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Stéphane Denève, à propos d’Honegger 

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Le chef d’orchestre Stéphane Denève, bien connu en Belgique où il est Directeur musical du Brussels Philharmonic, est le récipiendaire d’un International Classical Music Award pour son enregistrement de Jeanne d’Arc au Bûcher. Pour cette gravure, il est au pupitre de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam pour le label de l’orchestre, RCO Live. Alors qu’il est aux Etats-Unis pour diriger son autre orchestre, le Saint-Louis Symphony Orchestra, Stéphane Denève répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Honegger est un compositeur qui est victime d’un a priori souvent négatif. Quelle est pour vous la place d’Honegger dans l’histoire de la musique au XXe siècle ? Quelles sont ses particularités ?

Ce quasi-« purgatoire » d’Honegger est étrange pour moi quand on voit l'immense importance de ce compositeur avant la Seconde Guerre mondiale. Mais on pourrait dire la même chose de Zemlinsky ou Hindemith, par exemple. Pourtant, Honegger a une place unique dans l'histoire de la musique française car il réussit une synthèse des valeurs françaises et allemandes. Sa musique est très colorée harmoniquement, très sensuelle dans son orchestration, en cela très française, mais en même temps très organisée, formelle, contrapuntique, d'une pulsation rythmique très affirmée, des qualités d'Outre-Rhin ! En tout cas, sa profondeur humaniste est sûrement internationale ! Afin de tenter d'expliquer l’a priori négatif, et même si j'adore ce compositeur, je dois avouer qu'il y a peut-être un aspect grandiloquent et une sentimentalité qui a un peu vieilli. Mais rien qui justifie cet a priori assurément exagéré ! 

Jeanne d’Arc au Bûcher reste de très loin son œuvre la plus jouée, et partout à travers le monde. Qu’est-ce qui fait la force de cette partition ?

Son inspiration ! C'est une oeuvre très inspirée, traversée d'un souffle particulier, et dont la fin est exceptionnellement émouvante, édifiante. Il est toujours difficile d'expliquer ce qui sépare une bonne pièce d'un vrai chef-d'oeuvre. Beaucoup d'oeuvres de Mozart ne sont presque jamais jouées alors qu'elles sont très similaires à ses chefs-d'oeuvre les plus populaires. Quel est ce petit supplément d'âme qui rend une musique essentielle ? Pour Jeanne au Bûcher, comment définir ce souffle, cette puissance ? La collaboration avec Claudel ? C'est aussi le cas de La Danse des morts, avec un livret de Claudel également, et qui n'est pourtant presque jamais jouée... Je pense en tout cas que le personnage de Jeanne est évidemment un immense atout, et que le contexte historique de la création a aidé l'oeuvre à devenir une icône d'héroïsme et d'amour, au-delà d'un patriotisme exacerbé qui est pour moi plus anecdotique. 

De la nécessité du temps long

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Ce lundi, le jury des International Classical Music Awards a rendu publique la liste des finalistes 2020. Les lauréats seront annoncés le 21 janvier prochain. Cette sélection, issue des votes des médias musicaux européens, témoigne de la grande variété, de l’ambition éditoriale et de l’excellence à travers les frontières. Que ce soient les grands labels historiques ou des labels plus modestes mais qui se mettent au service d’une haute exigence. Force est de constater que les pays francophones sont très bien représentés dans cette sélection qui ressort des centaines d’albums que nous recevons par an, pour le meilleur ou pour le plus inutile. Ainsi, c’est avec grand plaisir que nous retrouvons les noms de Jodie Devos, Lionel Meunier, Christophe Rousset, Stéphane Denève, Pascal Dusapin, Léa Desandre, Sabine Devieilhe, Raphael Pichon, Karine Deshayes, Jean-Sébastien Bou, les Talens Lyriques, Cédric Tiberghien, le quatuor Diatoma….et les labels Cyprès, Alpha, Ricercar, Claves, Harmonia Mundi, Naïve…

Le concert symphonique est-il l’avenir de la musique ? 

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L’association allemande des orchestres a publié les chiffres de l’évolution de la fréquentation des concerts symphoniques. Le nombre de spectateurs est passé de 5,9 à 7 millions entre 2000/2001 et 2016/2017 ! Pendant ce temps, les spectateurs “live” de l’opéra ont baissé de 4,7 millions à 3,8 millions. Si bien évidemment, il faut ajouter à ces chiffres ceux qui suivent des retransmissions dans les cinémas ou en VOD, ces résultats étonnent ! 

Pendant longtemps, le concert symphonique faisait un peu figure de malade, victime de l’érosion et du non renouvellement des publics alors que l’opéra par son côté spectacle total parvenait à garder son public traditionnel et à charmer de nouvelles générations. 

Certes en Allemagne, pays temple des relectures avant-gardistes, le côté répétitif et souvent déjà vu de mises en scènes souvent gratuitement provocantes au détriment de la musique, a pu fâcher jusqu’aux tranches les plus fidèles du public. 

Une fois de plus, Jeanne de Lorraine revoit le film de sa vie dans le chef d'oeuvre d'Honegger et de Claudel !

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Arthur Honegger (1892-1955) : Jeanne d'Arc au bûcher. Claire de Sévigné, soprano ; Christine Goerke, soprano ; Judit Kutasi, mezzo-soprano ; Jean-Noël Briend, ténor ; Steven Humes, basse ; récitants : Judith Chemla ; Jean-Claude Drouot ; Christian Gonon ; Adrien Gamba-Gontard ; Rotterdam Symphony Chorus ; Netherlands Chrildren's Choir ; Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam, Stéphane Denève, direction. SACD-2018-79'16"-Livret en anglais, français, allemand et néerlandais-1SACD Royal Concertgebouw Orchestra -RCO 19001

Renaud Capuçon, cinéma

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L’album Cinéma de Renaud Capuçon est l’un des grands succès de la saison. Alors qu’un DVD d’un concert à l'Olympia sort cette semaine chez Warner, le programme Cinéma fera l’ouverture du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence dont Renaud Capuçon est fondateur et directeur artistique. Rencontre avec un violoniste également cinéphile.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?  

J’avais envie de réaliser ce projet depuis de nombreuses années. J’avais été fasciné par les deux disques Cinema Serenade d’Itzhak Perlman et John Williams parus il y a une vingtaine d’années chez Sony Classical. Je suis certainement la personne qui les a le plus écoutés ! Faire un album autour du thème du cinéma m’apparaissait comme un rêve que je réaliserais un jour. À cette époque, j’ai également découvert la musique d’Erich Wolfgang Korngold, tellement liée au cinéma et dont j’ai joué de la musique de chambre et surtout le concerto que j’ai enregistré. Il y a une dizaine d’années, j’ai parlé du projet à Alain Lanceron, directeur de Warner, et il m’a dit : “Quand tu veux !”. Mais la concrétisation du projet a pris un peu de temps : je n’étais pas prêt, je ne sentais pas le projet. Il y a 3 ou 4 ans, mon épouse me relançait régulièrement sur ce thème, m’encourageant à le concrétiser car elle trouvait le concept fantastique. Il y a 2 ans, je me suis réveillé un matin, en lui disant : “Je le fais !”. Je suis sensible à une forme d’instinct personnel qui me caractérise et que j’écoute : il en va ainsi pour mon répertoire où il y a des oeuvres que je sens à certains moments de ma vie et pas à d’autres, à l’image des Concertos de Bartók par exemple. Je les ai enregistrés il y a 2 ans, mais je ne les avais pas joués depuis une dizaine d’année. Il en va de même des sonates et partitas de Bach que je n’aborde pas actuellement.  

Lovecraft mis en musique !

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Guillaume Connesson © D.R.

Guillaume Connesson, compositeur français, né en 1970, semble démontrer un intérêt particulier pour les littératures de l'imaginaire. Il est déjà l'auteur de deux pages d'après Abraham Merritt, The Ship of Ishtar, pour orchestre à cordes, et un concerto pour piano, The Shining One. D'autres de ses oeuvres évoquent Agartha ou l'Atlantide. Une de ses dernières inspirations est le Maître de Providence, à qui il consacre un triptyque orchestral, composé l'an dernier, Les Cités de Lovecraft.