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Gidon Kremer, le voyageur musical inattendu 

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Gidon Kremer, The Warner Collection. Complete Teldec, Emi Classics & Erato Recordings.  Gidon Kremer, violon ; Martha Argerich, Andrei Gavrilov, Oleg Maisenberg, Vadim Sakharov, pianos ; Yuri Bashmet, alto ; Clemens Hagen et Mstislav Rostropovitch, violoncelles ; Berliner Philharmoniker, Chamber Orchestra of Europe, City of Birmingham Symphony Orchestra, Deutsche Kammerphilharmonie, Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Hallé Orchestra, Kremerata Baltica, Münchner Philharmoniker,  NDR-Sinfonieorchester Hamburg, Philharmonia Orchestra, Royal Concertgebouw Orchestra, Andrey Boreyko, Christoph Eschenbach, Nikolaus Harnoncourt, Herbert von Karajan, Roman Kofman, Riccardo Muti, Kent Nagano, Sir Simon Rattle. 1976-2006. Notice en anglais, allemand et français.  1 coffret de 22 CD Warner. Warner 0 190295 116422.        

Le Festival « Coup de cœur à Chantilly » fête anniversaire de Martha Argerich

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Le temps d’un week-end, le dôme des Grandes Écuries du Château de Chantilly se transforme en une salle de concert. Du jeudi 10 au dimanche 13 juin dernier, quatre concerts ont eu lieu autour de Martha Argerich pour fêter son 80e anniversaire. Initié par le pianiste Iddo Bar-Shai, le festival « Coup de cœur à Chantilly » est une fête de la famille. La Reine du piano est bien entourée par des amis et quelques musiciens qui font partie de sa propre famille, pour des moments intimes et conviviaux.
Le manège de forme circulaire, un chef-d’œuvre du XVIIIe siècle construit entre 1719 et 1735, aujourd’hui propriété de l’Institut de France, propose en temps habituel des spectacles et animations équestres. D’un plafond qui culmine à près de 27 mètres, la bâtisse a une acoustique assez généreuse, sans qu’il n’y ait de réverbération qui tourne infiniment au-dessus de la scène.

C’est d’abord Gidon Kremer et Evgeny Kissin qui mettent les spectateurs en appétit avec le Congratulatory Rondo pour violon et piano de Schnittke. Les deux musiciens jouent cette pièce mozartienne dans l’atmosphère d’un concert de salon chez eux. Puis, le violoniste revient en solo, avec trois Préludes de Mieczysław Weinberg (1919-1996). C’est « le » compositeur que Kremer a largement réhabilité alors qu’il était resté dans l’oubli pendant longtemps, dans l’ombre de Chostakovitch. Kremer joue dans son propre arrangement pour violon seul ces pièces écrites pour violoncelle, parsemées de fragments de chefs-d’œuvre du passé. Le son d’un violon qui ne semblait pas encore avoir été complètement accommodé au climat du lieu accentue le caractère cru de la musique.

Nouvelle génération

Ensuite, c’est au tour de la plus jeune génération d’apparaître sur la scène. David Chen Argerich (né en 2008), le petit-fils de la pianiste, et Arielle Beck (1er Grand Prix du Concours international Jeune Chopin à Martigny, en Suisse, où elle a rencontré Martha Argerich, la présidente du jury) jouent à quatre mains Valse et Slava (Gloria) des Six duos op. 11 de Rachmaninov. Puis David est avec sa mère Lyda Chen Argerich et Iddo Bar-Shai dans Romance pour six mains du même compositeur. Les deux pré-adolescents, incontestablement des pur-sang, ont un sens inné de la musique. De gestes naturels, ils savent faire sonner l’instrument, leurs phrasés n’ont aucune hésitation. Le talent de David est confirmé lorsqu’il revient avec sa grand-mère pour jouer à quatre mains un bis, Laideronnette, Impératrice des Pagodes de Ravel. Reste à savoir comment il va évoluer d’ici l’âge adulte sans être usé par le système…

Trios à clavier de Chopin et de Beethoven par Gidon Kremer et ses amis baltes

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio pour violon, violoncelle et piano en do majeur, arrangement par Carl Reinecke d’après le Triple Concerto op. 56. Frédéric Chopin (1810-1849) : Trio pour piano, violon et violoncelle en sol mineur op. 8. Gidon Kremer, violon ; Giedré Dirvanauskaité, violoncelle ; Georgijs Osokins, piano. 2019. Livret en allemand, en anglais et en français. 65.30. Accentus ACC30529. 

Kremerata Baltica à la recherche d’un Beethoven personnel et exaltant 

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Léo Ferré (1916-1993) : "Muss es sein ? Es muss sein !" (arrangé par Valter Sivilotti pour violoncelle, cordes et percussions – avec la voix de Léo Ferré) (1) – Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuors à cordes N° 16, Op. 135 (2) N° 14, Op. 131 (4), arrangés pour orchestre à cordes par Gidon Kremer) – Giovanni Sollima (*1962) : Note sconte (première version pour orchestre à cordes) (3). Mario Brunello, violoncelle (1) et direction (2,3) ; Kremerata Baltica ; Gidon Kremer, violon et direction (4). 2019 (1-3) & 2011 (4). 78’39. 1 CD Alpha 660.

Guy Danel, la Biennale Chamber for Europe et Mieczysław Weinberg

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Figure majeure et infatigable animateur de la vie musicale belge, Guy Danel est l’initiateur de la biennale Chamber Music for Europe dont l’édition 2019 (du 6 au 8 décembre) est consacrée à Mieczysław Weinberg. Pour Crescendo, partenaire de la Biennale, il revient sur l’importance de Mieczysław Weinberg dans l’histoire de la musique et sur son attachement à ce compositeur.   

La biennale Chamber Music for Europe est consacrée au compositeur Mieczysław Weinberg. Je crois savoir que c’est un compositeur qui vous est cher ? 

La rencontre avec la musique de Mieczyslaw Weinberg représente sans aucun doute l’un des moments les plus marquants de ma carrière d’interprète. Celle-ci a eu lieu dans le cadre des activités du Quatuor Danel que j’ai formé en 1989 avec mon frère Marc et ma sœur Juliette.  Dès 1991, nous avions travaillé l’intégrale des quatuors de Chostakovitch, accompagnés par le Quatuor Borodine, Fiodor Droujinine et le compositeur polonais Krzysztof Meyer. À l’époque, peu de quatuors avaient ce cycle au répertoire et cela nous offrit des rencontres exceptionnelles avec des proches de Chostakovitch. 

Dès 1994, Madame Irina Chostakovitch, Valentin Berlinsky, violoncelliste du Quatuor Borodine, Alexander Raskatov, alors tout jeune compositeur installé à Heidelberg, et le très érudit musicologue belge Frans Lemaire, connu pour ses travaux sur la musique soviétique et la musique juive, nous incitèrent conjointement à travailler la musique de celui que nous appelions encore Moisey Weinberg. Nous nous sommes donc lancés dans cette aventure, recherchant des partitions auprès du Quatuor Borodine, du musicologue Manashir Yakubov ou de la famille du compositeur.

Le Festival Enescu de Bucarest : abondance et variations sur un monde en harmonie

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« The world in harmony » (le monde en harmonie) était le thème de l’édition 2019 du George Enescu International Festival, du 31 août au 22 septembre, avec pour directeur artistique le chef russe Vladimir Jurowski. Les musiciens et ensembles les plus prestigieux se sont succédé, souvent au rythme de trois ou quatre concerts par jour, dans la Sala Palatului (la grande salle de concert) ou dans le plus intime Romanian Athenaeum (Ateneul Roman), avec même des « concerts de minuit »

L’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo se produisait sur la scène de l’Athenaeum dans la série « Recitals and chamber music », une définition peu adéquate pour les programmes présentés. Pas de problème avec la Ballade pour violon et orchestre d’Enescu ou l’Andante Cantabile et les Variations sur un Thème Rococo op 33 pour violoncelle op. 33 de Tchaikovsky. Mais il est plus difficile de rangefr la Symphonie pathétique de Tchaikovsky dans cette catégorie ! La scène de l’Athenaeum peut à peine accueillir tous les musiciens de  l’Orchestre et le son ne peut pas vraiment se déployer. C’est aussi le cas pour le deuxième concert de l’orchestre qui accompagne un programme élaboré autour de Bryn Terfel avec, entre autres, le prélude à l’acte 3 de Lohengrin et la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner.