Regards sur Beethoven

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Elisabeth Brisson, Bernard Fournier et François-Gildas Tual : Beethoven et après. Paris, Fayard/Mirare. ISBN 9 782213 7 16589. 2020. 239 pages. 15 euros.

Une synthèse beethovenienne, voilà ce que propose un ouvrage de format moyen qui réunit des textes de trois spécialistes. Tenter le défi d’une biographie succincte qui soit à la fois prospective et complète n’est pas une mince affaire. C’est ce que réussit l’historienne Elisabeth Brisson, à laquelle on doit déjà un Guide de la musique de Beethoven, outil de travail précieux paru chez le même éditeur en 2005. En 80 pages d’une écriture claire et agréable, elle dresse le bilan d’une existence qui s’ouvre avec l’enfance et l’adolescence à Bonn et se poursuit par les premières années à Vienne. L’épisode du testament d’Heiligenstadt, le temps de l’Héroïque et le rêve parisien non réalisé, les défis et les ruptures des années 1806 à 1808 viennent ensuite, puis la rencontre avec Goethe, la lettre à « l’immortelle bien-aimée » et la montée vers la célébrité (1813-1815). Il reste les dix dernières années, avec les Carnets de conversation, la Missa solemnis, le moment historique de la Neuvième Symphonie, et l’effervescence créatrice finale. A peu de choses près, nous avons repris ici les titres des différents chapitres pour montrer qu’Elisabeth Brisson a reconstitué le parcours avec rigueur, sans oublier le caractère du compositeur, les relations sociales et les aspects intimes d’une vie, notamment les amours et les difficultés avec son neveu Karl. Son texte est un résumé concret et éclairant. Mais les 80  pages de ce panorama biographique sont complétées par une quarantaine d’autres, en introduction ou en postlude, qui mettent en avant les moments qui ont suivi le décès de Beethoven et les tentatives d’utilisation qui en ont été faites dans la foulée, précisément au niveau biographique, déformant ou détournant la figure et la personnalité de sa réelle envergure. Elisaberth Brisson se penche aussi sur « le processus de divinisation » à travers des sujets comme l’errance de sources authentiques, les premières études, l’érection de statues à Bonn et à Vienne, la postérité littéraire (Romain Rolland, Tolstoï, Gide…), l’instrumentalisation au XIXe siècle, le centenaire de 1927, la récupération nazie… Pour aboutir à notre époque, avec sa démythification, qui se nourrit d’un examen scrupuleux des sources et de la stimulation créatrice que l’œuvre de Beethoven entraîne, ce 250e anniversaire de naissance en étant la plus belle illustration. L’étude d’Elisabeth Brisson occupe la moitié du livre. Elle permettra, au connaisseur comme au profane, d’avoir une base solide pour toute autre approche.

Bernard Fournier évoque en 40 pages les « modernités de Beethoven ». Ce musicologue qui avait rédigé en 1993 une thèse d’état de près de 2000 pages sur le compositeur, a publié en 2016 chez Fayard Le génie de Beethoven dans lequel il montrait à quel point la musique du maître de Bonn est visionnaire dans toute une série de partitions. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du quatuor à cordes, toujours chez Fayard, Fournier souligne ici la diversité des genres et l’évolution stylistique et esthétique de l’œuvre. Si Beethoven n’a pas « inventé » de formes nouvelles, il s’est néanmoins approprié celles qui existaient (la forme sonate, la variation, la fugue) en les alimentant de son génie personnel. C’est sous cet angle de vue que l’auteur se penche sur le matériau beethovenien et montre l’audace du compositeur à travers l’analyse éclairante d’une série d’opus, en particulier les quatuors. La lecture est moins grand public que la présentation d’Elisabeth Brisson, donc moins accessible au profane. Elle n’en cerne pas moins avec finesse les liens entre l’évolution du langage et de la forme.

François-Gildas Tual signe les deux autres études. Ce docteur en musicologie, qui a fait ses classes au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris, a fait paraître de nombreux articles sur la dramaturgie musicale et sur les rapports entre littérature et musique ; il est aussi maître de conférences à l’Université de Besançon. Dans le texte La fortune corrigée ?, il se penche sur la transcription de la musique de Beethoven, en commençant par les propres initiatives du compositeur ou celles de ses contemporains (Czerny, Hummel, Crusell…). Au fil des pages, on découvre d’autres travaux de transcriptions, voire de « corrections », de Wagner à Lachner, de Fétis à Mahler, ou ceux de Liszt qui donne à ce jeu des lettres de noblesse. On trouve aussi des évocations de Bartok, Saint-Saëns, Busoni… Ce panorama intéressant mériterait une approche plus détaillée. 

Dans un deuxième texte, Tual évoque les hommages rendus à Beethoven sous diverses formes, et les références dont le saluent maints compositeurs, de Brahms à Debussy, en passant par Mendelssohn, jusqu’en plein XXe siècle (Shostakovitch, Poulenc, Cage, Hindemith, Varèse, Bouchourechliev, Greif…) sans oublier les créateurs contemporains (Connesson, Hersant, Escaich, Bacri…). Un panorama qui ouvre la porte, là aussi, à des recherches approfondies. Le 250e anniversaire en est une belle occasion !

Ce Beethoven et après est un volume quelque peu composite, dont chaque partie aurait pu faire l’objet d’un long développement. Tel qu’il est, il offre une belle porte d’entrée à l’univers de Beethoven et à sa formidable influence. Une bibliographie sélective complète l’ouvrage. Un regret quand même : un index des noms aurait été utile, il aurait permis au lecteur d’avoir un accès immédiat à toute une série d’informations.

Jean Lacroix

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