On fête Mozart à Yale

par

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791) : Concertos pour piano et orchestre n° 11 K. 413, dans un arrangement par le compositeur pour quatuor à cordes et piano ; Concerto pour piano et orchestre n° 23 K. 488 ; Concerto pour deux pianos et orchestre n° 10 K. 365. Robert Blocker et Peter Frankl, pianos, Quatuor Statera, Yale Philharmonia, direction  : William Boughton. 2020. Livret en anglais. 73.32. Nimbus NI 6394.

A l’OSR, un chef invité remarquable, Kazushi Ono  

par

Pour sa série ‘Appassionato’, l’Orchestre de la Suisse Romande invite le chef japonais Kazushi Ono que l’on a souvent applaudi à l’Opéra de Lyon et qui est actuellement le directeur musical du Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra et de l’Orchestre Symphonique de Barcelone, tout en assumant la responsabilité artistique du Théâtre National de Tokyo.

A Genève, son programme débute par l’Akademische Festouvertüre op.80 que Brahms avait écrite en 1879 à l’intention de l’Université de Philosophie de Breslau qui l’avait nommé Docteur Honoris causa. En sollicitant largement les cordes graves, le chef lui instille d’emblée un brin d’humour avec un basson gouailleur qui s’immisce dans un tutti emphatique ; puis un presto brillant cite des bribes de chansons estudiantines culminant sur un ‘Gaudeamus igitur’ jubilatoire. 

Elisabeth Leonskaja et Franz Schubert, une longue histoire...

par

Après ses études à Tbilissi et à Moscou, elle quitte l’Union soviétique en 1978 et s’installe à Vienne, la ville de Schubert, où plus de quarante ans après elle vit encore. Dès lors, Schubert devient son compagnon de route : elle clôture son premier récital au mythique Festival de Salzbourg avec la gigantesque Sonate D. 959 (qu’elle avait déjà gravée en URSS quand elle avait 25 ans), et son premier enregistrement d’artiste exilée est consacré à la Sonate D. 894. Dans les années 1990, elle nous a donné sept sonates du dernier Schubert (avec la Fantaisie Wanderer, les huit Impromptus, et le Quintette La Truite). Tous ces enregistrements sont bouleversants d’équilibre. Pur produit de l’école de piano soviétique qui lui a donné cette profondeur de son unique, on la dit timide et réservée. Le résultat est sublime de pudeur, de tendresse, sans aucune affectation ni sentimentalité. La douleur et la lumière mêlées, si caractéristiques des dernières œuvres de Schubert, sont rendues avec une bouleversante sincérité. Elisabeth Leonskaja ne s’embarrasse pas de spectaculaires contrastes dynamiques et émotionnels. Elle est comme face à un enfant éperdu de chagrin, auquel on ne peut faire croire que la vie n’est que cadeaux, mais que l’on peut consoler en s’adressant à son cœur meurtri avec toute l’affection dont on est capable.

Chansons anglaises par Carolyn Sampson

par

The Contrast. English Poetry in Song. WILLIAM WALTON (1902-1983) : A Song for the Lord Mayor’s Table ; Three Façade Settings ; Ralph VAUGHAN WILLIAMS (1872-1958) : Trois chansons ; Frank BRIDGE (1879-1941) : Sept chansons ; Huw WATKINS (1976) : Five Larkin Songs ; Roger QUILTER (1877-1953) : Six chansons. Carolyn Sampson, soprano ; Joseph Middleton, piano. 2019. Livret en anglais, allemand et français. Textes des chansons en anglais. 81.06.  SACD BIS-2413.

A Genève, un Concertgebouworkest superbe 

par

Chaque saison, outre sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia organise deux ou trois concerts exceptionnels. Et en ce 10 février, elle a eu la main heureuse en invitant l’une des phalanges symphoniques les plus renommées que l’on entend rarement sous nos latitudes, le Concertgebouworkest d’Amsterdam sous la direction de l’un de ses chefs invités, Myung-Whun Chung.

Au programme, une seule grande œuvre, la Neuvième Symphonie en ré majeur de Gustav Mahler, la dernière achevée par le compositeur durant l’été de 1909 et créée par Bruno Walter et l’Orchestre Philharmonique de Vienne le 26 juin 1912. 

Les Prix Caecilia 2019 de l'Union de la Presse musicale belge

par

Comme chaque année, l'Union de la presse musicale belge (UPMB) a décerné ses Prix Caecilia. Le prix de la Jeune musicienne de l'année, en partenariat avec Bozar, est décerné à la violoniste Sylvia Huang. La cérémonie s'est déroulée, le mardi 11 février, à La Monnaie.

L’objectif de cette association bilingue est d’établir entre ses membres et tous ceux qui
écrivent à propos de musique des relations d’entraide et de confraternité ainsi que d’intervenir, dans un esprit de conciliation, lors d’éventuels conflits, internes ou externes. En outre, l’Union se propose de soutenir et d’étendre l’effort des compositeurs et interprètes belges, tant en Belgique qu’à l’étranger. Elle désigne chaque année ses Prix Cecilia pour les meilleurs CD et DVD édités au cours de l’année écoulée, ainsi qu’un Prix du Jeune Musicien de l’Année (en collaboration avec Bozar Music) décerné alternativement, depuis 2008, à un musicien néerlandophone et à un musicien francophone, ce qui permet à tous de mieux connaître les nouveaux talents des deux communautés.

Patrice Lieberman, de Crescendo Magazine, est Président de l'UPMB. Le Jury des Prix Caecilia 2019 était composé de : Stephan Moens, De Morgen (Président du Jury) ; Roger Creyf, Klassiek-Centraal, ; Patrice Lieberman,  Crescendo ; Martine D. Mergeay, La Libre Belgique, Musiq3 ; Hans Reul, BRF ; Olivier Vrins, Crescendo.  

Caecilia 2019 - Lauréats

 

 

Stéphane Denève, à propos d’Honegger 

par

Le chef d’orchestre Stéphane Denève, bien connu en Belgique où il est Directeur musical du Brussels Philharmonic, est le récipiendaire d’un International Classical Music Award pour son enregistrement de Jeanne d’Arc au Bûcher. Pour cette gravure, il est au pupitre de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam pour le label de l’orchestre, RCO Live. Alors qu’il est aux Etats-Unis pour diriger son autre orchestre, le Saint-Louis Symphony Orchestra, Stéphane Denève répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Honegger est un compositeur qui est victime d’un a priori souvent négatif. Quelle est pour vous la place d’Honegger dans l’histoire de la musique au XXe siècle ? Quelles sont ses particularités ?

Ce quasi-« purgatoire » d’Honegger est étrange pour moi quand on voit l'immense importance de ce compositeur avant la Seconde Guerre mondiale. Mais on pourrait dire la même chose de Zemlinsky ou Hindemith, par exemple. Pourtant, Honegger a une place unique dans l'histoire de la musique française car il réussit une synthèse des valeurs françaises et allemandes. Sa musique est très colorée harmoniquement, très sensuelle dans son orchestration, en cela très française, mais en même temps très organisée, formelle, contrapuntique, d'une pulsation rythmique très affirmée, des qualités d'Outre-Rhin ! En tout cas, sa profondeur humaniste est sûrement internationale ! Afin de tenter d'expliquer l’a priori négatif, et même si j'adore ce compositeur, je dois avouer qu'il y a peut-être un aspect grandiloquent et une sentimentalité qui a un peu vieilli. Mais rien qui justifie cet a priori assurément exagéré ! 

Jeanne d’Arc au Bûcher reste de très loin son œuvre la plus jouée, et partout à travers le monde. Qu’est-ce qui fait la force de cette partition ?

Son inspiration ! C'est une oeuvre très inspirée, traversée d'un souffle particulier, et dont la fin est exceptionnellement émouvante, édifiante. Il est toujours difficile d'expliquer ce qui sépare une bonne pièce d'un vrai chef-d'oeuvre. Beaucoup d'oeuvres de Mozart ne sont presque jamais jouées alors qu'elles sont très similaires à ses chefs-d'oeuvre les plus populaires. Quel est ce petit supplément d'âme qui rend une musique essentielle ? Pour Jeanne au Bûcher, comment définir ce souffle, cette puissance ? La collaboration avec Claudel ? C'est aussi le cas de La Danse des morts, avec un livret de Claudel également, et qui n'est pourtant presque jamais jouée... Je pense en tout cas que le personnage de Jeanne est évidemment un immense atout, et que le contexte historique de la création a aidé l'oeuvre à devenir une icône d'héroïsme et d'amour, au-delà d'un patriotisme exacerbé qui est pour moi plus anecdotique. 

Wies de Boevé, contrebassiste 

par

Notre compatriote Wies de Boevé publie un album avec orchestre dédié à des partitions concertantes de Giovanni Bottesini. Ce musicien est par ailleurs soliste à l’Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise. Cet entretien est l’occasion de d’évoquer ce nouvel album et la prestigieuse phalange bavaroise. 

La contrebasse n’est pas l’instrument le plus connu. Qu’est-ce qui vous motivé à l’apprendre ? 

Je viens d’une famille nombreuse et mes parents ont donné à chacun de nous l’opportunité d’apprendre un instrument de musique. Je jouais du violon et mon frère aîné de la contrebasse. Ce n’était toutefois pas sa grande passion et quand il a décidé d’arrêter, la contrebasse s’est retrouvée seule dans son coin. Mes parents m’ont alors motivé à commencer cet instrument, qui passait finalement mieux avec ma taille !

Vous êtes soliste auprès de l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise à Munich. L’orchestre a récemment perdu son directeur musical Mariss Jansons. Je présume que cela a été un choc ?  

Mariss Jansons était notre chef depuis 16 ans, c’est dire que la relation qui nous unissait à lui était forte, et pas seulement musicalement. Nous savions tous qu’il souffrait de problèmes cardiaques depuis des années et que sa santé était fragile mais la nouvelle de sa mort nous a pris par surprise et nous a bouleversé. Il est décédé juste après notre tournée en Europe et à New York, pendant laquelle on le voyait bien sûr un peu plus faible que d’habitude mais son énergie sur scène était toujours aussi incroyable. Il était convaincu qu'il ne fallait jamais montrer ses faiblesses. 

Le tandem entre Mariss Jansons et l'Orchestre Symphonique de la radio bavaroise a été une grande réussite, un peu comme l'alliance Karajan-Berliner Philharmoniker ou Bernstein-New York Phiharmonic. Comment un orchestre et son chef peuvent-ils atteindre un tel degré de réussite artistique ?

Il y a quelques conditions pour une telle relation : d'un côté, un musicien d'exception qui veut investir toute son énergie dans son orchestre et qui se sent responsable de lui. De l'autre côté, un ensemble de musiciens qui se laisse inspirer et qui a les moyens de traduire ces idées en musique. Mariss Jansons fut chef de l’Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Bavaroise pendant 16 ans, ce qui est signe aussi de stabilité.