Pēteris Vasks, discret, humble et ému

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Après une visite éclair au Mumons (le musée des « Sciences, Arts & Curiosités » de l’université consacre une exposition didactique à l’électricité – je n’y croise pas le Reddy Kilowatt de mon enfance), je m’attable, avec un ami, autour d’une burrata, gaiement fondante, issue de l’immigration ancienne de la région, et nous discutons projets et musiques avant de rejoindre Arsonic, où s’ouvre l’édition 2026 d’Ekinox (appellation rénovée du Festival Musical du Hainaut – le classique, accessible), pour un concert entièrement orienté par le feulement feutré des cordes.

A 80 ans, Pēteris Vasks, compositeur letton passé progressivement du modernisme d'avant-garde à une nouvelle simplicité nourrie d’accents spirituels et mélodiques proches de ceux de son voisin estonien Arvo Pärt, fournit les éléments d’un programme taillé sur mesure pour Jean-Paul Dessy, dont les gestes de direction de l’orchestre (les cordes de Musiques Nouvelles) se font ce soir encore plus déliés et imprégnés, comme éternels. Epifania, écrit en 2010, déploie, comme un moment calme et éphémère, un thème lyrique qui monte vers une exaltation contenue avant de revenir, en compagnie d’un ancien chant populaire letton : retour de ce qui était enfoui, mémoire qui réélabore ce qu’elle conserve – une piste pour la réponse à la réflexion initiale de Vasks sur « ce qui reste au terme d'une vie entièrement consacrée à la musique ».

La pièce « requiert véritablement de la présence – de l'esprit, du cœur, du deuil, de la violence, du plat comme du saccadé… »), dit Pierre Fontenelle au sortir de la première répétition quelques jours plus tôt ; élancé, au haut zébré, le violoncelliste prend place pour Klātbūtne (« présence », donc, en letton), deuxième concerto pour violoncelle du compositeur (publié en 2012), dopé par l’approbation chaleureuse à défaut d’être prolixe de Pēteris Vasks lors de la générale – il a fait le déplacement depuis Riga pour assister à ce concert monographique, parle peu mais est manifestement ému et serre volontiers les mains d’un public qui l’est tout autant. L’interprétation de Fontenelle allie finesse et profondeur (quelle concentration !) pour une musique lyrique et expressive (l’âme s’élève vers le cosmos, puis, sous une autre forme, revient pour une vie nouvelle), sereine et communicative : entre soliste et orchestre, « la sauce a pris », l’un et l’autre rendent au public le solide sens de l’harmonie, la pureté du propos de la partition (le final saisissant où l'âme regagne la terre, accompagnée par une ligne de violoncelle devenue berceuse réconfortante) – et celui-ci marque tant son appréciation qu’un premier bis lui est offert avant la pause.

Adrien Tyberghein (interprète-improvisateur d’origine française, il enseigne à Bruxelles et à Mons et partage son jeu entre classique et jazz) est à la manœuvre pour Bass Trip (2003), une pièce pour contrebasse solo – et sifflements pour le passage final (un défi de coordination et d'intonation) –, qui propose des textures complexes comme des moments méditatifs et dans laquelle Vasks, qui a étudié la contrebasse (il lui consacre une sonate en 1986), approfondit les sonorités caverneuses de l'instrument au travers d’une écriture exigeante. Longtemps contrebassiste en orchestre symphonique, le compositeur affectionne la famille des instruments à cordes et écrit de nombreuses œuvres pour ensembles cordistes ; la symphonie Balsis (Voices) figure, avec Musica dolorosa ou Vientuļais eļēgelis parmi les plus jouées, créée en 1991 alors que les trois états baltes, à l’issue de la dissolution de l’Union soviétique, retrouvent la liberté plus de 50 ans après l’annexion et l’occupation forcée de 1940 négociée secrètement par l’URSS avec l’Allemagne nazie. Un « nouveau départ » difficile selon Vasks, marqué par les événements sanglants en Lituanie et en Lettonie, les nuits blanches sur les barricades, et qui a du mal alors à se remettre à l’écriture ; avec cette partition, il parle des sujets fondamentaux qui lui tiennent à cœur (« La vie. L’éternité. La conscience. »), s’imprègne des drames de certaines situations tout autant que de la beauté de la nature, convoque « amour et foi » dans trois mouvements enchaînés (Voices of Silence, Voices of Life, Voice of Conscience) débordant de sonorités pleines de lumière – une maîtrise de la façon de faire sonner un ensemble à cordes.

Mons, Arsonic, vendredi 2 octobre 2026

Bernard Vincken

Crédits photographiques : Pierre Fontenelle

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