Bartók en coffret synthétique

par https://pootysbooty.com/tender-singles-free-online-dating/

Bélà Bartók (1881-1945) : The Hungarian Soul. Livret en allemand, anglais et français. 1928-2007. 20 CD Warner 0190296 729317 

Warner poursuit la mise en box thématique de son immense catalogue par l’angle d’attaque des compositeurs. Sur le même modèle que le récent coffret Stravinsky, voilà un box Bartók qui reprend des bandes publiées par EMI, Teldec, Erato ou Finlandia. Il faut juste préciser qu’à l’inverse des coffrets Debussy ou Ravel, ce n’est pas une intégrale de l'œuvre de Bartók, mais un large panorama complété des transcriptions et des interprétations historiques dont celles du compositeur en personne. Dès lors, on prend ce coffret comme un panorama éditorial avec des références et des enregistrements convenables, en rien déshonorants mais qui doivent s’effacer devant une concurrence redoutable. 

Aux sommets de ce coffret, il faut placer le phénoménal Château de Barbe Bleue sous la direction hautement dramatique d’un Bernard Haitink au pupitre d’un incroyable Orchestre Philharmonique de Berlin.  Les solistes vocaux : Anne Sofie von Otter et John Tomlinson sont au diapason de cette lecture superbement enregistrée qui reste l’une des plus grandes interprétations de cette œuvre.  On reste sur les sommets avec Dezső Ránki dans les cycles pour piano Pour enfants et Mikrokosmos complétés par une large sélection d'œuvres pour piano. Enregistrées à Berlin pour Teldec, ces gravures avaient été en partie rééditées, mais on est heureux de découvrir en CD les Trois Burlesques, les Danses populaires roumaines, les Chants de Noëls roumains et la Suite pour piano. Autre grand pianiste hongrois, György Sebők excellent dans les Quinze chants de paysans hongrois et la Suite de danse dans sa version pianistique. Autre version de référence : les Quatuors à cordes par le Quatuor Alban Berg. On est également heureux de découvrir le grand maestro, mais trop oublié : Charles Bruck dans la Suite n°2. Le chef d’origine hongroise qui fit les beaux jours du Paris d’après la Seconde Guerre mondiale livre une lecture colorée de cette partition de jeunesse au pupitre de l’Orchestre de la Radiodiffusion française, une rareté à bien des points de vue qui n’avait jamais été rééditée 

Plusieurs gravures, si elles ne sont pas références absolues, sont des immenses réussites : l’intégrale des Concertos pour piano par András Schiff et Iván Fischer au pupitre de l’Orchestre du Festival de Budapest, une lecture très réfléchie et basée sur un travail intellectuel du haut vol. On peut préférer d’autres intégrales, peut être plus fluides, mais la hauteur de vue et le fini technique sont impressionnants. On aime aussi beaucoup Mariss Jansons avec son Oslo Philharmonic dans la Musique pour cordes percussions et célesta et le Concerto pour orchestre et Constantin Silvestri dans le Divertimento avec le Philharmonia. On descend ensuite une marche des lectures certes solides, mais qui ne peuvent rivaliser avec des gravures plus abouties. Il en va ainsi des oeuvres orchestrales et concertantes de jeunesse par James Conlon avec le Rotterdam Philharmonic : Quatre pièces pour orchestre, Deux images et Deux Portraits (avec le violoniste Pierre Amoyal dans le premier des deux portraits) ou Jukka Pekka Saraste à Toronto pour une lecture démonstrative mais un peu vaine de la suite du Prince de bois. Lors de son passage à la direction du London Philharmonic, Franz Welser-Möst avait gravé quelques disques de musique de démonstration dont un diptyque : Mandarin merveilleux et Suite de danse, enregistrements qui étaient tombés dans un oubli total. Certes le chef autrichien anime le discours mais tout est brutal et premier degré avec un orchestre qui ne donne pas dans la subtilité des timbres. 

Du côté des œuvres concertantes pour instruments à cordes : Yehudi Menuhin est la cheville ouvrière des deux Rhapsodies, des Concertos pour violon et du Concerto pour alto. Le grand virtuose est à très bien secondé par Pierre Boulez au pupitre du BBC Symphony Orchestra et d’Antal Doráti à la tête du New Philharmonia. Le musicien n’est plus aussi vaillant et la belle musicalité bute sur sa propre virtuosité technique plus impressionnante dans ses autres enregistrements avec Dorati (RCA ou Mercury) ou Furtwangler (Warner).  Du côté des cordes, on aime l’engagement d’Itzhak Perlman et Pinchas Zukerman dans les 44 duos pour deux violons, mais la perfection est un peu trop abstraite.

Le reste du coffret reprend de belles lectures prises au gré des opportunités du catalogue : les sœurs Labèque, Renaud Capuçon, Gidon Kremer, Martha Argerich….Du solide ! 

Le coffret se clôt par un album de transcriptions des petites pièces, pour violon, violoncelle, clarinette et même pour saxophone. Il s’agit des arrangements des danses et mélodies populaires qui se déploient positivement quelque soit l’instrumentarium. 

Enfin, comme souvent avec Warner, la conclusion éditoriale crédite des grandes lectures historiques. On retrouve des tubes comme le Concerto pour violon n°2 avec Furtwängler et Menuhin ainsi que le Concerto n°3 pour piano par Dinu Lipatti et Paul Sacher. On salue la première en CD d’une lecture de la sonate pour violon par André Gertler. Enfin, tiré de la collection de EMI qui avait documenté les compositeurs par eux-même :  Bartók lui-même est au piano pour une sélection de ses oeuvres instrumentales. 

Le remastering est de qualité, par contre on regrette un booklet sans le moindre intérêt. 

Son : entre 5 et 10 – Livret : 2 – Répertoire : 10 – Interprétation : 9

Pierre-Jean Tribot

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.