Penderecki : un parcours pour cordes d’un demi-siècle par le Quatuor Tippett

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Krzysztof Penderecki (1933-2020) : Quatuors à cordes, intégrale. Der unterbrochene Gedanke pour quatuor à cordes. Trio à cordes. Quatuor Tippett. 2020. Notice en anglais.52.58. Naxos 8.574288.

Moins de quarante minutes de musique… L’intégrale des œuvres consacrées au quatuor à cordes par Penderecki au fil de sa longue carrière n’excède pas cette durée. Dispersées dans le temps, ces partitions entraînent l’auditeur dans une aventure passionnante, car elle reflète en quelque sorte toute l’évolution du compositeur. En 1960, en pleine période de recherches nouvelles sur les sonorités, Penderecki écrit son Quatuor n° 1, en deux mouvements d’un peu plus de six minutes, qui doit beaucoup à Berio et à Xenakis. Le Quatuor La Salle le crée à Cincinnati le 23 mai 1962. Les effets sont multiples et saisissants : sons percussifs sur les cordes et les caisses des instruments, cordes frappées ou pincées, notes suraigües, glissandi, ostinatos rythmés, proximité avec le silence… Une expérience à la fois complexe, forte et même radicale, qui est bien le reflet de l’inventivité prospective pratiquée à cette époque par le créateur. Le Quatuor n° 2 de 1968 est créé par le Quatuor Parrenin deux ans plus tard. Penderecki a lentement évolué. La concision est certes encore de rigueur (huit minutes), les effets percussifs sont toujours utilisés, mais l’expressivité est plus présente, avec des accents fluides, dramatiques ou humoristiques. On y reconnaît un climat « à la Ligeti », dont un quatuor est quasi contemporain. Rapidité, lenteur, pizzicati, stridences, réactivité et réponses réciproques des instruments voisinent au sein d’une page qui interpelle, en adoptant un langage contemplatif tout autant que puissant. 

Il faudra attendre vingt ans pour que Penderecki s’occupe à nouveau du quatuor à cordes, dans la très brève pièce Der unterbrochene Gedanke (« La pensée interrompue ») de 1988 qui, en un peu plus de deux minutes, entonne un chant à la fois grave, porteur de désespoir et de montée dans le drame, dont la finalité ressemble furieusement à de la résignation. Cette méditation à la structure rigoureuse évoque un lyrisme à la manière de la Seconde Ecole de Vienne. Cette mini-approche épurée est suivie en 1990-91 par un Trio à cordes en deux mouvements au cours desquels l’alto, dolent, le violoncelle, fantasque, et le violon, engagé, s’expriment avant de juxtaposer leur discours à la fois unitaire et individuel, dans un climat hautement lyrique, avant que l’exultation ne balaie un Vivace entraînant. 

Près de vingt ans s’écoulent à nouveau : le Quatuor n° 3 ‘Leaves from an Unwritten Diary’ (« Extraits d’un journal non rédigé ») est composé en 2008 et célèbre conjointement les 75 ans de Penderecki et le quart de siècle du Quatuor de Shangai. Il est créé à Varsovie le 21 novembre. Cette partition est emblématique, car elle illustre, en un seul mouvement d’un vaste quart d’heure, les différents styles abordés par le compositeur au cours de sa carrière. Faut-il y voir une réflexion philosophico-musicale du créateur sur sa propre évolution ? Ou tenter de découvrir un aveu intime « non écrit » qui s’exprimerait par les notes ? Une réponse n’est sans doute pas nécessaire car les différents climats que l’on découvre (vivacité, silences brusques, valse esquissée, romantisme expressif, intensité, mélancolie, éloquence…) sont si concentrés qu’ils en deviennent poignants. Cette partition qui s’achève dans un univers de chaude tendresse est admirable. Le parcours pour quatuor à cordes s’achève en 2016 avec le numéro quatre. Il s’agit d’une commande du Quatuor Belcea dont la création a lieu à Londres le 11 décembre de cette année-là. Un Andante clair très bref fait la part belle à l’alto et à un lyrisme chaleureux, avant un Vivo au cours duquel les instruments, sur un fond de rappel de musiques populaires (on pense parfois à Bartók), semblent se rendre un hommage collectif, tout en demeurant à l’écoute attentive l’un de l’autre. La charge expressive est maximale, le chant est plein d’inflexions, fluides, dansantes ou vibrantes. 

Le Quatuor Tippett (John Mills et Jeremy Isaac, violons ; Lydia Lowndes-Northcott, alto ; Bozidar Vukotic, violoncelle) est déjà présent au catalogue de Naxos dans des pages de Panufnik, Lutoslawski ou Gorecki de belle facture. Dans ce programme Penderecki particulièrement attachant, il fait preuve d’un engagement de chaque instant, assurant avec fougue, finesse ou hauteur de vues toutes les nuances d’un parcours qui s’étale sur plus de cinquante ans et qui se révèle indispensable pour la compréhension globale de l’un des plus grands compositeurs de notre temps. Le Quatuor Molinari (ATMA) ou le Royal String Quartet (Hypérion) se sont récemment penchés sur ces œuvres, mais leur affiche ne reprenait pas le Quatuor n° 4. La présente gravure peut dès lors faire figure de référence pour l’intégrale.

Son : 9  Notice : 9  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix

 

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