Triomphe pour Krzysztof Penderecki

par

Krzysztof Penderecki (1933-) : Trois pièces dans le style ancien – Symphonie n°2, « Noël »
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon en ré majeur, op. 61

Sinfonia Varsovia, Krzysztof Penderecki, direction – Liya Petrova, violon

Les occasions sont rares de voir l’un des plus grands compositeurs de notre temps diriger ses œuvres lors d’un concert en petit comité ! Flagey accueillait Krzysztof Penderecki et le Sinfonia Varsovia à l’occasion du Music Chapel Festival : Beethoven a qui été consacrée ce soir l’exécution du Concerto pour violon. On l’aura compris, Beethoven a été mis de côté le temps d’une soirée pour se délecter de la géniale musique du compositeur polonais né en 1933. Côté soliste, c’est Liya Petrova, jeune violoniste bulgare actuellement résidente à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, qui offrait une lecture très fine du célèbre concerto. D’un bout à l’autre, c’est une artiste raffinée, dans la douceur et dans l’expression que l’on découvre. Si par moments un regain d’énergie aurait été souhaitable, notamment pour accentuer le côté dramatique de certaines cellules, il faut avant tout féliciter la violoniste d’avoir saisi avec la plus grande intelligence l’œuvre de Beethoven. Très belle compréhension de la structure générale, phrases abouties, beau dialogue avec l’orchestre et style introspectif qui convient largement à cette grande page de la musique. Le Sinfonia Varsovia, orchestre de première classe selon Martha Argerich, prend le soin d’écouter la soliste pour tenter une approche du son et de l’énergie similaire, et c’est réussi : timbre doux, lisse, généreux et expressif. On pourrait reprocher la place des basses, très sonores ici face à des violons parfois en retrait.
Mais si Beethoven était au centre de la soirée, ce sont les deux pièces de Penderecki qui étaient attendues. Avec ses légères Pièces dans le style ancien (1963), on découvre à nouveau les qualités tant expressives qu’instrumentales de l’orchestre. Visiblement bien connue des musiciens, chacune des trois pièces met en exergue une idée, un matériau ou une sonorité que les cordes saisissent avec facilité. Uniquement pour cordes, la pièce nécessite un caractère homogène, bien rendu ici. Après la pause, place à la Symphonie n°2 « Noël ». Sur un thème populaire, le compositeur démontre à nouveau sa maîtrise des pupitres, de l’incroyable sonorité des cuivres (cors et tuba notamment) à la finesse des bois en relation avec les cordes. Percussions et célesta ne sont pas oubliés, apportant quelques touches de légèreté ou au contraire une énergie folle pour les grands tutti. Écrite seize ans plus tard, la symphonie offre un condensé de toutes les techniques et couleurs créées par le compositeur polonais. Le Sinfonia Varsovia rend à nouveau justice et justesse à l’œuvre tant par la compréhension que par l’envie de jouer. Et puis, quelle énergie ! S’ils étaient un peu en retrait dans le concerto, ils déploient ici une telle passion qu’on se laisse emporter. Voilà un concert qui était attendu, où le public a fini par se lever pour l’orchestre et le compositeur qui venaient d’offrir un bis plutôt dansant. Le Festival se poursuit avec l’Orchestre National de Lille, Maria Joao Pires et d’autres activités et concerts aujourd’hui et demain.
Ayrton Desimpelaere
Flagey, le 4 décembre 2014

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