Beethoven par Raphaël Pidoux et Tanguy de Williencourt, avec des instruments rares

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour violoncelle et piano Op. 5 ; Variations sur « Bei Männern, welche Liebe fühlen » de « La Flûte enchantée » de Mozart, WoO 46 ; Camille Pleyel (1788-1855) & Charles-Nicolas Baudiot (1773-1849) : Nocturne pour piano et violoncelle concertants, « Souvenirs de La Flûte enchantée ». Raphaël Pidoux, violoncelle ; Tanguy de Williencourt, piano. 2021. 65’25. 1 CD harmonia mundi HMM 902410.

I Lombardi alla prima crociata de Verdi à Monte-Carlo

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Malgré le durcissement des mesures sanitaires à travers l’Europe, Monte-Carlo permet toujours à un public (certes limité) d’assister à des représentations d’opéra ou des concerts. Cap aujourd’hui sur l’Opéra Garnier pour une représentation scénique du rare I Lombardi alla prima crociata  de Verdi. 

L’opéra monégasque reprend une production du Teatro Regio de Parme dans une mise en scène du regretté Lamberto Puggelli, remise sur le métier par Grazia Pulvirenti. Les décors sont de Paolo Bregni et les costumes de Santuzza Cali. L’ensemble est saisissant et rend parfaitement les facettes de cette oeuvre oubliée que Verdi composa un an après le succès de son Nabucco

Comme souvent sur le rocher, la partie musicale est des plus soignées. Rompu à la fosse, le Maestro Daniele Callegari est en complicité avec un orchestre et un choeur parfaits de style et d’engagement.  

La distribution vocale est du même niveau avec, en tête d’affiche, la soprano géorgienne Nino Machaidze. Elle fait avec cette production ses débuts à Monaco. Elle incarne "Giselda" et enflamme le public par ses immenses qualités techniques et dramatiques. Sa voix est ample et souple, un timbre harmonisé dans toutes les gammes de couleurs. 

L’art de la transcription, par Vincent Genvrin sur l’orgue de l’Auditorium de Radio France

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Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729) : Sonate en sol mineur. Richard Wagner  (1813-1883) : Prélude de Tristan & Isolde. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une Exposition. Transcriptions de Vincent Genvrin. Vincent Genvrin, orgue Grenzing de l’Auditorium de Radio France, Paris. Septembre 2019. Livret en français et anglais. TT 58’21. Radio France, Tempéraments TEM 316066.

Les Franco-Russes Festival à Toulouse

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Jusqu’au 3 avril, la troisième édition des Musicales Franco-Russes de Toulouse (www.lesmusicalesfrancorusses.fr) a bien lieu à la Halle aux Grains.
Créé en 2019 sous la direction artistique de Tugan Sokhiev, le Festival a déjà connu une existence mouvementée. En effet, si l’édition 2020 a été écourtée en raison de la pandémie, pour cette année, les organisateurs ont dû transformer l’ensemble du festival en version numérique. Sa programmation est certes allégée, mais pas l’intensité. Les quatre concerts de l’Orchestre National de Capitole de Toulouse (ONCT) diffusés en direct sur les réseaux forment le pilier de la manifestation, sans oublier des travaux de l’Académie de direction d’orchestre menée par Tugan Sokhiev et Sabrié Bekirova en partenariat avec le concours La Maestra / Philharmonie de Paris, des rencontres sur la relation entre la France et la Russie par des personnalités de différents domaines, ainsi que des conférences littéraires. Ces événements sont visibles en replay.

Le 19 mars, nous avons assisté au concert symphonique de l’ONCT à la Halle aux Grains. Le jeune chef survitaminé Maxim Emelyanychev (également claviériste) dirige sans baguette un programme Prokofiev-Attahir-Tchaïkovsky. La Symphonie classique, pour laquelle l’on met habituellement accent sur le caractère léger, presque galante, est reconsidérée par Emelyanychev comme une œuvre hyper-dynamique, débordante d’énergie. Il tire le maximum de sonorité dans chaque mouvement, jusqu’à devenir véritablement frénétique dans certains passages des mouvements rapides. Et ceux-ci sont beaucoup plus rapides que le tempo de la plupart de chefs. A dire vrai, c’est la plus rapide que nous connaissions. Le troisième mouvement est marqué par une articulation extrêmement précise ; il ne mâche aucunement les notes, va jusqu’à hacher parfois, ce qui est surprenant pour une « Gavotte », une référence indéniable à la musique de danse élégante et courtoise. Vers la fin du mouvement, les crescendi sont traités comme pour lancer des fusils ! Le final est très rythmique, et on retrouve ce sens de rythme dans la création mondiale de Benjamin Attahir.

Le violoncelle d’Estelle Revaz célèbre Genève, Frank Martin et Xavier Dayer

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Journey to Geveva. Frank Martin (1890-1974) : Concerto pour violoncelle et orchestre ; Ballade pour violoncelle et orchestre de chambre. Xavier Dayer (1972) : Lignes d’Est, pour violoncelle et orchestre. Estelle Revaz, violoncelle ; Orchestre de Chambre de Genève, direction Arie van Beek. 2020. Notice en allemand, en anglais et en français. 58.04. Solo Musica SM 345.

Conférences et masterclass, un DVD de quatre heures avec Alfred Brendel

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Alfred Brendel. My musical life. Trois conférences : Ma vie musicale ; Dernières Sonates et dernier style de Beethoven ; En jouant Mozart. Une masterclass : Trio à clavier n° 1 de Schubert. Alfred Brendel, conférencier et pédagogue ; Jan Bartoš, piano ; Trio Incendio. 2019-2020. Notice en anglais, en allemand et en tchèque. Sous-titres en anglais, en allemand et en tchèque. 253.45. Un DVD Supraphon SU 7141-3. Disponible aussi en Blu Ray.

Aline Piboule, pianiste exploratrice du répertoire 

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La pianiste Aline Piboule fait paraître un album consacré à des raretés du répertoire pianistique français composées par Gustave Samazeuilh, Abel Decaux, Pierre-Octave Ferroud et Louis Aubert. Cet album est publié par le label du Printemps des Arts de Monaco, qui, passant les difficultés, continue de proposer des parutions et des concerts alléchants malgré la situation. 

Vous publiez un album consacré à des œuvres pour piano des plus rares, de Gustave Samazeuilh, Abel Decaux, Pierre-Octave Ferroud et Louis Aubert. Comment avez-vous conçu ce programme ? 

J'adore passer des heures sur internet à chercher des musiques peu jouées, à les déchiffrer, à concevoir des programmes sortant de l'ordinaire, à mélanger classique et contemporain, à tisser des liens peu évidents au premier abord entre les oeuvres... Mais, rendons à César ce qui lui appartient : le programme de ce disque a été conçu par Marc Monnet, compositeur et directeur artistique du festival le Printemps des Arts de Monte-Carlo ! Nous avons en commun cette envie qu'il n'y ait pas de frontières dans l'écoute de la musique, d'habituer les publics à écouter de tout et à continuer de défricher des sentiers peu arpentés. Il connaissait mon intérêt tout particulier pour la musique française (trois de mes disques lui sont consacrés !) et il m'en a donc proposé l'interprétation. Le projet était un récital à l'Opéra Garnier de Monaco pour l'édition 2020 du Printemps des Arts, puis de l'enregistrer à l'Auditorium Rainier 3 quelques mois plus tard. Je connaissais certaines partitions pour les avoir écoutées il y a longtemps mais d'autres, comme les pièces de Ferroud, m'étaient totalement inconnues. Une grande découverte ! 

Ces compositeurs sont restés dans l’ombre de leurs contemporains célèbres : Ravel, Debussy, Poulenc... Quelles sont les caractéristiques stylistiques de ces différentes partitions ? 

Ces compositeurs de l'ombre participaient à la vie musicale de leur époque et ils étaient sûrement moins méconnus qu'aujourd’hui. Ils ont même sûrement influencé des confrères de leur temps que nous considérons désormais comme des génies. Je pense que leurs écrits ont tout à fait pu infuser dans d'autres partitions. 

C'est un programme très riche car ces compositeurs n'ont pas du tout le même langage ni le même univers !  La musique qui me fascine le plus sur cet album est celle de Decaux, un organiste qui n'a quasi écrit que ces Clairs de lune. Un chef-d'œuvre ! C'est une musique qui me fait penser au romantisme noir en peinture, l'ambiance est inquiétante, presque morbide. On entend tout en noir et blanc ! On est presque assourdis par les douze coups de minuit dans l'extrême grave du piano dans Minuit passe, on a la sensation affreuse d'être suivi dans La ruelle, nous nous retrouvons bien seuls dans Le Cimetière, face à cette montée extraordinaire de la lune dans le ciel, quand tout devient lumineux mais toujours en noir et blanc. Dans La mer, nous ne sommes loin d'être dans De l'aube à midi sur la mer (La mer de Debussy) avec ses multiples éclats de lumière ; ici la lune n’éclaire une mer sombre et opaque que très fugitivement. C'est l'époque de la découverte de la psychanalyse, de l'inconscient, et je ne sais pas si Decaux connaissait les écrits de Freud, mais l'univers de sa musique esthypnotique, impalpable et nous emmène dans les profondeurs. Il a été visionnaire dans son écriture quand on pense que le Pierrot lunaire de Schönberg a été écrit une dizaine d'année plus tard. Mais il ne faut pas oublier que le premier à avoir semé la graine de l'atonalisme, bien plus tôt, était Franz Liszt ! La Lugubre gondole date de 1882-83 ! Qui sait ce qu'aurait écrit Liszt s'il avait vécu encore un peu... Et qui sait, au fond, pourquoi Abel Decaux n'a pas souhaité continuer de composer après ses Clairs de lune

Dans un tout autre genre, Pierre-Octave Ferroud a écrit les trois Types qui sont des caricatures : le Vieux beau, la Bourgeoise de qualité, et le Businessman.  C'est une musique à la fois drôle dans le caractère et très complexe d'un point de vue de l'écriture !

Samazeuilh et Aubert ont écrit des musiques plus impressionnistes. Pour moi, le premier serait dans la lignée de César Franck, à la lumière orientalisante, et le deuxième de Franz Liszt. Les couleurs, la lumière, la nature priment.