Shostakovich et la musique de chambre

par

Dmitri Shostakovich (1906-1975) : Trio avec piano n°1 Op. 8 – Quintette avec piano Op. 57 – Sonate pour violon et piano Op. 134 - Modérato pour violoncelle et piano – Sonate pour violoncelle et piano Op. 40 – Trio avec piano n°2 Op. 67 – Sonate pour alto et piano Op. 147. DSCH – Shostakovich Ensemble : Filipe Pinto-Ribeiro, piano – Corey Cerovsek, violon – Cerys Jones, violon – Isabel Charisius, alto – Adrian Brendel, violoncelle. 2018-DDD-CD1 71’56 CD2 78’45-Textes de présentation en anglais, français et espagnol-Paraty-718232

Dans une lettre à Antal Molnár du 5 janvier 1944, Shostakovich écrit : « La musique de chambre exige du compositeur la plus parfaite des techniques et la plus grande profondeur de pensée ». Que cela est juste et montre admirablement la maturité d’un esprit en proie à une quête de sensibilité musicale hors du commun. Cela va naturellement de la musique de chambre, véritable préoccupation tout au long de sa vie, à l’opéra sans oublier le domaine symphonique, la musique pour piano ou encore la musique de film. Shostakovich est un compositeur touche-à-tout qui parvient à transmettre à travers un matériau musical pas toujours simple d’accès à la première écoute une émotion qui ne laisse personne indifférent.

De 1923 (il a 17 ans) avec son premier Trio, jusqu’en 1975 (année de sa disparition) avec la Sonate pour alto et piano, le compositeur ne cessera jamais d’innover sur les plans thématiques, formels (parfois défigurés en tous sens), rythmiques, harmoniques… Dans ce contexte, le Shostakovich Ensemble se lance dans une intégrale pour le label Paraty, un projet finement ciselé. Basé à Lisbonne, l’ensemble créé par le pianiste Filipe Pinto-Ribeiro en 2006 est une formation à géométrie variable dotée d’un répertoire voyageant de Bach à Messiaen. Le Trio n°1 est à lui seul une grande histoire aux multiples épisodes et rebondissements. Le Quintette avec piano Op. 57 décoiffe par ses sonorités percussives et ses aspects parois suaves, presque jazzy. Avec la Sonate pour violon et piano composée pour le 60e anniversaire d’Oïstrakh, c’est l’énigmatique qui surprendra l’auditeur et le questionnera sur bien des aspects. Le court Modérato pour violoncelle et piano déploie une direction expressive et sentimentale que seul le violoncelle est capable de rendre. En contrepoint, le piano n’est que fluidité et douceur. Du même acabit, la Sonate pour violoncelle et piano offre un équilibre expressif d’un rare lyrisme. Que dire de ce « Largo », après un second mouvement pétulant, si ce n’est qu’il est le reflet d’un amour certain ? Quant au second Trio (1944), ce n’est plus l’amour qui parle mais la tristesse d’une disparition. On y découvre, là où les mots ne suffisent plus, une musique au plus proche de la souffrance, de l’horreur de la guerre…

Pour finir, la Sonate pour alto et piano composée en fin de vie ponctue cette intégrale avec l’introspection que l’on attend.

A n’en pas douter, cette intégrale a de quoi faire frissonner. Les cinq artistes nous offrent ce qu’il y a de mieux à entendre ici. Entre ironie, gravité et tendresse, l’ensemble tient sa promesse, respecte et explore un répertoire complexe et pourtant passionnant. A découvrir rapidement !

Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

 

 

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