Salzburg : l'édition du Centenaire

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Quand, fin octobre, le Salzburg Museum fermera les portes de la grande exposition anniversaire, le Festival de Salzburg pourra se féliciter de la façon dont le “Direktorium” -Markus Hinterhäuser, Helga Rabl Stadler et Lukas Crepaz- et ses collaborateurs ont réussi à sauver le festival centenaire d’une complète annulation.

Il a bien sûr fallu adapter le programme, réduire le nombre de manifestations, d’artistes et de public, imposer les mesures de sécurité, etc… mais le public a suivi et les Salzburger Festspiele ont pu fêter leur centième anniversaire avec un programme bien nourri de concerts et représentations d’opéra et de théâtre : premières de 2021 et reprises de 2020. Certaines productions ont déjà été distribuées en “streaming” ou télévisées quand il n’y avait pas d’opposition des interprètes. Apparemment, c’était le cas pour la production de Tosca qui devait être captée par la télévision autrichienne mais dont Anna Netrebko, la soprano adulée, avait interdit la diffusion. Parce que les applaudissements de son air “Vissi d’arte” et la réaction du public à “E lucevan le stelle” du ténor (son mari Yusif Eyvazov) auraient été trop légers ? D’autres laissent entendre qu’elle n’adhérait pas à la mise en scène. 

Pour cette Tosca, 6e opéra à l’affiche cet été, le Festival a “emprunté” la production que l’artiste autrichien Michael Sturminger avait créé pour les “Osterfestspiele” (Festival de Pâques) de 2018, adapté pour l’occasion : mettre en valeur Anna Netrebko, la diva adorée du public Salzbourgeois. Avant les premières notes de l’orchestre, le public a droit à une fusillade dans un parking. Au premier acte, de jeunes écoliers visitent l’église de Sant’Andrea della Valle. Au troisième le Castel Sant’ Angelo est devenu l’antre d’une bande de criminels qui y préparent de jeunes recrues et dont Scarpia est le patron. Blessé -mais pas à mort- par Tosca, Scarpia réapparait en chaise roulante après l’exécution de Cavaradossi par les jeunes garçons et tue Tosca d’un coup de revolver ! Je vous fais grâce des agissements du deuxième acte dans le bureau de Scarpia en petite tenue, sur un home trainer, avant de se préparer à recevoir Tosca et initier son jeu mortel. Le baryton français Ludovic Tézier a tous les atouts pour le rôle : présence, voix corsée et expressive et autorité scénique. Il est l’imposant adversaire d’Anna Netrebko, sculpturale Tosca, femme aimante et jalouse mais prête à défendre son amour à tout prix et exprimant ses émotions de sa voix ample et riche. Mario Cavaradossi trouve en Yusif Eyvazov un interprète convaincant, doté d’une voix solide aux aigus puissants mais pas forcément séduisante. Michael Modfidian (Angelotti), Matteo Peirone (Sagrestano) et Mikeldi Atxalandabaso (Spoletta) donnaient le relief nécessaire à leurs personnages et l’ensemble des petits rôles était satisfaisant, comme l’intervention des choeurs. Dans la fosse, le Wiener Philharmoniker dirigé par Marco Armiliato faisait montre de sa richesse sonore dans une exécution qui manquait parfois de dynamisme et force dramatique.

Du programme de l’édition 2020 qui, même “amputée”, a néanmoins pu présenter 110 manifestations en 30 jours, le festival de 2021 a récupéré deux productions scéniques : Elektra et Cosi fan tutte, deux oeuvres qui se réfèrent directement au centenaire et aux origines (R.Strauss, Hugo von Hofmannsthal et Mozart) et qui avaient été très bien reçues. C’est avec émerveillement que j’ai découvert ce Cosi dans une version adaptée par Joanna Mallwitz (cheffe d’orchestre) en Christof Loy (metteur en scène), sur la grande scène du Grosses Festspielhaus dans un décor simple et tout blanc de Johannes Leiacker et de simples costumes contemporains (petites robes noires pour les deux soeurs). C’est un spectacle jeune et frais, dont les récitatifs ont été coupés, sensiblement abrégé, mais captivant et émouvant. Joanna Mallwitz -première femme dans la fosse dans l’histoire du festival- dirigeait le Wiener Philharmoniker avec élan et sensibilité. Et le jeune ensemble composé de Elsa Dreisig (Fiordiligi), Marianne Crebassa (Dorabella), Lea Desandre (Despina), Andrè Schuen (Guglielmo), Bogdan Volkov (Ferrando) et le « vétéran » Johannes Martin Kränzle (Don Alfonso), guidés de main de maître par Christof Loy, ne méritent que des éloges. Bien sûr, cette version ne peut être préférée à l’original mais dans sa forme réduite, soutenue par la mise en scène sobre de Loy, elle est plus que recommandable. Pas besoin d’idées farfelues ou de scènes piquantes pour faire entrer dans le monde des jeunes amoureux, magistralement manipulés par Don Alfonso et aidés dans leur parcours par l’experte Despina ! C’est donc Joanna Malwitz, jeune cheffe allemande, qui dirigeait l’orchestre, pas dans la fosse mais à l’avant-scène, avec le risque de couvrir les voix. Ce qui arrive de temps en temps, dommage !

La dernière première du festival centenaire était réservée à Intolleranza 1960, une Azione scenica en deux parties de 1961 de Luigi Nono (1924-1990) d’après une idée d’Angelo Maria Ripellino qui aurait dû être présentée en 2020. Cette nouvelle production d’une « œuvre clé » du 20e siècle était particulièrement importante pour Markus Hinterhäuser, le directeur artistique du festival parce que nous voulons initier un débat sur la question ce qui constitue tolérance, justice, altruïsme et communauté. Pour la mise en scène dans le grand espace de la Felsenreitschule (manège des rochers), le festival a fait appel à Jan Lauwers, homme de théâtre belge, chef de la Needcompany de 2009 à 2014, artiste en résidence au Burgtheater à Vienne et metteur en scène de L’incoronazione di Poppea de Monteverdi au Festival de Salzbourg et à l’opéra de Vienne. A vrai dire, Intolleranza 1960 pourrait aisément se nommer Intolleranza 2021 tant l’œuvre reflète la situation mondiale actuelle avec la reconquête de Kabul par les Talibans et la masse des réfugies. L’Histoire d’un émigré qui veut rentrer dans sa patrie mais, innocent, tombe entre les mains des forces d’ordre, fonctionne plus ou moins comme un fil conducteur.167 personnes évoluent dans une chorégraphie stricte de cruauté et barbarie, ponctuée par les danses virtuoses du BODHI PROJECT et de la Salzburg Experimental Academy of Dance. La carrière du malheureux protagoniste se termine dans la course effrénée de tous et l’image finale, avec la masse de corps au sol, évoque Jérôme Bosch. Qui mieux qu’Ingo Metzmacher pour diriger cette œuvre difficile et impressionnante, contrôler et soutenir chanteurs, chœurs, l’excellent Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor, le Wiener Philharmoniker et les chanteurs ? Il porte de main de maître les différents ensembles dispersés dans la vaste Felsenreitschule. Sean Panikkar incarnait l’Immigrant de sa belle voix de ténor avec beaucoup d’intensité. Sarah Maria Sun (sa compagne) déployait son soprano limpide et virtuose mais Anna Maria Chiuri décevait vocalement et restait trop en retrait. Le public réserva à toute l’équipe un succès retentissant.

Salzburg : Cosi fan tutte et Intolleranza 1960 (15/8) – Tosca (24/8)

Erna Metdepenninghen

Crédits photographiques : Pixabay

 

 

 

 

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