Claudio Vandelli, chef d’orchestre 

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Le chef d’orchestre Claudio Vandelli est directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Würth en Allemagne avec lequel il fait paraître un enregistrement consacré à des partitions démonstratives de Brahms, mais orchestrées par Arnold Schoenberg. Claudio Vandelli revient sur cette gravure, première étape discographique d’un travail avec ce jeune orchestre.  

Votre premier album avec votre orchestre de Würth est consacré au Quatuor avec Piano de Brahms dans l’orchestration d’Arnold Schoenberg. Pourquoi avez-vous choisi cette oeuvre très démonstrative ?

Nous cherchions un répertoire qui soit intéressant pour le public et qui puisse trouver une place dans une discographie où la plupart des oeuvres connues sont déjà présentes avec un grand nombre d’enregistrements. Nous recherchions un morceau qui soit également stimulant pour les musiciens, avec beaucoup de parties solistes et qui puisse montrer les grandes qualités musicales et techniques de ce merveilleux orchestre. Enfin, pour terminer ce cahier des charges, il fallait que soit une oeuvre symphonique majeure. Le Quatuor de Brahms orchestré par Schoenberg possède toutes ces caractéristiques. C’est un peu comme une “5e symphonie de Brahms”, comme Schoenberg aimait le dire.

 

Vous avez dirigé à travers le monde, mais est-ce qu’enregistrer Brahms avec un orchestre allemand a un sens particulier ?

Un orchestre allemand qui est non seulement “nouveau”, mais moderne dans le sens où il intègre des Allemands, mais aussi beaucoup de musiciens de toutes nationalités, qui ont un lien de coeur avec l’Allemagne, où ils ont été formés, adoptés et parfois naturalisés. Personnellement je suis fier d’être le chef principal d’un orchestre allemand et de cet orchestre en particulier. Et pour un chef d’orchestre, diriger le répertoire symphonique allemand est de la plus haute importance, on grandit avec ces oeuvres, indépendamment du lieu de naissance. À vrai dire, je trouve cela naturel !

Compositrices du XIXe siècle : Jeanne Louise Dumont (Louise Farrenc)

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Jeanne-Louise Dumont, dite Louise Dumont (Paris 1804-1875), est plus connue sous le nom de Louise Farrenc, du nom de son époux, le flûtiste et éditeur musical Aristide Farrenc. Alors que les Solistes Européens Luxembourg font paraître un disque majeur qui permettra une large diffusion de son oeuvre, Crescendo Magazine, par la plume d'Anne-Marie Polome, vous propose un portrait de cette compositrice. 

Sa famille

Depuis certainement quatre générations, la famille de Louise baigne dans l’art de très haut niveau. Il s’agit surtout de sculpture. Chaque père successif initie ses propres enfants à son art. Son trisaïeul Pierre Dumont est sculpteur de la Chapelle du Roi sous le patronage de la famille royale. Son arrière-grand-père, François, sculpteur très doué lui aussi, est membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Son grand-père Edme est l’un des six premiers pensionnaires de l’Ecole royale des Elèves protégés de Louis XV préparant les jeunes les plus doués pour le Prix de Rome et leur entrée à l’Académie. Son père, Jacques-Edme Dumont (1761-1844) accède à 16 an, à l’Ecole royale des Elèves protégés, obtient le Prix de Rome en 1788 et a la chance de résider en Italie jusqu’en 1793. C’est un sculpteur brillant à l’esprit indépendant, dont les œuvres ornent des monuments ou font la fierté de musées. Le propre frère de Louise, Auguste est lui aussi un sculpteur extrêmement habile. 

Jacques-Edme et Marie-Elisabeth-Louise Curton (1775-1844) habitent au Louvre avec une trentaine d’autres familles d’artistes ou artisans d’art attachés à la Couronne. C’est là que naissent Auguste et Louise. Quand Napoléon transforme le Louvre en musée à sa gloire, les familles sont relogées à la Sorbonne, abandonnée durant la révolution. La benjamine, Constance, y voit le jour. Les enfants ont la chance de grandir dans un milieu privilégié, dynamique, original et aisé, où l’art fait partie de la vie. Les parents font donner une éducation de qualité à chacun des enfants qui jouissent donc d’un solide bagage intellectuel et les deux filles échappent ainsi au carcan imposé aux femmes de l’époque. C’est un pari risqué ! En 1822, Stendhal qui prône l’éducation des femmes écrit : « Par l’actuelle éducation des jeunes filles, qui est le fruit du hasard et du plus sot orgueil, nous laissons oisives chez elles les facultés les plus brillantes pour elles-mêmes et pour nous », mais reconnaît pourtant : « Il n’est aucun de nous qui ne préférât, pour passer sa vie avec elle, une servante à une femme savante ».

Louise Farrenc ? Une compositrice passionnante !

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Louise Farrenc (1804-1875) : Symphonie n° 1 ; Ouvertures n° 1 op. 23 et n° 2 op. 24 ; Grandes variations sur un thème du comte Gallenberg, op. 25 (version pour piano et orchestre). Jean Muller, piano ; Solistes Européens Luxembourg, direction : Christoph König. 2020. Livret en anglais et en français. 58.23. Naxos 8.574094.

Flagey Piano Days 2020 

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Le festival de piano organisé chaque année par Flagey en février (et il se poursuivra jusqu’au dimanche 16 avec des artistes de la trempe de Boris Giltburg, Lars Vogt ou Cédric Pescia) est un rendez-vous goûté des pianophiles. Choisissant parmi des récitals et concerts d’environ une heure, ils peuvent y retrouver des artistes familiers et en découvrir de moins connus dans des répertoires qui sortent volontiers des sentiers battus (la présente édition va littéralement du grégorien au contemporain en passant par tout qui les sépare), même si pour cette année 2020 -250e anniversaire de la naissance de Beethoven oblige- une oeuvre du maître de Bonn figurait obligatoirement dans tous les programmes proposés. 

Pour ce premier weekend, deux splendides prestations firent certainement le bonheur de plus d’un mélomane. 

D’abord -et pour ne pas se limiter au piano seul- Gautier Capuçon et Frank Braley offrirent samedi soir à une foule des grands jours (au point qu’on avait dû placer une trentaine de spectateurs sur la scène) une irrésistible intégrale des Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven. Proposant très justement les oeuvres dans l’ordre de leur composition, Capuçon et Braley abordèrent les deux sonates de l’Op. 5 en faisant preuve d’un irrésistible élan dans les mouvements rapides comme d’une fine sensibilité dans les mouvements lents. La clarté et la pureté du jeu impeccablement articulé et finement pédalé du pianiste impressionnèrent fortement, alors que le violoncelliste -dont on saluera la magnifique sonorité et l’impeccable justesse- chantait merveilleusement la belle cantilène de l’introduction de la Deuxième Sonate, suivi par un deuxième mouvement dont les interprètes rendirent finement l’humour pince-sans-rire à la Haydn avant de terminer par un Rondo enthousiaste et exubérant. 

Une invitation au Sacre du Louis XIV

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Le Sacre royal de Louis XIV. Ensemble Correspondances, direction Sébastien Daucé, Les Pages du Centre de musique baroque de Versailles, direction Olivier Schneebeli (2). 2019. Livret en français, en anglais et en allemand. Sous-titres des textes chantés en français, en anglais et en allemand. 108.00. DVD Château de Versailles CVS017.

Errances japonaises pour un Parsifal juvénile à Strasbourg

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Pour cette nouvelle production de Parsifal, le « Festival scénique sacré en trois actes » de Richard Wagner, l’Opéra du Rhin a fait appel à Amon Miyamoto, le metteur en scène japonais qui avait emporté un beau succès à Strasbourg avec sa mise en scène du Pavillon d’Or de Toshiro Mayuzumi. Mais évoquer le monde du Graal et analyser une œuvre aussi complexe que Parsifal est bien différent. Amon Miyamoto semble n’avoir voulu rien négliger mais, malheureusement, le spectacle est surchargé d’idées et d’intentions où l’on se perd. L’opéra s’ouvre sur une pantomime avec un Parsifal enfant et une femme nue devant son miroir pour ensuite nous transporter dans un musée mobile, le « Museum of Mankind » qui servira de cadre au reste du spectacle. Il est chargé de toiles représentant des moments de la vie du Christ et d’autres illustrant l’évolution de l’Homme. Le jeune Parsifal s’y promène, une femme (sa mère ?) le cherche ; les Chevaliers du Graal (des soldats blessés portant des uniformes de différentes époques et armées) s’y réunissent ; Klingsor campe le chef cruel de la sécurité du musée ; l’enfant Parsifal accompagne l’adulte et est mortellement blessé par la lance sacrée de Klingsor ; après son baptême, Kundry se transforme en ange. Ce sont quelques unes des idées qu’Amon Miyamoto a tissées dans sa mise en scène, dans les décors tournants de Boris Kudlicka, les lumières Felice Ross et vidéo signée Bartek Macias. Les costumes de Kaspar Glarner mélangent styles et époques et Gurnemanz et les écuyers du Graal semblent tout droit venus d’Oberammergau !

Mahler 8 à Philadelphie 

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°8. Angela Meade, Erin Wall, Lisette Oropesa,  sopranos ; Elizabeth Bishop, Mihoko Fujimura, contraltos ; Anthony Dean Griffey, ténor ; Markus Werba, Baryton ; John Relyea, basse ; Westminster Symphonic Choir, Joe Miller ; The Choral Arts Society of Washington,  Scott Tucker ; The American Boychoir, Fernando Malvar-Ruiz ; Michael Stairs ; Philadelphia Orchestra, Yannick Nézet-Séguin. 2016. Livret en anglais et allemand . 83’21. DGG. 483 7871

Kanneh-Mason, un violoncelle généreux

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Edward ELGAR (1857-1934) : Concerto pour violoncelle et orchestre op. 85 (1) ; Nimrod, extrait des Variations « Enigma » op. 36 ; Romance op. 62, ; Frank BRIDGE (1879-1941) : Spring Song ; Ernest BLOCH (1880-1959) : Prélude pour quatuor à cordes ; Prière n ° 1, tirée de « De la vie juive » ; Gabriel FAURE (1845-1924) : Elégie op. 24 ; Julius KLENGEL (1859-1933) : Hymnus op. 57 pour douze violoncelles ; Deux airs traditionnels anglais. Arrangements pour violoncelle et diverses formations par Sheku et Braimah Kanneh-Mason, et Simon Parkin. Sheku Kanneh-Mason, violoncelle ; London Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle (1). The Heath Quartet et divers instrumentistes pour les autres partitions. 2020. Livret en anglais, français et allemand. 68.54. Decca 485 0241.