Pécou, Lazkano, Nante : trois concertos inédits dédiés à Alexandre Tharaud 

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Thierry Pécou (°1965) : Cara Bali Concerto, pour piano et orchestre. Ramon Lazkano (°1968) : Mare Marginis (nouvelle lune), concerto pour piano et orchestre. Alex Nante (°1992) : Concerto pour piano et orchestre « Luz de lejos ». Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National de Lyon, direction Jonathan Stockhammer ; WDR Sinfonieorchester, direction Sylvain Cambreling ; Orchestre national de Lille, direction Emilia Hoving. 2022/23/24. Notice en français, en anglais et en allemand. 78’ 14’’. Erato 5021732491855. 

Un disque chaleureux venu du froid….

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Oeuvres de Maurice Ravel (1875 - 1937) ; Jules Massenet (1842 – 1912) ; Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840 – 1893) ; Amanda Maier (1853 – 1894) ; Camille Saint-Saëns (1835 – 1921) ;  Manuel de Falla (1876 – 1946)  ; Fritz Kreisler (1875 – 1962) ; Franz Waxman (1906 – 1967).  Johan Dalene, violon et Peter Friis Johansson, piano. 2023. Livret en anglais, allemand et français. 67’53. Bis 2770.

L’île de Merlin ou Le Monde renversé : un opéra-comique inattendu de Gluck à l’Opéra Comique

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Alors que Faust triomphe sur la grande scène, l’Opéra Comique propose à la salle Bizet une rareté de Christoph Willibald Gluck : L’île de Merlin ou Le Monde renversé, un opéra-comique méconnu sur un livret français.

Fidèle à sa vocation patrimoniale, le Théâtre national de l’Opéra Comique aime remonter aux sources de son répertoire, notamment celles issues du théâtre de foire du XVIIIᵉ siècle. Cette saison, en collaboration avec les artistes de son Académie, il présente une relecture pétillante et contemporaine de L’île de Merlin ou Le Monde renversé, œuvre que Gluck adapta à Vienne. En 1753, Giacomo Durazzo, alors nouveau directeur des théâtres impériaux, entretient une correspondance nourrie avec Charles-Simon Favart. Sous son impulsion, Gluck revisite des livrets français à succès, en réécrivant leur musique. L’île de Merlin en un acte voit ainsi le jour, inspirée d’une pièce en prose et en vaudeville de Lesage et d’Orneval, jouée en 1718 à la Foire Saint-Laurent sur la musique de Gillier.

À cette époque, l’île représentait un espace de retraite utopique, propice à la satire sociale et philosophique. Loin du monde réel, elle permettait d’interroger les travers de la société européenne avec humour et distance. L’idée du « monde à l’envers » — où tout est inversé, joyeusement subverti — épouse les idées des Lumières et leur goût pour les mondes imaginaires.

Dans cette production, le livret de L’île de Merlin a été actualisé par Sébastien Lepotvin, qui en a modernisé les dialogues tout en conservant leur esprit. L’histoire commence lorsqu’une tempête fait échouer le bateau de Pierrot et Scapin sur l’île de leur ancien maître, Merlin. Ils y rencontrent Argentine et Diamantine, deux jeunes femmes séduisantes. Très vite, une galerie de personnages loufoques — un philosophe enthousiaste, une notaire zélée, une femme médecin, un chevalier poète, un procureur naïf — leur enseigne les règles de cette société où la violence est proscrite. Zerbin et Hanif, leurs rivaux, viennent pimenter la vie des deux protagonistes... sans coups échangés.

Luth et théorbe à la Cour de France : deux nouvelles parutions

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Robert de Visée (c1640-c1733) : Suites en la mineur, ré majeur, mi mineur. Pièces en ré mineur, ut mineur, sol majeur. Folies d’Espagne. Jakob Lindberg, théorbe. Livret en anglais, allemand, français. Mars-avril 2023. 78’47’’. SACD BIS-2562

Les Sentiments. Œuvres de François Couperin (1668-1733), Germain Pinel (c1600-1661), Denis Gaultier (c1600-1672), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Jacques Gallot (c1620-c1690), Ennemond Gaultier (1575-1651), Mademoiselle Boquet (fl. XVIIe s), Robert De Visée (c1640-c1733), Charles Mouton (c1626-1699). Francesca Torelli, luth. Livret en anglais. Septembre 2024. 61’49’’. Da Vinci Classics C00999

L’Orchestre Métropolitain de Montréal en tournée

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Pour le lancement de leur tournée européenne, l’Orchestre Métropolitain de Montréal et Yannick Nézet-Séguin ont posé leurs valises dans la salle Henry le Boeuf de Bozar. Depuis 2019, le chef canadien s’est engagé “à vie” auprès de l’ensemble québécois. 

L’entente parfaite entre le chef et ses musiciens apparaît comme l’ingrédient principal de leur réussite. Cette entente a pu être aperçue avant même la première note, lorsqu’une musicienne, dont l’instrument récalcitrant tardait à s’accorder, a repris son accord sous l'œil amusé du chef déjà sur scène.

Nous avons pu ensuite profiter de cette relation si spéciale dans la première œuvre du soir, La Valse de Maurice Ravel. Attentif aux moindres gestes de Yannick Nézet-Séguin, les musiciens ont livré une prestation éblouissante. Lorsque Diaghilev a entendu La Valse pour la première fois, il aurait dit “Ravel, c’est un chef-d’œuvre, mais ce n’est pas un ballet. C’est la peinture d’un ballet !”. Cette phrase convient parfaitement à l’interprétation de l’orchestre canadien. Par leur musique, ils sont parvenus à nous emporter au beau milieu d’une salle remplie de danseurs, nous faisant naviguer entre les atmosphères très contrastées et évocatrices de l'œuvre du compositeur français. La seule ombre au tableau fut la balance entre l’orchestre et les percussionnistes. Autant la caisse claire couvrit l'entièreté de l'orchestre à chaque apparition forte, autant la grosse caisse et les timbales furent difficilement perceptibles dans les moments les plus doux. Pour les timbales, cela se retrouva parfois également dans la suite du programme. 

La soirée s’est poursuivie avec l'œuvre Eko-Bmijwang (Aussi longtemps que la rivière coule) de la compositrice anishinaabekwe Barbara Assiginaak. Composée en 2025, cette pièce dépeint un voyage au fil de l’eau, durant lequel nous nous rappelons que nous ne sommes pas là pour dominer ou contrôler l’esprit de Nibi (eau). L’Orchestre Métropolitain de Montréal a fait honneur à cette œuvre magnifique. L’utilisation très intelligente de nombreuses percussions et d’effets tant aux vents qu’aux cordes créa une atmosphère très particulière, nous emportant au plus profond des forêts d’Amérique du Nord. Les paysages musicaux créés par les musiciens furent tout simplement magiques et la fin de l'œuvre, dans un decrescendo a niente, fit retenir son souffle à chaque personne présente dans la salle. Un grand moment. 

De l’opéra baroque à la musique populaire : Styriarte célèbre 40 ans de passions musicales

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Jusqu’au 1er juillet, la ville autrichienne de Graz vibre au rythme de Styriarte, le festival qui, à ses débuts, était intimement lié au travail de Nikolaus Harnoncourt qui y résidait. Cette année, la manifestation célèbre ses 40 ans. L’opéra Das verwunschene Glück (Le Bonheur enchanté) a marqué avec éclat l’ouverture du festival.

Le Bonheur enchanté, opéra pour le mariage de Leopold Ier 

La première représentation de cet opéra a eu lieu le 21 juin au château d’Eggenberg, situé en périphérie de la ville. Ce lieu historique, jadis théâtre des intrigues familiales des Habsbourg-Eggenberg, accueille actuellement l’exposition Ambitions et Illusions, qui retrace l’histoire de ces lignées partagées entre ambitions politiques, manipulations et conspirations. Das verwunschene Glück d’Antonio Draghi et de l’empereur Leopold Ier a été proposée en trois représentations, dans une salle ornée de somptueuses peintures.

L’opéra, dont le titre original est Gl’Incantesimi disciolti (Sorcellerie dissoute), sur un livret italien de Nicolò Minato, fut composé pour célébrer le mariage de Leopold Ier avec Claudia Felicitas du Tyrol. Ce mariage, survenu à l’automne 1673 après le décès de sa première épouse, fut finalement célébré à Graz plutôt qu’à Vienne, où le deuil officiel interdisait la tenue des festivités. La construction du château d’Eggenberg fut alors achevée en toute hâte pour accueillir la mariée. Cet événement est considéré comme l’un des plus importants de l’histoire de Graz, comme en témoigne l’inscription « AVE CLAVDIA IMPERATRIX » gravée au-dessus du portail du château.

Mise en espace claire et expressive 

L’opéra met en scène des figures allégoriques représentant des personnages très probablement réels : Le Bonheur (chanté par Johanna Rosa Falkinger), Le Mensonge (Sophie Daneman), L’Affection (Julian Habermann), L’Égoïsme (Markus Schäfer), Le Bon Conseil (Dietrich Henschel), L’Envie et La Raison (Anna Manske). Ces allégories sont présentées sous forme de poupées grandeur nature en tissus colorés de Lilli Hartmann, manipulées selon les scènes tantôt par les quatre danseuses, tantôt par les chanteurs. Les danseuses assurent des parties de ballet modernisé, mêlé à une pantomime à la fois expressive et aisément compréhensible. Malgré ce double dédoublement — poupées, chanteurs et danseuses —, le récit demeure parfaitement lisible, grâce à une mise en espace claire et efficace. Quant à la partition originale, seules les parties vocales et la basse continue ont été conservées. Les ballets composés par Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680) pour la première représentation dans le parc du château de Karlau ne nous sont pas parvenus.

John Gade et Yevgeny Sudbin, deux approches subtiles de Scriabine

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Opium. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonates n° 3 op. 23, n° 4 op. 30, n° 5 op. 53 et n° 8 opus 66. John Gade, piano. 2023. Notice en français. 53’00’’. Scala Music SMU016. 

Vers la flamme. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Vers la flamme op. 72 ; Sonate n° 4 op. 30 ; Préludes op. 11, n° 2 et 11 ; Fantaisie op. 28 ; 12 Études op. 8, n° 3, 4, 7 et 11 ; 5 Préludes op. 16 ; Mazurka op. 25 n° 3 ; Poème op. 32 n° 1 ; Étude op. 42 n° 5 ; Sonate n° 10 op. 70 ; Prélude et Nocturne pour la main gauche op. 9.  Yevgeny Sudbin, piano. 2020/21/24. Notice en anglais, en allemand et en français. 78’ 53’’. SACD BIS-2538. 

Symphonie no 3 de Rachmaninov : une audiophile réédition, une démonstrative parution

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie no 3 en la mineur Op. 44. Symphonie en ré mineur (1891). Le Rocher, Op. 7. Leonard Slatkin, Orchestre symphonique de Saint-Louis. Octobre 1977 à octobre 1980, rééd. 2023. Livret en anglais. 65’21’’. VOX-NX-3028

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie no 3 en la mineur Op. 44. Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Dmitry Liss, Orchestre philharmonique de l’Oural. Septembre 2022. Livret en anglais, français, russe. 52’45’’. FUG 821