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Musique et poésie (4) : Garcia lorca quand la guitare fait pleurer les songes 

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La musique fut pour Garcia Lorca une seconde nature. Adolescent, il envisagea même de s'y consacrer, prit des leçons de piano et de guitare, et ne renonça à une carrière musicale qu'à l'âge de dix-huit ans, lorsque son maître mourut. Mais il était véritablement musicien, beaucoup plus que Bertolt Brecht, et les quelques compositions qu'il nous laisse en témoignent, qu'il s'agisse du recueil des treize Mélodies espagnoles traditionnelles, pourvues d'une harmonisation fine et élégante, ou des quelques mélodies écrites pour deux de ses pièces de théâtre, Noces de Sang et Mariana Pineda. Cet Andalou de Grenade fut imbibé jusqu'aux moelles de cante jondo, variante la plus pure et la plus secrète, la plus ancienne aussi, du chant flamenco, dont il devint l'un des plus éminents connaisseurs. Nul n'a parlé en termes plus pénétrants du "duende", ce terme intraduisible qui désigne une certaine forme d'état de grâce, d'inspiration pouvant aller jusqu'à la transe, des musiciens du cante jondo, dans leur recherche des "sonidos negros", des fameux "sons noirs". Il faut véritablement avoir du sang gitan pour cela. Ce n'était pas le cas de Garcia Lorca, mais il se sentait extrêmement proche de cette communauté souvent méprisée et opprimée, au sein de laquelle il comptait de nombreux amis. 

Hermann Scherchen, l’Allemand qui ne dirigeait pas comme un Allemand 

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La réédition par DGG d’enregistrements beethovéniens, dont les symphonies, sous la baguette du chef d’orchestre Hermann Scherchen, est une bonne opportunité d’évoquer la carrière de ce musicien exceptionnel. Chef d’orchestre virtuose, pilier de la création contemporaine et même de la musique électronique, il marqua de son empreinte l’art de la direction en dépit d’une notoriété relativement trop confidentielle par rapport aux stars de son époque. 

Hermann Scherchen naît à Berlin en 1891. Altiste, il joue dans l’orchestre Blüthner de Berlin tout en étant musicien supplémentaire lors des concerts du Philharmonique. En 1911, il rencontre Arnold Schönberg dont il est l'assistant pour la création du Pierrot lunaire. Le jeune musicien est fasciné par la modernité et les pistes offertes par cette musique qui dépasse les frontières connues. Schönberg part en tournée à travers l’Allemagne avec son Pierrot Lunaire et Scherchen, encouragé par le compositeur, assure quelques performances de cette oeuvre révolutionnaire. En 1914, il est chef d’orchestre à Riga mais la Première Guerre Mondiale éclate et le musicien est retenu prisonnier par les Russes, il se découvre une sympathie pour la Révolution d’octobre et les idées communistes. De retour à Berlin, en 1918, il se fait un propagateur de la musique de son temps. S’il fonde un quatuor à cordes qui porte son nom, il est aussi l’initiateur de la Neue Musikgesellschaft (Société pour la nouvelle musique) et de la revue Melos (1919) qui oeuvrent pour la défense de la musique contemporaine. Ses activités se complètent par un poste à la Musikhochschule de Berlin et la direction d’une chorale d’ouvriers. En 1921, il est désigné à la tête des concerts du Konzertverein de Leipzig puis au pupitre des Museumkonzerten de Francfort sur le Main où il succède à Wilhelm Furtwangler. 

Les improbables du classique : Luciano Berio et les Beatles 

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La musique est parfois le témoin de rencontres improbables entre deux univers à la base complètement différents. On peine ainsi à imaginer Jay Z se rendre à un concert de Mason Bates ou Adèle se passionner pour la musique Pierre Slinckx. Mais dans les années 1960, une avant-garde musicale des plus radicales, portée par Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Luciano Berio ou Henri Pousseur, jeunes enragés de la composition qui veulent faire table rase du passé et des stars de la pop en recherche de nouvelles sonorités s'attirent mutuellement.

Nous évoquerons ici la rencontre bien réelle de Luciano Berio avec Paul McCartney et les Beatles qui déboucha sur l’arrangement par le compositeur de trois chansons du célèbre groupe anglais. 

Barbara Hannigan sublime Gérard Grisey 

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La Passionne. Luigi Nono (1924-1990) : Djamila Boupacha pour soprano solo ; Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°49 en fa mineur, Hob:I:49 “La Passione” ; Gérard Grisey (1946-1988) : Quatre chants pour franchir le seuil. Barbara Hannigan, soprano et direction ; Ludwig Orchestra. 2019-Livret en français, anglais et allemand. 72’43. Alpha 586 

Philippe Albèra, Contrechamps 

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Le musicologue Philippe Albèra a fondé Contrechamps en 1977. Depuis lors, cet ensemble helvétique et les éditions qui lui sont associées se sont imposés comme des piliers de la diffusion de la musique contemporaine en Europe, créant un duopole unique dans le monde de la musique. À l’occasion du lancement d’une nouvelle collection de poche, il revient sur les activités d’édition de Contrechamps. 

Vous lancez une collection de poche centrée sur des grands classiques de la modernité. Le premier titre est consacré à György Ligeti et ses “Etudes pour piano”. Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer cette nouvelle collection ? 

Il s'agit d'attirer l'attention sur les grandes œuvres de la modernité en proposant une approche qui puisse à la fois s'adresser à l'honnête homme désireux de comprendre les enjeux de la création et aux étudiants ou aux spécialistes qui ont besoin d'une telle documentation. Cela s'inscrit dans l'effort des éditions Contrechamps d'offrir différentes sortes de médiations capables de replacer la musique contemporaine au cœur des préoccupations intellectuelles et artistiques. Tous les livres de cette collection seront des commandes à des auteurs, et donc des textes inédits. Le format de poche permet par ailleurs de proposer des livres à un prix très abordable.

Les parutions des éditions Contrechamps sont toujours du haut de gamme éditorial avec une grande exigence qualitative. Est-ce que c’est une application des valeurs suisses à l’édition ?

J'y vois plutôt le souci légitime de la qualité, rendu possible par un soutien institutionnel qui compense la non-rentabilité absolue de l'entreprise !