers de ses crises. 

Que ce soit dans l’ouverture de Manfred ou dans le 3e Trio, par exemple, les traces de folie qu’on y trouve sont une sorte d’illustration sonore de cet état psychique spécifiquement voulu par un Schumann en pleine possession de ses moyens lors de leur rédaction. Il suffit d’ailleurs de regarder, à l’intérieur même de ces "pièces à conviction" la structure impeccable, les innovations hardies et géniales, la maîtrise absolue d’un art arrivé à sa pleine maturité, pour saisir l’inanité de ces préjugés.

Quoi qu’il en soit, il y a généralement une incompréhension totale quant à la décision de Schumann d’abandonner, peu après son opus 20, sa fameuse Humoresque, l’écriture pianistique pour se consacrer à d’autres domaines de composition, à commencer par le lied. Celui-ci sera son moyen d’expression privilégié et quasi exclusif de l’année 1840: près de 200 mélodies qui renouvelleront le genre, orienteront son évolution et ouvriront toutes grandes les portes à Brahms et Wolf. 

Se dépasser en permanence

Il faut s’arrêter un instant sur cette volonté d’"abandonner", au moins temporairement, l’écriture pianistique, car elle explique la démarche que Schumann fera sienne quand il abordera la musique de chambre. 

Voir et revoir : quelques streamings en temps de confinement et de couvre-feu

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Pour cette semaine, nous allons à Hambourg pour un concert exceptionnel enregistré dans la grande salle de la Philharmonie de l’Elbe. On y retrouve Francesco Piemontesi, l’un des musiciens les plus doués de sa génération aux côtés du NDR Elbphilharmonie Orchester dirigé par Herbert Blomstedt. Le Concerto pour piano KV 595 et la Grande symphonie en Ut (la n°9) de Schubert sont au programme ! Du classique certes, mais une leçon de style. 

On reste à Hambourg avec de belles archives proposées par la page Youtube du  NDR Elbphilharmonie Orchester. Alors que la phalange radiophonique hanséatique célèbre cette saison ses 75 ans, elle met à disposition du public des concerts sous la baguette d’Hans Schmidt-Isserstedt (son fondateur) ou du légendaire Günter Wand. Certes, on ne quitte pas les rives du grand répertoire allemand : Beethoven ou Bruckner, mais l’excellence est au rendez-vous. 

Trompette concertante avec Marc Geujon 

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Jan Křtitel Jiří Neruda (1708-1780) : Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur : Christian Gouinguené (né en 1941)  : Concerto pour trompette et orchestre en Ut majeur ; Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur ; Johann Nepomuk Hummel ( 1778-1837) : Concerto pour trompette en mi majeur. Marc Geujon, trompette ; Orchestre symphonique de Mulhouse, Jacques Lacombe. 2020. Livret en français et anglais. 66’25’’. INDE145. 

L’hommage posthume de Steven Isserlis à son ami John Tavener

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John Tavener (1944-2013) :  Preces and Responses et No longer mourn for me, arrangements pour huit violoncelles par Steven Isserlis ; La mort d’Ivan Ilyich, monodrame pour baryton-basse et orchestre ; Mahámátar, pour voix de femme orientale, chœur et orchestre ; Popule meus, pour violoncelle et orchestre. Steven Isserlis, violoncelle ; Matthew Rose, basse ; Abi Sampa, chanteuse soufie ; Sept violoncellistes ; Trinity Boys Choir ;Phil direction Omer Meir Wellber. 2017 et 2019. Notice en anglais, en français et en allemand. 71.57. Hyperion CDA68246.

Andris Nelsons, le brucknérien terrestre

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Richard Wagner (1813-1883) : ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg ; Anton Bruckner (1824-1896) :  Symphonie n°2 en Ut mineur WAB 102 (Version 1877, Edition William Carragan, 2007) ; Symphonie n°8 en Ut mineur WAB 108 (Version 1890, Edition Leopold Nowak). Gewandhausorchester Leipzig, Andris Nelsons. 2019. Livret en allemand et anglais. DGG.