Sào Soulez-Larivière en récital à Bruxelles

par

Ce dimanche, c’était au tour de l’altiste franco-néerlandais Sào Soulez-Larivière de se produire dans la passionnante série ECHO Rising Stars qui distingue de jeunes musiciens talentueux en leur offrant la possibilité de se produire dans plusieurs prestigieuses salles de concert européennes. Ajoutons-y que la formule retenue à Bozar est celle d’un récital d’une heure où le public prend lui aussi place sur la scène de la grande salle Henry Le Boeuf, ce qui lui permet de bénéficier de la vue qui s’offre d’ordinaire aux interprètes. L’atmosphère détendue de l’événement est encore accentuée par introduction bilingue et une brève interview de l’artiste par le sympathique Luc Vermeulen de Bozar. (On fera observer qu’interrogé en français, Sào Soulez-Larivière préféra répondre aux questions et présenter ensuite son choix de répertoire en anglais.)

Déjà lauréat du prix du jeune artiste des International Classical Music Awards, formé d’abord au violon puis à l’alto à la Yehudi Menuhin School puis auprès de Tabea Zimmermann à Berlin et à la Kronberg Academy, Sào Soulez-Larivière est, à 26 ans à peine, déjà professeur au Mozarteum de Salzbourg.

Optant pour la formule du récital pour alto seul, Soulez-Larivière ouvre son programme par une première belge, Cloth pour alto et musique pré-enregistrée de la compositrice américaine Julia Wolf, une commande rendue possible grâce à l’aide d’ECHO (European Concert Halls Organisation), oeuvre qui a tout pour plaire aux tenants de la musique minimale à l’américaine qui semble chère à l’interprète comme il le démontre ensuite dans son adaptation pour alto du Cello Counterpoint de Steve Reich, rebaptisé ici (et pour cause) Viola Counterpoint. L'œuvre est écrite pour l’instrument soliste encadré par sept parties pré-enregistrées. Même ceux qui sont peu sensibles à ce courant ne pourront nier l’obsédante et entraînante pulsion rythmique qui parcourt la musique et encore moins la superbe virtuosité de Sào Soulez-Larivière qui tire de son alto de relativement petite taille dû au luthier français Frédéric Chaudière une splendide sonorité, toujours égale et profonde et fait preuve en outre d’une impeccable justesse et déploie selon les nécessités un vibrato très raffiné (ou pas de vibrato du tout). 

Le sommet de cette très convaincante prestation est sans nul doute l’interprétation des premier, quatrième et cinquième mouvements de la magnifique Sonate pour alto solo de Ligeti, justement dédiée à Tabea Zimmermann. Entièrement joué sur la corde de do, le premier mouvement “Hora lunga” permet au compositeur d’explorer toute la série des harmoniques au départ de la note de base en insistant sur la tonique do et la quarte fa. Sào Soulez-Larivière en donne une splendide interprétation, aussi sûre techniquement que musicalement enchanteresse. Le quatrième mouvement, “Prestissimo con sordino”, est d’une étourdissante virtuosité, suivi immédiatement d’un émouvant “Lamento”. Franchement, il y a de quoi être frustré d’avoir été privé des trois mouvements manquants de cette œuvre majeure pour l’instrument.

Sào Soulez-Larivière clôture son récital par la Sonate pour alto solo de 1937 de Hindemith qu’il interprète avec beaucoup d’assurance et de caractère, en particulier dans l’hispanisant épisode “Lebhaft” du deuxième mouvement entièrement joué en pizzicato. 

En tout cas, voici la révélation -ou pour ceux qui le connaissaient déjà : la confirmation- du réel talent d’un musicien qu’on réentendra avec autant d’intérêt que de plaisir. 

Bozar, 1er décembre 2024

Crédits photographiques : Clara Evens

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.