Suite d'une intégrale qui ne s'impose pas

par

Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) Quatuors à cordes opus 18 n° 4, opus 59 n° 1 et opus 133 « Grosse Fuge » Quatuor de Crémone 2014-SACD-78'39-Textes de présentation en allemand et anglais-Audite 92.682 Il y a quelque temps, il nous avait été donné d'émettre un jugement sur le premier élément d'une nouvelle intégrale des quatuors de Beethoven par le Quartetto di Cremona, entièrement constitué de musiciens italiens. Celui-ci ne nous avait guère enthousiasmé, qui nous proposait une lecture honnête mais « au ras des notes », insuffisante à l'heure actuelle pour espérer faire concurrence à la pléthore d'interprétations de tout premier ordre que nous avons désormais dans ces oeuvres célébrissimes. Le nouveau volume, le troisième de l'entreprise, déçoit plus encore. Si le « juvénile » opus 18 n° 4 parvient encore à donner le change par une élégance réelle, les choses se gâtent dans le merveilleux opus 59 n° 1, la première des trois partitions dédiées au prince Razumowsky. Dès le premier mouvement, les musiciens semblent englués dans une incompréhensible lourdeur, qui plombe sans rémission toutes les intentions et les coups de génie de Beethoven. Les trois autres mouvements ne démentent pas l'impression première et l'écoute en devient un véritable pensum. Quant à la Grande Fugue, la lecture est propre mais où est donc passée toute la folie de cette page? Où a disparu cet ouragan insensé qui choque toujours près de deux cents ans après sa composition? Où ces notes jetées hors d'haleine, à bout de souffle, avant des silences qui préludent à de nouvelles tempêtes, se sont-elles évanouies? Ici, comme régie par un métronome en parfait état de marche, chaque mesure est prise pour elle-même, lue de manière clinique, sans tentative de vision globale. Cette attitude, toujours dommageable, est catastrophique dans une pièce qui se situe tant aux extrêmes de tout ce que le génie musical a jamais créé. Nous ne pouvons qu'espérer que la suite de cette intégrale bien mal entamée atteindra un niveau musical supérieur, capable de faire décerner à l'entreprise, une fois achevée, la mention « honorable » tout au moins.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 4

Les commentaires sont clos.