Un livre de référence pour les quatuors de Beethoven

par

Bernard Fournier : A l’écoute des quatuors de Beethoven. Paris, Buchet/Chastel, ISBN 978-2-283-03334-0, 2020, 298 pages, 20 euros.

L’auteur et conférencier français Bernard Fournier (°1943), ingénieur de formation, est l’auteur d’une thèse d’Etat sur le thème Beethoven et la modernité, défendue en 1993 à l’Université Paris-VIII où il a enseigné la musicologie. Il a rédigé de nombreux articles musicaux, notamment pour la revue Europe, et il a publié en 1999 un ouvrage consacré à l’Esthétique du quatuor à cordes. Lui-même violoniste-quartettiste, il s’est spécialisé dans le domaine avec trois volumes consacrés à l’Histoire du quatuor à cordes (2000, 2004, 2010), une somme dont il a établi en 2014 une synthèse intitulée Panorama du quatuor à cordes. En 2016, il a publié Le génie de Beethoven, un ouvrage dans lequel il s’attache au geste compositionnel à travers les notions d’énergie, d’espace et de temps. Tous ces livres ont paru chez Fayard. Il était donc tout à fait logique qu’en cette année de commémoration des 250 ans de la naissance du Maître de Bonn, il se penche à nouveau sur ce dernier et se mette de façon détaillée « à l’écoute des quatuors », cette fois chez Buchet/Chastel.

Dans un préambule, Bernard Fournier précise qu’il a rédigé son livre dans un langage qu’il a voulu le plus clair et le moins technique possible, avec des commentaires qui se veulent précis et fidèles afin de permettre au lecteur de prendre conscience du déroulement des événements musicaux par le seul truchement des mots, sans recourir à des exemples musicaux ou à des indications de numéros de mesure. C’est bien ce qui caractérise ce volume écrit d’une plume élégante sans être sophistiquée et porteuse d’un message esthétique, mais aussi d’une volonté de transmettre une expérience personnelle face à un corpus dont l’importance historique n’échappe à personne. Fournier ajoute une dimension qui semble couler de source : le conseil d’une interaction entre la lecture du livre et l’écoute attentive des œuvres, non seulement au disque mais en concert. Car tel est bien le but de ce projet : donner un accès le plus concret possible à un univers musical exceptionnel.

Avant de se pencher sur le découpage du livre, il faut s’arrêter sur la longue introduction (une bonne vingtaine de pages) au cours de laquelle l’auteur se penche sur les aspects du style et les données de la personnalité de Beethoven qui ont bâti de manière chronologique ce vaste massif pour cordes. On lira avec profit comment Fournier évoque la complexion physique du compositeur et son impact sur sa création, sa surdité et la communication qu’elle entraîne, la classification des œuvres en trois périodes (classicisme, subjectivité romantique, modernité), ainsi qu’un bref détour par la littérature, l’art plastique ou le cinéma. La forme et le matériau des quatuors, ces piliers de la sagesse beethovénienne, selon l’expression utilisée, mais aussi les facteurs temporel et événementiel, ainsi que l’expressivité, trouvent ici de judicieux éclairages. 

Ceci étant posé, Fournier divise sa présentation des quatuors en trois parties. Les six numéros de l’opus 18 constituent la matière de la première. C’est ensuite le tour des quatuors médians, opus 59, 74 et 95. Le troisième volet concerne les derniers quatuors opus 127, 130 à 132 et 135, ainsi que la Grande Fugue. Une introduction qui situe les « groupes » de quatuors dans le temps et dans le corpus beethovénien permet à l’auteur de faire, pour chaque partie, une synthèse préliminaire, à la fois historique et stylistique. Chaque quatuor est ensuite analysé en quelques pages par ordre chronologique d’écriture (les numéros de l’opus 18 sont dans leur ordre de date). Le tour de force, ici, c’est la capacité de Fournier à adopter un cadre d’écriture strict selon les périodes abordées : sept pages pour chaque numéro de l’opus 18 ; montée en puissance pour les quatuors médians (douze pages en moyenne), développement plus vaste pour les derniers quatuors (entre quinze et vingt pages). L’auteur s’oblige à une discipline structurelle dont on dégage très vite les principes : rigueur formelle de l’analyse, descriptif précis du contenu musical, réflexions comparatives, portée de l’œuvre. 

Complété par un glossaire des termes de technique musicale, cet ouvrage est un portique d’entrée idéal pour la découverte, la connaissance ou l’approfondissement des quatuors du natif de Bonn. Il comporte encore une lumineuse conclusion, au cours de laquelle Fournier synthétise des concepts comme « Beethoven compositeur des extrêmes » ou « l’éthique de dépassement », mais souligne aussi l’importance artistique et l’ampleur de l’évolution stylistique et esthétique. Ce maître-livre doit désormais faire partie de toute bibliothèque musicale beethovénienne digne de ce nom.  

Jean Lacroix

 

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